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Lettre aux Amis de Chalais N°3

 

EDITO de la nouvelle Prieure !

Accueillons le Seigneur ! Il fait toutes choses nouvelles.

Le 18 mars dernier, notre communauté après avoir célébré la messe du Saint Esprit, a élu une nouvelle prieure. « Et le sort tomba sur la plus jeune et la plus petite ». Gageons qu’il ne s’agisse pas tout à fait du « sort » justement et que l’Esprit a bel et bien soufflé. En tout cas, la première chose que je me suis dite, c’est que Dieu avait de l’humour !
J’ai aussi entendu, toute émerveillée par ma communauté, que le choix de mes sœurs exprimait un désir de renouvellement. Dans la vie monastique, ce n’est pas toujours facile de trouver les moyens de se renouveler chacune et communautairement. L’Esprit est si discret ! Nous sommes un groupe humain, avec parfois quelques départs et Dieu merci, quelques arrivées mais sinon nous sommes toujours les mêmes à vivre dans un même lieu. Difficile dans ces conditions de se laisser déplacer, de ne pas s’installer dans une position, une manière de faire. A chaque fois, les élections priorales et les changements d’emplois qui suivent sont une belle occasion pour cela. Humblement, je vais essayer d’être au service de ce mouvement pour que notre communauté soit toujours vivante et témoigne en vérité de Celui qui seul est capable de faire toutes choses nouvelles.
Comment ne pas évoquer aussi la crise que traverse l’Eglise actuellement ? Comment tout cela a-t-il été possible ? Nous touchons là au mystère du mal, indéniablement. Non seulement cela ne peut pas nous laisser indifférents, mais cela nous remet en cause. Notre confiance est mise à mal. Pourtant il me semble que cette épreuve peut aussi nous aider en Eglise à devenir plus humbles et inviter chacun à prendre sa responsabilité pour vivre du Christ en collaborant au bien de tous.
Alors ensemble, mettons notre tablier de service. Suivons Celui qui, par pur amour, s’est offert pour nous libérer du mal. Librement, mettons-nous au service les uns des autres et en particulier des plus pauvres.
Christ est ressuscité, voilà notre espérance ! Joyeuses Pâques.

 sr Julie

 

SOMMAIRE :

– Nouvelles de la communauté

– Le monde est un mystère à contempler – sr Marie-Bernadette

– “Dans le soleil, il a fait sa demeure, alléluia !” – sr Marie de la Croix

– La lettre aux Galates – sr Julie

– Bloc-notes

 

NOUVELLES de la COMMUNAUTÉ :

Janvier 2019

Février 2019

Mars 2019

 

 

Le MONDE, un  MYSTERE à CONTEMPLER !
sr Marie-Bernadette op

« Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et la louange. »
Laudato Si N°12

Contempler le mystère de Dieu, le mystère de l’homme, le mystère du monde. Voilà bien la vocation des moines et des moniales. Voilà bien de quoi stimuler notre chemin de conversion pour une écologie intégrale comme le désire le Pape François. Il nous le rappelait encore dans la lettre qu’il a écrite aux catholiques pour le Carême 2019 :

«  La création a un urgent besoin que se révèlent les fils de Dieu, ceux qui sont devenus “une nouvelle création” : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5,17). En effet, grâce à leur manifestation, la création peut elle aussi «vivre» la Pâque : s’ouvrir aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle (cf. Ap 21,1). »

En France, comme en d’autres parties du monde, un chemin s’est effectivement ouvert avec le lancement, en 2017, du label « Église Verte » qui s’adresse aux communautés chrétiennes (paroisses, Églises locales et aussi œuvres, mouvements, monastères et établissements chrétiens) qui veulent s’engager pour le soin de la création. Il s’agit, pour chaque entité, de réaliser un « éco-diagnostic », pour vivre de plus en plus dans le respect de l’environnement. Ce questionnaire comporte divers domaines d’action : les célébrations et la catéchèse, les bâtiments, le terrain, l’engagement local et global et les modes de vie. Le site d’Église Verte propose aussi des « outils pour progresser dans nos pratiques », des exemples de réalisations de diverses entités, etc…

Dans l’élan de ce nouvel outil, un certain nombre de monastères ont voulu avancer, eux aussi, autour d’Elena Lasida, déléguée des évêques de France dans ce projet. Des moines et des moniales se sont ainsi retrouvés au Carmel de Mazille en Janvier 2018, en Octobre 2018 et en Janvier 2019. De quoi nous encourager à initier ou à développer “l’éco-conversion” dans les monastères de France ! De la dernière rencontre, ont éclos plusieurs engagements concernant (entre autres choses) :

– La communication (parce que cela ne nous appartient pas) : Entamer la rédaction d’une note en vue d’un article.

