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Pentecôte B 2021

Fr Luc-Thomas Somme op

L’Esprit de Vérité vous conduira dans la Vérité tout entière

A plusieurs reprises l’Evangile selon saint Jean rapporte que Jésus annonce et promet la venue de « l’Esprit de Vérité. » Puisqu’il s’agit aujourd’hui « que le souffle de la Pentecôte agisse avec toujours plus de force » (prière après la communion) essayons de voir comment cet Esprit de Vérité agit en nous, comme celui qui nous fait connaître en vérité, aimer en vérité, prier en vérité.
Nous sommes habitués à dire Amen comme une réponse ou une conclusion, par exemple lorsqu’au moment de communier nous sommes invités à acquiescer au fait que c’est vraiment le corps du Christ que nous allons recevoir. Dans l’Evangile nous entendons aussi parfois, dans la bouche de Jésus, Amen comme un préliminaire à ce qui va être déclaré : « Amen, amen, je vous le dis… », que l’on peut traduire par « en vérité, en vérité, je vous le dis… » Jésus en effet se manifeste comme « le Chemin, la Vérité, la Vie » (Jn 14, 6). L’Esprit de Vérité n’est donc autre que l’Esprit de Jésus. La Vérité dont il s’agit n’est pas statique et éthérée mais dynamique et incarnée. Le propos de notre vie chrétienne est de suivre Jésus, de marcher avec Lui. C’est pourquoi nous lisons dans l’Evangile : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de Vérité, il vous conduira la vérité tout entière. » Selon une autre expression johannique : il nous fera « marcher dans la Vérité. » L’Evangile nous fait comprendre comment : « Il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » Si Jésus, en effet, a les paroles de la vie éternelle, s’il est celui qui nous introduit dans le Royaume de Dieu et qui peut dire « qui me voit, voit le Père » (Jn 14, 9), il appartient à l’Esprit de nous découvrir le sens de cette Parole Vivante de Dieu : nous l’expérimentons quotidiennement dans la psalmodie ou dans la lecture des Ecritures : tel verset mille fois lu, prononcé, chanté de manière plus ou moins attentive ou routinière surgit à l’improviste comme le saut d’une carpe dans un lac tranquille et nous parle comme s’il avait attendu ce jour, cette heure, cette circonstance pour s’adresser à nous personnellement. L’Esprit de Vérité qui nous conduit à la vérité tout entière ne conduit pas autrement ou ailleurs que le Christ : il nous conduit à Lui, sur son chemin, sur ce chemin qu’il est, et par Lui jusqu’au Père.
L’Esprit de Vérité n’embrase pas que notre intelligence mais aussi notre cœur : il nous fait aimer en vérité. « L’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Cet « amour de Dieu » est à la fois un amour pour Dieu, où Dieu est le complément d’objet direct du verbe aimer, et un amour qui vient de Dieu et qui donc porte non moins vers nos frères, car « celui qui dit aimer Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit est un menteur » (1 Jn 4, 20). Marcher dans la vérité grâce à l’Esprit, c’est donc aussi marcher dans la vérité de l’amour. Jésus en explicite toute la difficulté et toute la beauté que son Esprit rend possible : l’amour en vérité est celui qui va jusqu’à un pardon inépuisable et inconditionnel, jusqu’à 70 fois 7 fois, et jusqu’à un amour des ennemis. Cet amour en vérité que nous procure l’Esprit de Vérité est aussi celui qui maintient et préserve l’union et restaure la communion abîmée voire détruite.
L’Esprit de vérité, qui nous fait connaître et aimer en vérité, nous fait donc aussi prier en vérité. Car « nous ne savons pas prier comme il faut », mais « l’Esprit vient au secours de notre faiblesse » et cet « esprit de fils adoptifs nous fait nous écrier Abba ! Père ». « L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc cohéritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ » (Rm 8). Cet Esprit qui fait de nous des fils, des fils de Dieu, fait donc aussi de nous des frères, frères du Christ et frères et sœurs les uns des autres, car enfants de son Père qui est aussi notre Père : « pour accomplir jusqu’au bout le mystère de la Pâque, tu as répandu aujourd’hui l’Esprit Saint sur ceux dont tu as fait tes fils en les unissant à ton Fils unique » (Préface). Comme le Fils est unique, c’est dans ce Fils que nous devenons des fils, des christs, des verbes, par le témoignage de la parole et de la vie, des témoins et des envoyés de Dieu, par la mission à laquelle nous sommes dédiés, conviés, conduits, accompagnés : « ceux qui sont conduits par l’Esprit, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 14).
Connaître en vérité, aimer en vérité, prier en vérité se vit personnellement, intimement, secrètement : l’Esprit nous inspire telle pensée, telle générosité, telle magnanimité, tel émerveillement, telle reconnaissance. L’essentiel de cette beauté n’est visible qu’à Dieu seul.
Cela se vit aussi communautairement, familialement, ecclésialement. Comme le montrent les Actes des Apôtres, c’est sur la communauté des disciples réunis lors de la Pentecôte que l’Esprit vient se poser sur chacun et donne de proclamer les merveilles de Dieu dans la diversité des langues et l’unité de la foi. Comme l’exprime la prière sur les offrandes c’est encore ce même Esprit qui « nous fait pénétrer plus avant dans l’intelligence du mystère eucharistique et nous ouvre à la vérité tout entière. » Enfin il est celui dont nous avons tant besoin pour surmonter les divisions du monde et de l’Eglise : les tensions qui menacent la paix internationale, les divisions entre chrétiens – celles déjà existantes et celles nouvellement menaçantes, les micro-divisions, les micro-rancunes qui corrodent les communautés de toute nature et de toute taille car jusqu’au retour glorieux du Christ le diviseur s’emploiera à semer la discorde et à gâter la récolte du bon grain par le mélange de l’ivraie. Combien l’Esprit de Vérité est bienvenu, et nécessaire ! « Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit » (Ga 5, 25).