
4ème Dimanche du To A
Père Michel Mounier
Mt 5, 1-12a
Heureux les pauvres ! Bien sûr on peut prendre chaque béatitude l’une après l’autre, la commenter, lui mettre des visages dessus : François d’Assise, Martin Luther King, Dietrich Bonhoeffer, etc.
On peut aussi considérer que les huit béatitudes sont des paraboles, des synonymes : pauvres, doux, ceux qui pleurent, etc. sont des expressions équivalentes. De même ce qui est promis : obtenir le Royaume, posséder la terre promise, être consolé. Autrement dit, si vous voulez savoir ce que signifie « être pauvre de cœur », méditez les huit béatitudes. Vous apprendrez ainsi ce qu’est le « Royaume des cieux », expression qui encadre les béatitudes. Jésus nous met ainsi en face de deux sagesses, deux manières de concevoir et d’aborder la vie. Chaque béatitude renvoie en effet à son contraire : riche de cœur, violents, satisfaits, etc. Ce récit, qui ressemble au Magnificat, ne nous parle pas de la pauvreté matérielle qui n’a rien d’une vertu mais tout du mal qu’il faut parfois supporter, toujours combattre.
Dans l’Évangile de Jean, la première question que pose Jésus à ses disciples est : « Que cherchez-vous ? » C’est La question. Où va vraiment notre désir ? Ce n’est pas d’abord une question morale mais un enjeu de foi : celui qui ne croit pas vraiment que Dieu est amour ne peut se sentir en sécurité que s’il accumule autour de lui des assurances. Plus il possède, plus il se fortifie dans l’illusion de sa propre valeur, et plus il domine les autres, s’il le fait par la violence, avouée ou cachée.
La richesse peut prendre des formes diverses : compétence professionnelle, beauté du corps, force physique et même vertu morale, vie spirituelle en laquelle on pourrait prétendre trouver sa sécurité. Tout ce que nous croyons posséder devient aussitôt idole et remplace pour nous « le Royaume de Dieu ». Le pauvre des béatitudes n’est pas celui qui a peu mais celui qui sait qu’il n’est propriétaire de rien.
Le Christ dispose de beaucoup de richesse : son autorité en paroles et en actes, son pouvoir sur tout ce qui est hostile à l’homme, une sagesse indépassable, une empathie, etc. Mais il ne possède rien de tout cela. Ses œuvres sont celles du Père, ses paroles, celles de celui qui l’a envoyé. Il n’a rien à lui. Il est comme traversé par Dieu et c’est lui pour cela qu’il est transparent et qu’en lui nous pouvons découvrir la présence et l’action du Père. Cela vaut aussi pour nous. Paul écrit : « Possédant comme ne possédant pas » ». Là se trouve le secret des béatitudes, le secret de la pauvreté évangélique. Si nous ne possédons pas, et nous pouvons nous souhaiter cela, c’est parce que notre trésor est ailleurs, dans la miséricorde qui nous fait avoir faim et soif de la justice.