– Les « visitations » : les délégués de communautés plus avancées dans les pratiques écologiques pourraient visiter d’autres communautés proches d’elles géographiquement.

– Le « questionnement » (au service de chaque communauté pour progresser dans la prise de conscience et la mise en oeuvre) : L’enjeu réside dans la possibilité d’aider une communauté à évaluer où elle en est et à ouvrir des champs possibles de réflexion et d’action dans la perspective de Laudato Si. Il s’agit, à partir du questionnaire Eglise-Verte existant, de réaliser un éco-diagnostic plus adapté aux communautés monastiques.

Les communautés dominicaines d’Estavayer-le-lac et de Chalais ayant déjà travaillé pour ce nouveau questionnaire, sr Anne-Sophie et moi-même (déléguées Laudato Si pour la Fédération des monastères dominicains de France) avons rejoint le groupe chargé de parfaire ce questionnaire et, peut-être, d’initier une grille de réflexion sur la conversion écologique intégrale. Car, si la contemplation est notre « spécialité », la conversion doit l’être aussi… Alors, en route !

Même si les enjeux sont immenses, chacun est appelé à faire chaque jour le petit pas qui lui est possible. C’est la même chose pour les communautés dans leur ensemble, les paroisses, les familles, les divers groupes humains. L’important, comme dit le Pape, c’est d’engager des processus et de s’engager pleinement dedans.

Aussi pour terminer, vous trouverez ci-dessous quelques liens qui pourront vous aider, chers amis, à marcher de concert avec la communauté de Chalais qui vous est proche.

« Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer. La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous, est nécessaire. Cette conscience fondamentale permettrait le développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie. Ainsi un grand défi culturel, spirituel et éducatif, qui supposera de longs processus de régénération, est mis en évidence. » Laudato Si N°202

EGLISE VERTE : https://www.egliseverte.org/
ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie  https://www.ademe.fr/
PACTE-FINANCE-CLIMAT : Association qui vise à l’adoption d’un traité Européen pour mettre la création monétaire, et plus largement la finance, au service de la transition écologique et à la mise en place d’une société plus respectueuse de l’environnement et des hommes.
https://www.pacte-climat.net/fr/
A propos de l’alimentation : www.youtube.com/watch?v=nVydgG2DFU0
A propos des vêtements : www.youtube.com/watch?v=3DdU7c66E9g

 

« DANS le SOLEIL Il a FAIT sa DEMEURE, ALLELUIA !»
A propos d’une antienne de l’Office de Noël
Sr Marie de la Croix

Aujourd’hui où j’écris, 31 mars, c’est le changement d’heure, encore une fois : décalage forcé de deux heures entières sur le soleil, qui fait couler actuellement beaucoup d’encre… Deux fois par an, depuis des années, nous réglons nos montres autrement, et tout le pays prend acte que la nouvelle saison arrive ou bien qu’elle a passé : le soleil a changé sa course.
Combien de Français savent-ils que la prière chrétienne est comme le battement liturgique de notre appartenance à ce grand carrousel cosmique ? Qu’on le veuille ou non, l’écologie s’invite ici aussi, mais pas sous le signe de la menace : pourquoi pas plutôt sous le signe de l’émerveillement et de la joie ? Il y a bien sûr la prière au quotidien, réglée justement sur le lever et le coucher du soleil, pour les offices majeurs de la journée, Laudes et Vêpres. La lumière qui point, les ténèbres qui reculent, dira-t-on que ces symboles sont par trop primitifs, ou saura-t-on reconnaître aujourd’hui de nouveau toute leur beauté première ?
Il y a plus largement dans l’année liturgique une structure fondamentale qui se retrouve dans toutes les religions de l’humanité. Pâques est l’éclatement de la vie nouvelle, quand dès les Rameaux, nous appelons la bénédiction sur toutes nos pousses vertes. Mais plus cachée, encore, la célébration des deux grands solstices de l’année : Noël et la Saint Jean d’été ! Si vous montez à Chalais le 24 juin, vous avez rendez-vous avec les jeux de lumière des bâtisseurs du Moyen-Âge, qui ont calculé si exactement l’angle de frappe des premiers rayons du soleil sur l’autel, à travers l’oculus du chevet : c’est le jour le plus long de l’année ! A Noël le mystère est plus grand encore, dans la froide nuit d’hiver : l’Église primitive a su récupérer tout le symbolisme cosmique de l’antiquité païenne pour qu’au jour où, pour la première fois, le soleil allonge à nouveau sa course, nous fêtions la naissance de Jésus à Bethléem.
« Dans le soleil il a fait sa demeure, alleluia ! » Cette antienne d’André Gouzes pour le jour de Noël, traduite du grégorien, garde le souvenir de tout cet intense travail d’intégration culturelle. La question pour nous, c’est alors : comment nos hôtes, dans l’assistance, peuvent-ils bien la comprendre, à l’époque de toutes les révolutions scientifiques et techniques ? Il y a des sœurs pour penser d’abord à Tintin : Objectif Lune, ou bien plutôt On a marché sur la Lune… Alors non ! Rien à voir ! La Nativité n’est pas un atterrissage, mais elle n’est pas non plus une fuite hors de notre condition terrestre. « Dans le soleil », cela signifie « en plein soleil, en plein jour, en évidence »! Dieu s’est manifesté en « plantant sa tente parmi nous » (Jn, 1,14). « Nous l’avons vu, dit Jean, et nous en sommes les témoins » (1Jn 1,2).


