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4ème Dimanche du TP B

Fr Pierre Januard op

Jn 6. 11-18

Du bon berger d’aujourd’hui, tout dévoué à ses brebis, à celui qui va jusqu’à laisser ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller chercher celle qui s’est égarée, l’évangile nous montre la bonté du Seigneur à notre égard. Cependant, la figure du berger, à travers toutes les réminiscences bibliques qu’elle apporte, ne se limite pas au soin du troupeau. Elle nous fait entrer dans le mystère de la relation du Christ à son Père.

En se présentant comme le bon pasteur, Jésus met ses pas dans ceux du premier berger de l’humanité, Abel. Souvenez-vous, dans la Genèse, Abel est le premier pasteur, il est le juste. Il est le premier à offrir à Dieu une offrande qu’il agréé (Gn 4, 4), mais il suscite la jalousie de son frère Cain dont l’offrande, les fruits de la terre, n’est pas agréée. Abel devient lui-même la victime de son frère Cain, préfigurant le Christ, vrai berger, offert en sacrifice et mis en croix. L’évangile d’aujourd’hui nous présente la relation du bon berger avec ses brebis, mais en nous renvoyant à Abel, dont rien n’est dit sur sa relation avec les brebis, l’image du berger nous rappelle implicitement que la première relation du berger n’est pas avec ses brebis mais avec Dieu et avec ses frères, et que la vie du berger trouve son sens dans l’offrande qu’il fait à Dieu. Nous sommes invités à contempler la relation entre Jésus et son Père. Non seulement Jésus offre comme Abel ce qu’il a de meilleur mais il s’offre lui-même dans un sacrifice parfait. Comme Abel le juste, Jésus est l’Innocent livré. Plus encore, il donne sa vie librement. Ainsi tous ceux qui exercent une charge de pasteur à la suite du Christ ne sont de bons pasteurs que si leur offrande est agréée par Dieu et s’ils se livrent eux-mêmes en sacrifice. Le bon pasteur n’est pas seulement celui qui s’occupe bien du troupeau mais c’est d’abord celui qui est juste et qui s’offre lui-même à Dieu sans chercher d’autre récompense que l’agrément de Dieu. « Voici pourquoi le Père m’aime, parce que je donne ma vie », avons-nous entendu dans l’évangile. Cela ne concerne pas que les prêtres mais cela nous concerne tous comme baptisés, chaque fois que nous avons part à la vie pastorale du Christ là où nous sommes, chaque fois que nous avons la charge d’autres personnes, que ce soit en famille, en communauté, au travail, ou dans toutes nos relations : que ma vie soit agréable à Dieu et totalement tournée vers Dieu, dans le service même des brebis dont j’ai la charge.

Le souvenir d’Abel nous permet d’entrer dans le sens profond de l’évangile d’aujourd’hui, c’est à dire dans ce que signifie donner sa vie pour ses brebis. Le dévouement du bon pasteur n’est pas d’abord une action généreuse et altruiste envers les brebis, ni un acte de responsabilité et de sérieux dans l’accomplissement de la mission, c’est un culte rendu à Dieu, une offrande qui monte en agréable odeur, comme un encens, vers le Seigneur. Le bon pasteur est celui qui vit sa mission dans une union toujours plus grande à Dieu. Comme Moïse qui, pour guider son peuple, passait de longues journées sur la montagne ou sous la tente de la rencontre, auprès du Seigneur. Comme Jésus, qui partait la nuit dans la montagne pour prier et n’en consacrait que davantage sa journée aux foules qui étaient comme des brebis sans berger. Le bon berger est un berger qui prie et qui trouve dans l’union à Dieu le sens de sa vie de berger. Offrande de soi et de ses brebis à Dieu, intercession devant Dieu pour les brebis. On rapporte que notre père saint Dominique, au XIIIe siècle, consacrait sa nuit à Dieu et sa journée au prochain car Dieu assigne sa miséricorde au jour et son chant à la nuit. Mais la nuit, temps de l’offrande et de la louange, est aussi le temps de l’intercession. C’est le temps où saint Dominique s’écriait : « mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ». A notre tour, nous sommes invités, par notre baptême, à vivre notre vie de berger, sous ses diverses formes selon notre situation, en étant des bergers de la miséricorde et du chant, du jour et de la nuit, du service et de la prière, de l’offrande et de l’intercession.

Si le berger tire le sens de sa mission de sa relation à Dieu, cela signifie à l’inverse que manquer à sa mission, ne pas protéger les brebis, ou simplement négliger sa tâche, est une offense faite à Dieu. C’est ce qui arrive au roi David. Souvenez-vous : David était un berger fort et puissant, un berger qui défendait ses brebis contre les lions et les ours (1 S 17, 34) avant de devenir roi d’Israël. Il était agréé par Dieu. Mais voici qu’il prend la femme d’Urie et fait tuer Urie, alors Nathan est envoyé par Dieu pour montrer à David son grand péché. Justement, Nathan prend l’image du berger : un pauvre n’avait qu’une agnelle qu’il chérissait comme sa fille (2 S 12, 3) et voici qu’un riche vole et tue son agnelle. « Cet homme, c’est toi », lui dit Nathan, « ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, pourquoi as-tu donc mépriser la parole du Seigneur en faisant ce qui lui déplaît ? ». David avait tout pour être le bon berger, et pourtant le jour vint où il se comporta comme le mercenaire de l’évangile. David a mal agi car il s’est éloigné du Seigneur et en agissant mal il offense le Seigneur. L’amour de Dieu et des brebis, la connaissance de Dieu et des brebis vont de pair. Contrairement à David qui offense les brebis et Dieu, Jésus vit dans cette double connaissance parfaite : « je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père », dit-il dans l’évangile. Parfaitement uni au Père, Jésus sert parfaitement ses brebis, et donnant sa vie pour ses brebis, il s’offre parfaitement à son Père.

Qu’à l’image du bon pasteur, nous puissions nous offrir à Dieu et nous unir à lui pour mieux servir nos frères, et honorer Dieu en prenant toujours mieux soin de celles et ceux qui nous sont confiés.