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2ème Dimanche de l'Avent 2016 - A

Frère Pascal Marin op

4 décembre 2016

Matthieu 3,1-12

Cet évangile du 2° dimanche de l’Avent
met en lumière un personnage,
qui ne fait pas nombre parmi les personnages bibliques.
Il marche en tête du cortège
de nos ancêtres dans la foi.
Jean le baptiste se tient à la frontière,
sur le seuil d’une Révélation.
Lui verra de ses yeux ce Messie, ce Sauveur,
dont tous ont annoncé la venue.
Alors qui est-il ce Jean qui baptise ?
Selon la présentation qui nous en est donnée par Matthieu,
il a un côté comme dont dit aujourd’hui
un peu « vintage » ou en français « rétro ».
Une sorte de cliché, sinon même
la caricature du prophète.
Il est habillé de la manière la plus rustique qu’on puisse
imaginer avec sa tunique en poils de chameau,
et sa ceinture de cuir.
Il a un régime d’ascète bio,
quelques sauterelles et du miel sauvage.
Jean Baptiste a le verbe haut, il dénonce,
il invective, il n’a pas peur de braver les gens de pouvoir.
Et dans cette société très religieuse,
les hommes qui comptent,
ce sont des hommes de religion,
Mais qu’ont-ils fait de l’enseignement des prophètes ?
et qu’ont-ils fait des prophètes ?
C’est là l’obsession de tous les prophètes,
celle de la vraie religion.
Il faut y revenir sans tarder,
il faut la conversion.
Et comme tout bon prophète,
Jean Baptiste pose des gestes symboliques,
pour faire comprendre plus concrètement
le message qu’il apporte.
Et quel geste plus concret et plus fort,
pour signifier la conversion
qu’un bain d’eau dans le fleuve sacré d’Israël,
le Jourdain ?
Après avoir confessé ses péchés,
se laver dans son eau, s’en purifier.
Et il y a urgence,
car le Messie est tout proche,
déjà, il arrive.
Le prophète est un homme d’intuition spirituelle,
il le sent, il le sait.
Mais un prophète n’est pas un voyant extra lucide.
Jean Baptiste ne le connait pas très bien en fait ce Messie.
Et la preuve,
c’est qu’il a sur lui des idées justes
et d’autres qui ne le sont pas.
Il ne se trompe pas sur le Christ
quand il pressent qu’il va être comme un crible
séparant le vrai et le faux en matière de religion.
Mais il se trompe Jean Baptiste, lorsqu’il voit ce Messie
comme le bras armé d’une Justice implacable.
Celui qui tranche,
celui qui détruit ce qui n’est pas conforme à ses décrets.
Et il est urgent de se convertir
avant qu’il ne soit là,
car lorsqu’il est là, c’est fini, c’est trop tard.
L’attente de Jean Baptiste ne va pas être déçue, non,
mais elle va être surprise.
Avec Jésus, pas de cognée à l’oeuvre,
pas d’arbre qui tombe,
pas d’être stérile jeté au feu.
Pas de mort, mais seulement de la vie.
Du retour à la vie, de la Résurrection.
Des morts vivants qui deviennent des vivants,
des lépreux et des pauvres exclus du salut,
qui désormais y ont part.
Oui, Jean Baptiste va être surpris.
Celui qu’il attendait est bientôt là,
mais ce qu’il attendait par lui,
la venue en puissance du Règne de Dieu
se réalise tout autrement.
Avec Jésus, il ne s’agit pas de changer de vie
avant que le Royaume de Dieu n’arrive,
comme le pensait Jean-Baptiste,
Mais c’est l’inverse,
c’est parce que le Royaume de Dieu est là avec lui,
qu’il devient possible de changer de vie.
Pensons à Zachée,
et à Matthieu, lui-même, notre évangéliste,
C’est la main que Jésus leur tend,
c’est l’appel à le suivre qu’il leur adresse,
qui les a mis sur un chemin de conversion.
Zachée, Matthieu, des publicains,
des hommes réputés sans justice,
des exploiteurs.
L’évangile aux publicains,
voilà un signe magnifique de cette justice de Dieu,
qui ne coupe pas les arbres stériles,
mais qui leur rend la vie.
L’évangile aux publicains,
c’est un mur de haine qui s’écroule,
un de ces murs,
qui séparent l’humanité en deux classes adverses.
Les exploiteurs et les exploités,
les publicains et leurs victimes.
La conversion des publicains,
c’est le signe puissant, divin,
d’un au-delà des adversités humaines,
d’une réconciliation des groupes adverses.
On pourrait en faire la liste,
elle est sans fin.
Ce signe,
il a été clairement vu par le prophète qui accompagne
notre liturgie tout au long de l’Avent, Isaïe !
Isaïe a compris que si Dieu est Dieu
il est le père de tous les hommes,
il est le père des bons et des méchants,
des agneaux et des loups :
« Le loup habitera avec l’agneau, dit Isaïe,
le léopard se couchera près du chevreau,
le veau et le lionceau seront nourris ensemble,
sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main »,
nous l’avons entendu en 1° lecture.
Ce sont là des symboles de la réconciliation
de ce qui semblait définitivement irréconciliable.
Ce signe d’un au-delà des adversités humaines,
c’est le signe de Noël.
L’étoile de Noël, dont nous guettons
la levée en notre monde
en ce temps de l’Avent. Amen.