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4ème Dimanche du TP - B

Fr Benoît Ente op Lille

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Aujourd’hui, Jésus nous compare à des brebis. L’image n’est pas très flatteuse. Ces animaux à l’instinct grégaire et qui ne sentent pas toujours la rose. Et pourtant nous acceptons facilement cette comparaison car nous présentons qu’elle dit une réalité de notre condition.

Cette tendance que nous avons à suivre le mouvement sans vraiment nous poser de question. Notre besoin de suivre quelqu’un, une personne ou une pensée qui nous aidera à nous orienter dans nos vies compliquées et dans ce monde trop vaste. Le risque est grand pour nous, et Jésus le sait, de suivre un mercenaire, celui qui criera plus fort que les autres, le charmeur ou le gourou de service, celui qui saura nous séduire avec ses discours et ses habits brillants. Le problème est que le mercenaire ne cherche qu’une chose : nous utiliser, profiter de nous, de notre argent, de notre temps, de notre volonté. Et il s’enfuira dès que ce ne sera plus dans son intérêt de rester. Jésus nous met en garde contre ce risque. Puisque nous sommes comme des brebis et que nous avons ce besoin de suivre quelqu’un, il n’y a qu’un remède : suivre la bonne personne. Non pas celui qui va nous prendre la vie, mais celui qui va nous donner sa vie.

Alors qui est la bonne personne ? Jésus. Il est le bon pasteur, le beau pasteur. Mais quelle différence avec le mercenaire ? Jésus le dit lui-même, les brebis comptent vraiment à ses yeux. Nous avons du prix aux yeux de Jésus. Nous sommes comme une part de lui-même, la chair de sa chair. Tellement de prix à ses yeux que nous comptons plus que sa propre vie. Il donne sa vie pour nous, par amour.
Cela ne vous fait-il pas penser à quelqu’un ? Si vous avez eu la chance d’avoir des parents qui vous ont aimé, vous devriez trouver. Jésus nous aime comme un père ou une mère peut aimer ses enfants. Vous savez, un vrai Père, il voit ses enfants comme une part de lui-même. Il ne mesure pas ses efforts pour leur assurer le nécessaire, pour leur avenir, tout en respectant leur liberté. Et même si ses enfants font des bêtises, même si un jour ils lui crachent à la figure, si c’est un vrai Père, en cas de danger, si le loup arrive, il donnera sa vie pour les sauver.
Jésus est le visage de notre Père du ciel. Il nous aime comme notre Père du ciel nous aime. Il rend palpable, réel, humain l’amour du Père pour nous. Avec Jésus, nous ne pouvons plus dire que cet amour est théorique car Jésus le réalise dans sa chair, son corps, son sang. Jésus nous aime avec son esprit, son âme et son corps. N’a-t-il pas réellement donné sa vie pour nous sur la croix ? En Jésus, l’amour du Père se matérialise, il vient à nous, tout près de nous.

Non seulement, Jésus rend l’amour de notre Père réel, humain, mais aussi, du même coup, il le rend accessible. Nous devenons capable d’aimer comme notre Père du Ciel nous aime. C’est d’ailleurs là que Jésus, le bon pasteur veut nous conduire, jusqu’à l’amour du Père. Un amour vécu pleinement entre nous. Le pays où Jésus veut emmener son troupeau est un monde où les hommes et les femmes s’aiment les uns les autres comme des frères et des sœurs. Il n’y aura alors qu’un seul pasteur et un seul troupeau.

Mais nous n’y sommes pas encore tout à fait. Comme le dit Jésus, il y a les autres brebis. L’enclos, nous le connaissons bien. L’Église, la foule de ceux qui croient en Jésus. Mais il y a d’autres brebis, celles qui ne sont pas de cet enclos. La foule immense de ceux qui ne connaissent pas encore Jésus. Ceux d’autres religions ou sans religion. Tous, Jésus doit les conduire. Cela veut-il dire qu’ils doivent être baptisés en masse ? Qu’ils doivent professer le credo de Nicée-Constantinople, appeler Dieu Père et Jésus fils de Dieu ? Je ne crois pas. Cela veut dire que Jésus les conduira vers ce pays de la fraternité universelle. Cela veut dire qu’ils accueilleront le projet de Dieu de faire de nous des frères et des sœurs unis dans l’amour. Car lorsque des frères et des sœurs s’aiment et sont unis, même si le Père n’est pas nommé, il est honoré et l’unité de ses enfants fait sa joie.
Nous ne savons pas vraiment comment cela va se faire. Les brebis écouteront sa voix nous dit Jésus. La voix de l’amour du Père pour ses enfants. Nous pouvons émettre l’hypothèse que cette voix de Jésus passera par ses disciples. Des hommes, des femmes qui suivront Jésus jusqu’au bout, qui apprendront à aimer comme le Père nous aime. Ces hommes, ces femmes, les saints font résonner à nouveau aujourd’hui la voix de Jésus bien au-delà des frontière de l’Eglise. Nous pouvons en nommer : Pierre Claverie, Christian de Chergé. Avec eux, Jésus nous invite à élever les yeux au-delà des frontière de notre Eglise. A prier et à faire résonner non la voix d’une doctrine, même si elle est importante, mais la voix d’une fraternité universelle, la voix d’une résistance à toute forme de haine, la voix d’une fidélité à celui qui a donné sa vie par amour pour ses frères et sœurs en humanité.
Suivons Jésus le bon pasteur sans peur, avec confiance. Il nous conduit vers notre patrie. Et au bout, lorsque les hommes et les femmes sur cette terre s’aimeront comme des frères et des sœurs, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.