Les Pères de l’Église ont commenté avec minutie les versets du psaume 18A, psaume de création qui magnifie le langage de la nature : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains ; le jour au jour en donne le récit, la nuit à la nuit en donne connaissance (versets 2-3) ». Le dossier de texte propre à Augustin ne compte pas moins de 18 citations du verset qui nous intéresse, sous une forme un peu étrange dont il faut décrypter l’origine : « Dans le soleil il a planté sa tente ». Les lecteurs qui fréquentent notre psautier actuel connaissent bien l’autre version, plus cohérente avec l’ensemble du psaume « Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende ; mais sur tout la terre en paraît le message, et la nouvelle, aux limites du monde. Là se trouve la demeure du soleil ; tel un époux, il paraît hors de sa tente, il s’élance en conquérant joyeux (versets 4-6) » : « Là », c’est-à-dire, aux limites du monde.
Les commentateurs ont exercé leur sagacité pour développer des lectures christologiques ou ecclésiologiques variées. L’époux qui sort de la tente, c’est le Christ qui sort du sein maternel et dont nous célébrons l’union des deux natures humaine et divine. Ou bien la tente, c’est l’Église, plantée au grand soleil du monde, c’est-à-dire dans la transparence de sa mission évangélique ! « Il a planté sa tente en plein soleil », c’est-à-dire à la vue de tous. Sa tente, c’est sa chair ; sa tente, c’est l’Église ; elle est placée en plein soleil, non dans la nuit, mais dans le jour. Alors, comment ceux-ci ne l’ont-ils pas reconnue ? Revenez au texte sur lequel, hier, s’est terminée notre lecture, et voyez pourquoi ils ne l’ont pas reconnue, dit Augustin dans son Commentaire sur l’Épître de Jean (2,3). Qui hait son frère marche dans les ténèbres et ne sait où il va ; car les ténèbres ont aveuglé ses yeux (1 Jn 2,9)… Comment éviterons-nous d’être dans les ténèbres ? Si nous aimons nos frères…

Pour aller plus loin :
Art. « Il a planté sa tente dans le soleil » Joseph Wolinski,
Dans Saint Augustin et la Bible, dir ; A.-M. La Bonnardière, Beauchesne 1986
Le psaume 18 et la célébration de Noël, J.-Cl. Reichert, Cahiers Evangile n°186, déc. 2018

 

 

La LETTRE aux GALATES
Sr Julie

En janvier dernier, j’ai choisi de présenter la lettre aux Galates à la communauté, suite à un cours sur les lettres de st Paul avec le père François Lestang que j’ai suivi par Théo en ligne. Pourquoi la lettre aux Galates ? Parce qu’elle me semble importante pour mieux comprendre qui a été Paul. Relativement brève, puisqu’elle ne comporte que six chapitres, cette lettre montre un Paul passionné, virulent contre ses adversaires et ardent défenseur de la « vérité de l’Évangile » (Ga 2, 5). Quelle est cette vérité ? C’est que par la foi au Christ, Dieu justifie les païens comme les juifs. La venue du Christ dans notre chair accomplit le dessein universel de salut de Dieu. Nous connaissons bien de nombreux versets de cette lettre, sans toujours savoir qu’ils lui appartiennent, citons-en juste trois :
« Je suis crucifié avec le Christ, ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Ga 2, 19b-21)
« Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous. » (Ga 3, 13)
« Dans le Christ Jésus, ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité. » (Ga 5, 6)
Pour mieux vous donner envie de vous plonger dans cette lettre, je vous propose de répondre à trois questions : A qui s’adresse-t-elle ? Quelle en est la thèse centrale ? Quels sont les points qui pourraient scandaliser un Juif encore aujourd’hui ?

