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Fête de St Marc 2018

Fr Gilles Berceville op Paris

Mc 16, 15-20

Le chapitre 12 des Actes nous permet de faire connaissance avec Marc ; ou plus précisément avec « Jean ,surnommé Marc » (v. 12). Sa mère est une certaine « Marie », propriétaire d’une maison où les croyants se rassemblent pour prier. C’est chez elle que Pierre, arrêté par Hérode Agrippa, et miraculeusement délivré par un ange, rejoint l’ « Église en prière » (v. 5). L’assemblée est tout « émerveillée » (v. 16) de ce qui vient d’arriver. L’événement de cette libération est relaté, font remarquer les exégètes (note de la TOB sur le v. 12), dans le style même de l’évangile de Marc, et plus précisément encore, il rappelle le récit de l’annonce de la résurrection de Jésus aux femmes, vraie finale de l’évangile de Marc (Marc 16, 1-8), que nous avons lu cette année à la vigile pascale, la suite, que nous venons d’entendre (Mc 16, 15-20) n’étant qu’un appendice, très beau au demeurant, dont Marc n’est pas l’auteur.
Mais revenons à la personne de (Jean) Marc. L’évangile qui lui est attribué se caractérise par sa sobriété, par le tour souvent abrupt de ses récits : pensons justement à Marc 16, 8 : « (les femmes) sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne disaient rien à personne, car elles avaient peur. » (rapprocher ce verset d’Actes 12, 14). Cette forme abrupte est souvent l’effet d’un détail concret, comme jeté là dans le texte, sans explication, sans commentaire. Or nous nous souvenons qu’un de ces détails concrets, jetés là, sans explication, apparaît probablement comme une signature du second évangile. C’est au chapitre 14, au moment de l’arrestation de Jésus (v. 50 et 51). « Tous l’abandonnèrent (Jésus, cf. Actes 13, 13), et prirent la fuite. Un jeune homme le suivait, n’ayant qu’un drap sur le corps. On l’arrête, mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu. » Nudité du jeune homme après l’arrestation de Jésus/silence des femmes après sa résurrection. Tous prennent la fuite (cf. aussi le comportement de Rhodè en Actes 12, 14 : « elle rentra en courant »).
De manière tout aussi significative, dans les Actes, Marc n’apparaît que par petites touches – et c’est aussi pour nous apprendre qu’une fois encore il a lâché la partie. Nous l’entendrons demain : emmené par Paul et Barnabé, il les lâche en cours de mission (Actes 13, 13). De sorte que Paul, par après, refusera de le reprendre avec lui (Actes 15, 37). C’est une occasion de brouille avec le bon Barnabé, dont l’épître aux Colossiens nous apprend par ailleurs qu’il est son cousin (Colossiens 4, 10). Nous retrouvons ensuite Marc, mentionné en passant comme étant aux côtés de Paul dans sa captivité (Phm 24 ; 2 Tim 4, 11 : « il est précieux pour le ministère »). Puis, comme nous venons de l’entendre, aux côtés de Pierre. Une tradition remontant au deuxième siècle fait de Marc l’ « interprète » de Pierre (Papias, cité par Eusèbe de Césarée). Ici, Pierre l’appelle son « fils » (1 Pierre 5, 13) .
Gardons à l’esprit l’image touchante d’un disciple sincèrement engagé à la suite de son maître, mais qui, à plusieurs reprises, dépassé par les événements, lâche la partie. Et qui nous laisse ce souvenir de lui dans le Canon, dont il est un des auteurs inspirés. Comme un « arrêt sur image », sans commentaire, sans autojustification. « Quand Jésus fut arrêté, je me suis enfui. » « Quand Paul et ses compagnons s’embarquèrent à Paphos, je les ai abandonnés ». Mais un disciple aussi qui finit toujours par rejoindre ceux qu’il a quittés. Parce que si moi, je n’ai pas la force de la fidélité, Dieu l’aura pour moi, et comme l’a dit Paul, notre maître, dans une parole d’or dont aucune glose ne doit émousser le tranchant, car c’est cela l’Evangile : « Rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 39).