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11ème dimanche du TO B

Père Michel Mounier

Mc 4, 26-34

Les paraboles de notre évangile se réfèrent évidemment au récit d’Ézéchiel. Cependant elles ne se bornent pas à le reproduire avec des variantes. Les accents sont déplacés. Le prophète insiste sur le pouvoir de Dieu qui peut faire verdir l’arbre sec et sécher l’arbre vert. Jésus lui parle plutôt de l’aspect inéluctable de la venue du Royaume. Quoique les hommes fassent, rien n’empêchera cette graine de germer et de grandir. Croissante permanente. Comment expliquer ce déplacement ? C’est qu’il s’est produit un déplacement qui est tout le nouveau testament. La graine jetée en terre, n’est-elle pas le Christ lui-même ? On ne peut rien contre cette élévation au-dessus de terre, au-dessus de tout, parce qu’il utilise pour prendre toute sa dimension même ce qui est tenté contre lui. Telle est la Bonne Nouvelle que proclame le langage de la Croix. Et cela va jusqu’à la moisson.

Autre insistance de ces textes : au départ l’œuvre de Dieu est imperceptible. Une graine de rien du tout. Sans expérience préalable, personne ne pourrait deviner les dimensions de la plante adulte en voyant l’humilité des commencements. Comment ne pas penser à ce pauvre prophète sorti de Nazareth d’où rien de bon ne peut sortir, perdu avec ses disciples parmi la prolifération de groupuscule politico-spirituels en regard du grand arbre des églises chrétiennes, avec toutes leurs limites. Mais il faut aller plus loin.

C’est en chacun de nous et aussi, malgré les apparences, dans nos sociétés que la semence du Royaume fait son chemin souterrain. Faisons-nous confiance à la puissance de cette Parole semée qui est la puissance même de la résurrection à l’œuvre en nous, les croyants, et même en nous, les humains ? Lui faire confiance est déjà la faire germer.

La lettre de Paul nous apporte un autre éclairage. Nous cheminons sans voir. Tant que nous sommes « dans ce corps », nous vivons la croissance imperceptible et incontrôlable du grand arbre. Parfois nous pourrions même croire à une décroissance, abandonnée que nous sommes aux forces de la mort, en « exil » dit Paul, loin de Dieu. Il nous faut être patient envers nous-mêmes. C’est notre manière présente de germer. La forme actuelle que prend notre corps, notre humanité, notre relation aux choses et aux autres, doit mourir.

Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Cette mort-là n’est pas destruction de ce corps mais passage à un autre état. Une Pâques. Cela vaut pour chacune et chacun. Et cela vaut pour l’église. Nous vivons une période difficile. La mutation qui va de la graine à la plante peut prendre le visage de la mort. Vivons-nous dans la confiance ?