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5ème Dimanche du TO B

P Michel Mounier

Mc 1. 29-39

Lorsque j’ai prié cet Évangile, j’avais au cœur ce que j’avais vécu en début de semaine. Je devais déjeuner mardi avec des amis qui accompagnent depuis 8 à 10 ans une famille albanaise en situation irrégulière. Le papa, sa femme, les enfants dont le plus jeune a 20 ans, les petits-enfants, des bébés. Logement au noir, parfois travail au noir, restos du cœur. Lundi soir, mon amie me téléphone, très émue. Elle voulait me dire qu’elle n’avait jamais vu son mari dans cet état, même pour la mort de ses parents qu’il avait vécue très paisiblement. Là, les larmes dans les yeux, incapable de parler. Le matin et pratiquement toute la journée il avait emmené ce papa à l’institut de cancérologie. Galère de papiers car sans carte Vitale, l’aide médicale d’état c’est compliqué, long, fatigant. Mon ami a vu les radios. Cancer du poumon, très avancé, pas guérissable, chimio… Mon ami était bouleversé. Je n’avais pas mesuré l’amitié qui s’était nouée entre eux au fil des années, dans le jardin, en bricolant, avec peu de mots. Et j’ai été une fois de plus placé devant l’abîme de la souffrance. Souffrance en son corps et dans son cœur, souffrance pour l’autre.

Et nous entendons Job : « Je ne compte que des nuits de souffrance, je n’ai peu en partage que le néant, je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. »
Et l’Évangile nous montre Jésus guérissant.
De cet Évangile je retiens trois mots ; Sortir, Capharnaüm, Relèvement.
Sortir.
Ce jour-là Jésus sort de la synagogue, il fait sortir la fièvre de la belle-mère de Simon et on fait sortir les malades pour les lui conduire. Puis il dit : « Partons ailleurs pour proclamer la Bonne Nouvelle. C’est pour cela que je suis sorti. » Il est sorti de Dieu, comme il sortira du tombeau. Pour entrer dans la vie de Dieu. Il faut sortir d’ici, sortir de soi-même. C’est un enjeu de vie chrétienne.
Capharnaüm.
C’est là que ça se passe. Ville de pécheurs, d’artisans, de commerçants, de garnison et de carrefours. Ville frontière aux multiples langues. Le meilleur comme le pire s’y côtoient. Comme dans nos villes. On s’y isole ou on s’y mélange. C’est là que Jésus appelle ses premiers disciples. Pour entrer dans la vie de Dieu, il faut être ouvert au pluriel, au différent. Il y a là un enjeu de vie communautaire, humanisant.
Relèvement.
Jésus prit la main de la femme et la fit lever. Geste de résurrection. Jésus aussi se relèvera. Pour entrer dans la vie de Dieu, Jésus vient nous relever. Va en paix, dit le prêtre dans l’absolution. Il y a là un enjeu de vie éternelle.
Sortir de soi-même pour aller dans le tohu-bohu de nos relations afin de susciter de la vie, c’est déjà la résurrection.
L’Évangile nous montre que Jésus est du côté de l’homme, contre le mal. Aussi il se tait. Car la question n’est pas de chercher le pourquoi du mal, ou le coupable de ce mal, mais la guérison. La maladie, la souffrance, le rejet, l’injustice, contredisent l’intention du Créateur de faire de la vie un paradis. Alors la guérison des malades devient le signe que le projet de paradis est en train de se réaliser.
Accompagner un malade, c’est le relever, c’est un signe de résurrection. Devenir ami avec plus pauvre que soi, c’est devenir le bon Samaritain.
Lorsque Jésus guérit un sourd, c’est le signe que Dieu peut être entendu.
Lorsqu’il guérit un aveugle, c’est le signe qu’on peut voir la nouveauté de Dieu.
Lorsqu’il guérit un boiteux, c’est le signe qu’on peut marcher à sa suite.
Avec Jésus, c’est comme Dieu au premier jour. Il dit ce qu’il fait, il fait ce qu’il dit. Cela se passait à Capharnaüm et c’est pour cela que Jésus était sorti. Cela se passe aujourd’hui dans le capharnaüm de nos villes et de nos vies. Lorsque nous sortons, c’est Jésus qui sort avec nous.