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31ème Dimanche du To

Fr Arnaud Blunat op

Lc 19, 1-10

 

Le monde est comme en suspens, menacé de dissolution, mais il reste cependant entre les mains de Dieu.
« Tu as pitié de tous les hommes puisque tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent. » (Sg 11,23)
Le livre de la Sagesse nous livre un précieux enseignement sur la patience de Dieu, sur la profondeur de sa miséricorde. « Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il vive. » Et il s’efforce de parler au cœur de tout homme pour le détourner du mal. Voilà ce qu’il fait encore avec chacun de nous comme il l’a fait avec Zachée.
Zachée, dont Dieu aurait dû se désintéresser, parce que ce n’est pas sa priorité les riches et bien pourtant, c’est lui que Jésus vient chercher. C’est chez lui qu’il vient demeurer. A la suite de l’évangile de la brebis égarée, du fils prodigue qui revient à la maison du Père, l’évangile de st Luc souligne fortement la préférence de Dieu pour les cas limites, les situations désespérées. Le point d’orgue sera la conversion du bon larron.
Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas nous qui cherchons Dieu, c’est Dieu qui nous cherche le premier. Puisqu’il est l’Amour à sa source, l’amour en sa plénitude. Alors comme l’Amour est infini, Dieu sait attendre mais il sait aussi préparer ce moment où notre cœur pourra se retourner et lui ouvrir la porte. Il suscite en nous le désir de faire entrer la lumière.
Ainsi il a laissé Zachée exercer son métier de publicain, constituer sa fortune personnelle sur le dos des plus pauvres et des plus faibles… Il l’a laissé s’enfoncer dans son rôle de profiteur et d’exploiteur…jusqu’au moment où Zachée a perçu un vide intérieur, la béance de son âme, la vanité de son entreprise, le drame de sa trahison. Toute la vie de Zachée n’a été qu’une pitoyable mise en scène mêlant la fourberie à la mesquinerie. Alors qu’au plus profond de lui se joue un duel implacable, sa vie va basculer dès le moment où il entend parler de ce Jésus de Nazareth et de sa venue prochaine à Jéricho.
Zachée va tenter une opération invraisemblable au risque de sa réputation mais à l’image de son personnage mais qu’importe, pour Zachée. Il n’a plus rien à perdre. C’est le moment ! Pour Jésus aussi, c’est le moment, le Kaïros, le moment favorable, où la rencontre est possible, le moment créateur ou recréateur… Mais alors pourquoi cette nouvelle mise en scène quelque peu rocambolesque ? Les mouvements de l’âme sont souvent complexes. Nous en faisons chacun l’expérience, l’itinéraire intérieur suit des chemins imprévisibles, parsemés de contradiction, de détours inattendus, de précipitations ou de soudains ralentissements, d’audace ou d’hésitation.
Zachée veut simplement voir Jésus, sans être vu… Inconsciemment, il veut être vu de Jésus mais ne peut se l’avouer. Jésus a l’art de dénouer les situations compliquées et d’aller droit au but. « Descends vite, c’est aujourd’hui que je veux demeurer chez toi ! » Que s’est-il passé entre Jésus et Zachée, que ce sont-ils dit ? nous n’en savons rien. Ce qui est sûr, c’est que c’est avant tout une rencontre fraternelle. Jésus ne tend pas de piège à Zachée. Jésus n’est pas venu extorquer à Zachée ce qu’il va lui dire ensuite. Alors dans une ultime mise en scène mais qui n’est pas sans intérêt, Zachée debout, lui le petit fait face à Jésus. Il est comme d’égal et égal. Et il n’hésite à dire qu’il va donner jusqu’à la moitié de ses biens et restituer ce qu’il a volé et même davantage…
Ne jugeons pas trop vite de l’authenticité et de la sincérité de la conversion de Zachée. Pour Jésus, sa démarche est sans équivoque. Il reconnaît en Zachée un homme de cœur, un homme de foi, un vrai fils d’Abraham. Comme il avait sur reconnaître en Nathanaël, qu’il avait vu sous le figuier, un vrai fils, un digne fils d’Israël, qui ne sait pas mentir.
Zachée, vrai fils d’Abraham, a su s’arracher à ses idoles à sa dépendance au péché. Il a accepté, comme Abraham, d’aller là où Dieu lui dirait d’aller. Zachée repart à zéro, nu comme Job, mais libre, rendu à sa nature première, purifié du mal qui a fait de lui un pantin, une caricature de fils, étranger à lui-même.
Désormais, Zachée sait ce que veut dire être libre, vivre en fils de Dieu. Il a rencontré l’amour en personne dans la personne de Jésus. Cet amour capable de vaincre nos doutes et nos peurs, de changer notre honte en une confiance renouvelée. Cet amour capable de nous faire sortir de la fausse image de nous-même pour nous entraîner vers un autre horizon où Dieu devient l’axe central, le cœur, de notre vie.
Et puis, pour terminer, comment ne pas souligner cette note caractéristique de l’évangile de Luc, cette joie, cette joie qui est celle du Royaume qui nous est offerte et qui ne souffre aucun délai. Oui, « aujourd’hui, je viens demeurer chez toi, descends vite. » Et même si Saint Paul a pu refroidir nos ardeurs en disant que le jour du Seigneur n’était pas encore arrivé, nous pouvons goûter la présence du Royaume en train d’advenir. Que la Joie du salut vienne illuminer nos vies !