Cette lettre s’adresse à une communauté chrétienne qui, contrairement aux communautés citées par Paul, n’est pas issue d’une ville précise mais s’étend sur une région, la Galatie. A l’origine les habitants de cette région d’Asie Mineure sont des Celtes qui ont immigré. Bref ce sont les descendants des Gaulois ! Il s’agit de communautés fondées par Paul et Barnabé (cf. Ac 13, 13-14,23 et Ac 16,1). D’ailleurs en Ga 4, 12-20, Paul leur rappelle comment ils l’ont accueilli alors qu’il était malade et leur exprime à nouveau son attachement « maternel » : « mes petits-enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous. » Mais entre temps, des gens ont jeté le trouble dans la communauté en voulant imposer la circoncision aux païens qui ont cru au Christ. Cette lettre s’adresse à une communauté issue majoritairement du paganisme mais ayant une bonne connaissance de la culture juive (dans son argumentation, Paul cite beaucoup les textes de la Torah et même des prophètes.) Il est important aussi de préciser que les adversaires de Paul ne sont pas des juifs,mais des judéo-chrétiens ! Paul s’attaque aux faux frères qui « veulent bouleverser l’Évangile du Christ » (Ga 1, 7), « des gens désireux de faire bonne figure dans la chair » (Ga 6, 12). En effet, ces derniers disent croire au Christ, mais en voulant imposer la circoncision aux païens convertis, ils ne reconnaissent pas le salut apporté à tous par la mort du Christ sur la Croix.

Paul est bien placé à la fois par son histoire (Ga 1, 11-24) et par la révélation qu’il a reçue de Dieu (Ga 1, 12.16), pour comprendre combien la venue du Christ, sa mort sur la croix et sa résurrection, introduisent une rupture dans la manière de voir le dessein de salut de Dieu. Désormais, en Jésus-Christ, la promesse faite à Abraham de bénir les nations est accomplie. Déjà dans l’Ancien Testament, certains textes témoignent de la fidélité indéfectible de Dieu à l’alliance qu’Il a conclue avec son peuple (cf. par exemple Is 54, 9-10). Paul comprend la rédemption non seulement comme l’effacement de nos péchés, mais bien plus comme une nouvelle création. Dans le Fils, nous sommes recréés à l’image et à la ressemblance de Dieu et nous devenons fils de Dieu (Ga 3, 26 ; 4, 4-7). Du coup, les marqueurs ethniques, sociaux et sexuels, qui séparent l’humanité, sont dépassés par une appartenance plus profonde. Par le baptême et la foi au Christ, nous sommes tous fils de Dieu, héritiers selon la promesse. A ses adversaires qui utilisent la figure d’Abraham pour imposer la circoncision, Paul répond que par leur appartenance au Christ, les Galates sont non seulement de la descendance d’Abraham, mais aussi fils de Dieu.
Paul ne renie pas la première alliance. Mais sa foi au Christ transforme sa compréhension du dessein de salut de Dieu. Avec audace, Paul relativise la Loi donnée par Dieu à Moïse. Ce qui est premier, c’est la promesse faîte à Abraham. La loi est venue quatre cent trente ans plus tard, « elle fut ajoutée pour que se manifestent les transgressions » (Ga 4, 19), ose affirmer Paul. Elle sert de pédagogue jusqu’à la venue du Christ. (Ga 3, 24). Dans cette épître, le rôle du Christ affirmé par Paul est aussi objet de scandale pour un juif. Le Christ nous a rachetés de nos péchés (Ga 1,4 ; 3, 13 ; 4,5). Et quand Paul affirme qu’Il est devenu « malédiction pour nous », comprenons bien : le Christ n’est pas maudit par Dieu, mais par amour pour les hommes, Il prend sur lui la malédiction qui pesait sur nous. Pensons au serviteur souffrant que nous croyions puni par Dieu et qui en fait portait nos fautes…(cf. Is 52-53)

J’aime cette épître car Paul y dessine une idée de la liberté magnifique. Une liberté qui « ne se tourne pas en prétexte pour la chair » (Ga 5, 13) mais qui, se laissant guider par l’Esprit, nous met au service les uns des autres.