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TOUSSAINT 2017 - A

Fr Jean-Michel Maldamé op Toulouse

Matth 5.2-12a

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Quand il n’était ni temps ni espace, quand rien n’était de ce à quoi on aurait pu accorder consistance ou existence, quand il n’avait rien que du rien, autant dire le non-sens et l’absence, Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut !
Que disons-quand nous parlons de la lumière ? Tous ici nous savons ce qu’est la lumière. En effet, depuis toujours les humains font l’expérience de la beauté du jour et regardent avec émerveillement la diversité des levers de soleil et des fins de jour où le ciel épouse toutes les nuances des couleurs du feu. Et pourtant, pouvons-nous dire que nous avons vu la lumière et que nous savons ce qu’est la lumière ? Il est en effet impossible de dire ce qu’est la lumière parce que la lumière ne se voit pas. Nous ne voyons pas la lumière, mais nous voyons les objets qu’elle éclaire et révèle. On ne voit pas la lumière, on voit son œuvre dans ce qu’elle touche, traverse et plus encore habite. Telle est notre expérience humaine. Elle est diverse, aussi nous parlons de la lumière de différentes manières. J’ai évoqué la lumière du soleil quand il se lève, nous domine à midi et se couche le soir. Il y a la lumière pour les scientifiques qui parlent d’énergie, de rayonnement et autres formes d’action. Il y a la lumière de la vie, celle qui paraît dans nos yeux comme celle qui habite notre esprit. Il est aussi la lumière de Dieu qui s’est révélé comme Lumière. Comment parler de cette lumière ? Comment la voir, sinon dans ceux qui sont habités par sa présence. Ainsi, la lumière de Dieu se donne à voir dans ceux que nous appelons les saints, ceux dont la vie était habitée par sa présence et son amour.
Aujourd’hui, fête de tous les saints, notre mémoire déborde de tous ceux qui ont porté par leur vie quelque chose de cette lumière. La lumière de Dieu s’est manifestée dans leur vie et ils sont maintenant pleinement plongés dans cette lumière.
Attention cependant à ne pas nous tromper. Dans notre calendrier il y a quantité d’hommes et de femmes qui ont reçu le label de la sainteté ; ils sont présentés comme des modèles à admirer, à écouter, à imiter… Nos calendriers en donnent la liste… Si grand et si parfait que soit leur chiffre (mille fois douze que multiplie douze), la fête d’aujourd’hui est célébrée pour nous inviter à penser à ceux qui ne sont pas répertoriés. Nous commençons bien sûr par ceux que nous avons connus et que nous gardons dans notre cœur. Ils nous ont donné la vie, la parole, le savoir, l’art de désirer et de faire advenir le meilleur. Il est clair que c’est bien plus large que les figures habituellement présentées dans le calendrier liturgique où ne figurent pas beaucoup de mères et pères de famille, de paysans, de femmes de ménage et d’ouvriers, les humbles qui ont vécu dans l’ombre. De ce point, nous allons bien au-delà du chiffre officiel pour aller à ce qui selon l’Apocalypse de Jean constitue « une foule innombrable que nul ne pouvait dénombrer » (Ap 7,9).
Peut-on en faire leur portrait ? Oui, car il nous est donné dans la page d’Évangile lue à l’instant : des pauvres, des cœurs purs, des artisans de paix, des miséricordieux, des affamés de justice… (Mt 5, 1-11). Tous ont suivi leur voie et vécu sans mensonge leur vocation. Tous ont fait la vérité. Maintenant ils sont habités par la lumière de Dieu dont ils attestent la richesse.
Ainsi la lumière de Dieu est au-delà de sa seule dimension physique. Ce n’est pas l’éclat qui aveugle, ou la complexité qui défie toute perception, non ! Elle est dans tous ceux qui ont vécu courageusement leur métier d’homme, leur vocation d’enfants de Dieu. Quel que soit leur chemin, ils disent que Dieu est lumière et que tous ceux qui font la vérité viennent à Lumière (Jn 3,21).
Lorsqu’il était âgé, Abraham était dans la nuit et Dieu lui adressa la parole ; il lui demanda de regarder le ciel dont il ne pouvait compter les étoiles, il lui promit une descendance plus nombreuse encore que cet infini (Gn 5,5). En la fête de la Toussaint nous célébrons l’accomplissement de cette promesse. La lumière de Dieu habite une multitude de frères et sœurs en humanité qui rayonnent de la présence de Dieu. Elle atteste la force, la patience, la présence du Dieu qui est lumière.
Je m’interrogeais : qu’est-ce que la lumière ? En fils d’Abraham, regardant l’infini de la sainteté, je sais que le propre de la lumière c’est de rayonner, de se donner, autrement dit d’aimer comme Dieu nous a aimés.
Monastère de Chalais, fête de la Toussaint, 1er novembre 2017

Fidèles défunts
« Afin qu’ils ressuscitent »
Hier, nous avons célébré tous les saints en élargissant notre prière à partir de la mémoire de celles et ceux qui nous ont porté la lumière de Dieu. Comme nous ne sommes pas naïfs, nous savons bien que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et que bien des défunts ne sont pas entrés dans la lumière des saints. Ce ne serait pas juste ! Où sont-ils ? Au-delà des représentations diverses, voire opposées, la tradition chrétienne dit qu’ils poursuivent leur chemin. Ils se purifient et l’image traditionnelle est celle du feu (1 Co 3,15). En cette étape, ils sont toujours pèlerins et marchent avec nous.
Dans une randonnée, toute la famille ne marche pas au même pas. Les tout-petits sont portés ; les grands portent les affaires des petits ; les anciens qui connaissent la route marchent devant… et les étourdis courent derrière les autres. Ainsi aujourd’hui, dans la vive conscience d’être de la même famille humaine, nous prions pour ceux dont nous savons qu’ils ont besoin de miséricorde – discrètement, car Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Quant à nous nous prions et par cette prière nous faisons œuvre de vérité. Deux points méritent attention : le déplacement des frontières et la réconciliation.
Le déplacement des frontières d’abord. En effet, dans notre condition actuelle, des frontières sont nécessaires pour permettre la vie selon ses exigences propres, morales et économiques : pour le bien d’un couple, celle d’une famille, celle d’un village, d’un quartier, d’un réseau d’ami, de profession, et plus largement de nation ou de patrie. C’est nécessaire. Toutefois, on voit bien ce que ces séparations induisent : des exclusions, du mépris, des rivalités et donc des conflits injustifiés. Or la prière abolit les frontières : l’autre que l’on tient à l’écart, méprise, jalouse ou même déteste peut partager notre chemin de pèlerin et nous le sien, si mystérieux soit-il. Ce n’est plus le chemin des jeux de hasard où les dés désignent la case où aller, mais le vouloir purifié de la prière qui veut le bien de l’autre tel que Dieu le veut.
Outre cette recomposition des frontières, il y a la réconciliation. Combien de fois, par notre impatience, par notre indifférence, par notre colère… nous avons brisé le fil d’une relation et nous en gardons la marque dans la tristesse. Ce que nous célébrons maintenant c’est l’affirmation qu’il n’est pas trop tard pour tisser un lien qui est de l’ordre du pardon échangé. Nous demandons et recevons le pardon… et voilà que dans la prière s’instaure un espace où il est possible que la réconciliation ait lieu.
Ces deux étapes ne reposent pas sur notre seul désir, mais sur le désir même de Jésus qui nous dit aujourd’hui « La volonté de mon Père est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jn 6, 39). C’est sur cette parole que nous sommes dans la prière.
Commémoration des Fidèles défunts, Chalais 2 novembre 2017