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Fête du Baptême du Seigneur B

P Julien Dupont

Marc 1. 7-11

Mes sœurs, il n’y a plus besoin de vous divertir en regardant des films ! La mise en scène quasi hollywoodienne de cet Évangile permet aisément de se représenter ce baptême du Christ. Par ailleurs, nous avons une certaine habitude des baptêmes. Alors cela peut faciliter notre interprétation. Cependant, je vous propose aujourd’hui de jouer !
Oui, de jouer au jeu des 2 différences et des 2 points communs entre le baptême de Jésus et le nôtre. Commençons donc par les différences, car elles sont de taille !

Différences :
– Celui qui administre le baptême ne peut dire avec autant de précisions ce que sera la vie de l’impétrant !
Cette première différence est de taille, car elle manifeste déjà le caractère atypique de ce baptême. Évidemment, le récit biblique n’est pas un article de presse qui relate l’évènement, mais un regard de foi. Et ce regard dévoile déjà, par la bouche du Baptiste, qui est Jésus : celui qui ouvre une ère nouvelle.
Jusqu’à présent le baptême se faisait avec de l’eau seulement. Le sens était la purification des fautes. Maintenant, c’est l’Esprit qui sera donné. Un souffle, une manière d’être, un « style » de vie.
– Factuellement, les cieux se déchirent rarement et une colombe arrive encore plus rarement sur les personnes baptisées !
Le caractère extraordinaire en dit long sur la situation. Si une ère nouvelle s’ouvre, c’est bien avec le Créateur. Aucune créature ne peut avoir prise sur la création… Si ce n’est Dieu lui-même !
C’est le Père qui est ici mentionné, comme une révélation de ce que nous nommons la Sainte-Trinité. Cette voix qui retenti est d’ailleurs la plus belle expression qui soit d’une révélation, d’un dévoilement du Mystère de Dieu : désormais, il ne se manifeste plus seulement dans le murmure d’une brise légère (1 R 19,12), mais par toute sa création et ses créatures.
Points communs :
– Cette voix de Dieu retenti autrement aujourd’hui, mais avec la même profondeur.
A vrai dire, si nous n’entendons pas la voix du Père, les liturgies baptismales nous donnent d’entendre cet Amour inconditionnel de Dieu pour nous, mais aussi ce qu’il est pour nous. Vous le savez, les exégètes affirment que cette phrase est la contraction de deux citations bibliques : l’une du psaume 2 : « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (v. 7) et l’autre du premier chant du serviteur d’Isaïe : « mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur » (Is 42, 1). Attribué au Père, elle qualifie le Fils. Attribué aux enfants que nous sommes, elle qualifie aussi ce regard d’Amour de Dieu pout toute l’humanité. Être baptisé, c’est donc d’abord réentendre cette Alliance de Dieu avec l’humanité.
– Comme Jésus, nous sommes baptisés dans l’eau et dans l’Esprit.
Le baptême reçu, depuis Jésus, n’est plus simplement pour nous purifier de nos souillures, mais pour nous donner ce souffle de vie qui permet de respirer, de grandir, d’être. Notez d’ailleurs que les premiers chrétiens baptisaient le plus tard possible pour être « purs » avant de rencontrer Dieu face à face. Avec St Augustin, cette théologie évolue. Non seulement car il faut de la pénitence une anamnèse du baptême (avec la formule d’Ambroise : « l’Église a l’eau du baptême et les larmes de la pénitence »), mais surtout car St Augustin développe une théologie du Peuple de Dieu comme «temple de l’Esprit-Saint » selon l’expression du deuxième concile du Vatican (Lumen Gentium 4). Autrement dit, être baptisé, c’est recevoir ce souffle de Dieu qui anime toute vie.
Que retenir de ces affirmations pour nous aujourd’hui ? Si le baptême de Jésus ouvre une nouvelle ère pour notre humanité, il nous permet de reconnaitre que chaque personne reçoit un incomparable noblesse par le baptême. Ou, pour parler avec le langage de notre temps, une incomparable dignité.
Jean-Baptiste, en ce son temps, se trouvait indigne. Le Seigneur lui a pourtant redonné sa dignité en lui demandant de le baptiser (v. 7). Les rencontres de Jésus, tout au long des Évangile, facilitent cette ère nouvelle où il annonce que tout humain est digne d’être aimé par
Dieu. Aujourd’hui encore, l’habitude de telle sœur qui m’agace, le collègue de travail qui est insupportable à mes yeux, telle personnalité politique ou le pire des terroriste… Chacun reçoit cette même dignité.
Car, avec le baptême de Jésus, nous avons que nous avons « du prix aux yeux de Dieu » (Is 43, 4). Cela donna du poids à l’enseignement de l’Église selon laquelle toute personne vaut plus que ses actes (Ricoeur).
Ceci dit, notre temps vit dans une étrange contradiction à ce sujet.
D’un côté, l’unanimité est réelle autour de la défense de la dignité humaine. Mais d’un autre côté, il existe de grandes divergences sur les implications concrètes. Confions cela à Dieu en ce jour de fête, mais surtout engageons-nous, à la lumière de l’Évangile, pour rendre à chacun sa dignité, tel que Jésus n’a cessé de le faire depuis que le Père l’a révélé, dans la puissance de l’Esprit. Amen