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Vendredi Saint 2021

Fr Gilles Danroc op

Passion selon St Jean 18-19

 

Pendant les 40 jours du Carême – mais c’est peut-être maintenant- nous nous sommes vidés de nous-mêmes ; nous avons essayé de quitter le monde du bruit et de la fureur pour entendre, enfin, ce qui nous remplit pendant la Semaine Sainte, la parole que Dieu nous adresse tout spécialement en ces jours saints.
Dimanche des Rameaux, nous avons entendu la Passion selon St Marc, le Vendredi saint, nous écoutons la Passion selon St Jean, pour qu’elle s’imprime en nous.
Nous écouterons toute la Passion debout, dans un effort d’autant plus pénible que nous portons la Passion au nom de tous ceux qui ne peuvent l’entendre et la célébrer par temps de pandémie et spécialement de celles et de ceux qui n’ont pu venir à Chalais cette année.
Car il nous faut porter cette Passion de tout notre poids pour pouvoir annoncer la Résurrection de notre Sauveur Jésus-Christ.
Le Jeudi-Saint, Jésus le Christ est l’acteur véritable qui a tout donné : il a donné son corps et son sang, le lavement des pieds fraternel et le commandement de l’Amour de l’Alliance nouvelle. Il s’est vidé entièrement et s’est donné lui-même jusqu’à l’extrême du don.
Aujourd’hui, dans un premier temps, Jésus est le maître de la vie ; lors de son arrestation, il affirme son identité, protège les siens et donne le commandement ultime : « remets ton épée au fourreau ». Ainsi, Il nous révèle que la violence se nourrit de revanche et de vengeance dans un cycle sans fin. Mais, aujourd’hui, le Christ Jésus arrête ce mouvement infernal dans sa chair, il la bloque, il l’ « encaisse » pour qu’elle ne rebondisse plus. Dieu nous guérit de la fascination de ce pouvoir que l’homme s’arroge depuis Caïn de tuer un autre homme. Jésus devient le Prince de la Vie en étant Prince de la Paix quand il s’avance dans Sa Passion.
C’est à ce moment que toute la sentence, c’est à ce moment que tout bascule : Caïphe proclame : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure à la place du peuple ». Et il prophétise : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour sauver le peuple de la mort ».
Dès lors, il est menotté tiré, balloté, insulté et finalement crucifié.
L’acteur, passionné d’une passion d’amour pour son Père et pour nous, éprouve l’épreuve de l’impuissance. Il s’est abandonné à son Père à Gethsémani, Il s’abandonne à nous dans une passion passive. Il est désormais comme cette cire chaude où s’imprime la violence du monde, la mort que l’homme donne à l’homme, son frère.
Dans sa chair Il laisse s’imprimer le mal, le péché et la mort même pour les ensevelir avec lui dans un tombeau neuf.
En signe de sa Passion passive jusqu’à l’extrême, Jésus se tait, ou presque tandis que tout s’agite et vocifère autour de lui. La sentence est tombée lourdement, injustement, prophétiquement au milieu de la fureur de monde.
Jésus confirme à Pilate qu’il a dit et écrit qu’Il était le Roi des Juifs, en 3 langues : voici l’Homme couronné d’épine et vêtu de pourpre. Voici le Roi sur le trône de la Croix.
Il donne, dans une intimité rauque, pleine de délicatesse, sa mère au disciple. Et toi, vas-tu la prendre chez toi ?
Il accomplit la Parole dans un cri : J’ai soif. Dieu se révèle ultimement, assoiffé d’Amour pour nous. En Jésus crucifié, Dieu a soif de nous, de chacun de nous. Dieu attend de nous une réponse d’amour à Son amour qui nous aime le premier. On lui donne du vinaigre. Qu’allons nous lui donner ?
Tout est ainsi porté à sa plénitude. Là Jésus a tout accompli car Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils bienaimé, « non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16).
Dans une grande douceur, Il remit son Esprit.
Dernier coup de rage : dans notre volonté de maîtriser la vie, voici le coup de lance pour vérifier qu’il est bien mort. Alors, tandis que le corps est déjà mort, du cœur transpercé coule l’eau et le sang, la Grâce ruisselle sur le monde et jaillit en vie éternelle.
Regarde de tous tes yeux vers Celui qu’ils ont – que nous avons – transpercé. Contemple l’homme au cœur transpercé. Et écoute bien : Elevé sur la Croix, J’attirerai tout à moi. Elevé de terre dans la Résurrection et l’Ascension à la droite du Père, J’attirerai Tout à moi par la Croix.