Close

5ème Dimanche de Carême B

P. Luc Lalire

Jn 12. 20-33

1. VOIR

Nous voudrions VOIR Jésus :

  • les grecs : des « craignants-Dieu » qui s’approchent du Dieu unique, venant d’autres cultures…

Cela devrait nous parler aujourd’hui, en pensant à tous les catéchumènes, connus, et tant d’autres qui cherchent… j’en ai rencontré ces jours à Chalais… il y a des intermédiaires entre Jésus et ces grecs, il s’agit de ne cacher pas Jésus à d’autres….

Pour nous, d’après cette Parole, « Voir Jésus » : ça se passe d’une façon particulière – c’est notre recherche à tous, nous sommes là, sérieusement, pas pour « voir » un spectacle, mais bien rencontrer quelqu’un !

2. GLORIFICATION

L’heure est venue où le Fils de l’homme va être glorifié… Drôle de réponse de Jésus… voir : c’est se tourner vers la « gloire » de Dieu » : c’est-à-dire ? On s’est beaucoup interrogé ce matin…

Jésus donne une image – une analogie pour comprendre ce qu’il veut dire : le grain de blé…

Le Fils sert, donne aux autres et meurt – il donne du fruit ! La fécondité n’est pas à confondre avec le succès ou l’immortalité…

Devenir pain, nourriture… eucharistie !

Et il nous invite à faire de même : d’où notre présence ici à l’eucharistie, comme un « engagement » à donner notre vie, à perdre notre vie…

Mais jusqu’où ??

Jusqu’à la mort – les petites morts, la grande mort… qui fait peur, qui inquiète et en même temps nous fait entrer dans un mouvement d’abandon et de don de soi pour transformer cette « perte » en don, en fécondité qui donne la vie !

Entrer dans le même mouvement que le Fils : c’est être là où il est – dans l’abaissement et le service : « si quelqu’un me sert, mon Père l’aimera et là où je suis, il sera avec moi »…

Ce don, ne se fait pas sans peur : on retrouve un écho de l’agonie de Jésus à Gethsémani… « Père sauve-moi de cette heure » ! Jésus n’est pas épargné par la peur de mourir et de se perdre… Il rejoint notre humanité, et chaque personne, être vivant qui fait face à la mort : la crainte de se perdre…

Et en même temps, « c’est pour cette heure que je suis venu » : Cette parole de Jésus rappelle une finalité… sa « venue » dans ce monde, son incarnation… La crèche prend son sens sur la Croix. La Croix sera le lieu où le salut va se manifester – se rendre visible : Don absolu.

3. Obéissance :

C’est ainsi, dans ce mouvement de don que nous entendons l’épître aux Hébreux :

  • « Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, »

L’obéissance n’est pas un chemin de facilité, et en même temps, elle est paradoxalement, un chemin de liberté. Non à une volonté aveugle et une autorité qui abaisse et écrase, mais l’obéissance qui rend libre, parce que elle appelle à grandir, à s’élever.

Et la voix venue du Ciel qui proclame : « Je le glorifierai encore » : véritable signe, comme au Baptême de Jésus, comme à la Transfiguration, c’est une théophanie :

4. La glorification est un paradoxe : à la fois manifestation et abaissement… Elle manifeste l’obéissance du Fils, elle montre le don de soi radical « qui donne sa vie pour ses amis la garde pour la vie »  et en même temps devient « féconde » : ce qui nous fait « horreur », voici que cette élévation sur la croix se transfigure en attraction… « J’attirerai tout à moi ! ». Voilà l’issue pour sortir du mal et de la mort !

5. ALLIANCE

Cette attraction des hommes, du cosmos –comme le rappelait quelqu’un dans le partage, nous rappelle avant tout le signe de la 1° lecture de Jérémie : l’alliance nouvelle !

Cette alliance dont parle Jérémie est un recommencement, c’est inlassable quête de Dieu qui veut faire alliance avec l’humanité : mon alliance qu’ils ont rompu, je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes.

Cette loi au plus profond, c’est cette loi que Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir… et nous invite à l’inscrire dans notre cœur : c’est la loi de l’Amour ! Il n’y a pas de plus grand commandement que ceux-ci « aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même ».

L’alliance que Dieu inscrit dans nos cœurs, au plus profond, c’est l’amour. Devenir ainsi d’autres Christ, dans nos vies ordinaires, en devenant « obéissant », comme Lui, pour sortir de notre volonté propre, notre enfermement… et entrer dans l’intention de Dieu : sauver tous les hommes, sauver le monde !

Non pas par notre règle, notre morale, notre volontarisme, mais en ouvrant notre cœur à sa Volonté ! Discernement à opérer chaque jour, dans les grandes décisions, comme dans les petits choix quotidiens, devenant des « disciples  du Christ » en le suivant chaque jour de plus près…

Finalement, c’est renouveler le sens de notre baptême, qui n’est pas un sceau extérieur posé sur notre front, mais une empreinte intérieure, qui converti peu à peu notre cœur, chaque fois que nous acceptons l’amour qui se donne et se transmet, comme nous le célébrons dans cette eucharistie : « faites ceci en mémoire de moi » !