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6ème Dimanche de Pâques A

Père Michel Mounier

Jn 14. 15-24

Je ne vous laisserai pas orphelin. Je reviens vers vous. Le discours après le Cène est au futur. Dans le temps de l’après-résurrection, de l’absence du Christ visible. De notre temps donc. Le Père n’est pas visible et là où le Christ va, nous ne le suivrons que plus tard. Certes les femmes, les apôtres ont vu le Christ nous dit-on. Mais si peu. Quant à l’Esprit, il est invisible. Il est auprès de vous, il est en vous nous dit Jésus. Certes. Tout le mystère de notre relation à Dieu nous est intérieur, sans que nos sens puissent le saisir. De temps en temps, nous voudrions bien que cela fasse surface, qu’un événement incontestable, mesurable vienne corroborer notre foi. Est-ce que ce sera encore la foi ? Je ne crois pas que vous existiez, je vous vois, nous pouvons nous toucher.

Alors oui, le seul signe qui justifie notre foi, c’est notre foi elle-même.

Je me manifesterai. Toujours au futur. Nous vivons dans l’attente de cette manifestation, sans nous satisfaire de notre situation actuelle. Même si le plus souvent, pas toujours et pas pour tous hélas, même si la vie vaut d’être vécue, est-ce le dernier mot de Dieu que cette vie qui s’épuise, que cette lutte contre la souffrance ? Certes nous aimons, d’amour, d’amitié, de fraternité, mais ces amours sont menacés, fragiles. Certes nous croyons mais les événements ont l’air de démentir notre foi et nous sommes particulièrement gâtés ces temps-ci. Quant au Christ, il n’a pas échappé à la passion qui ne cesse de s’actualiser autour de nous, en nous parfois. Bref, si nous sommes sauvés, et nous le sommes, c’est en espérance. Nous sommes en attente de la manifestation du Christ qui révélera sa gloire, et la nôtre, quand nous le verrons tel qu’il est.

En attendant, même dans le doute, nous croyons en cet amour qui nous fait être et nous enveloppe. Puisse notre foi être assez forte pour que nous restions fidèles non pas à des commandements formels mais à un amour qui nous fait ressembler à Dieu comme des enfants peuvent ressembler à leur père et mère. Car la foi n’est pas seule. La foi, l’espérance, la charité s’engendrent mutuellement mais seul l’amour, nous dit l’Écriture, a le premier et le dernier mot. Ainsi cette personne que nous admirons rayonne d’amour mais n’a pas la foi, croyons nous. Mais si, la foi est là, sans qu’il le sache et en respectant sa liberté. C’est ce que nous dit l’Évangile du jugement dernier : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli. » Quand donc Seigneur ? Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.