Close

21ème Dimanche du TO A

Fr Bernard Senelle op

Mt 16, 13-20

Les clefs !!! Synonymes d’enfermement parfois, d’angoisse lorsque nous les perdons, les clés font également démarrer une voiture, une machine, elles peuvent ouvrir les portes, laisser entrer. Précisément, aujourd’hui, dans l’Evangile de ce dimanche, elles servent à nous ouvrir le Royaume et la vie offerte par Dieu notre Père. Elles nous donnent de l’air, elles nous ouvrent notre espace intérieur et nous donne accès à nous-mêmes, à notre âme.
C’est ce qui se passe pour Pierre. Il reconnaît en Jésus le Christ, le Saint, Celui qui détient la clé de David, le Libérateur, le Messie, le Sauveur. Il nous accompagne, dans notre traversée, nous ouvre les portes et nous assure de sa présence sans prendre notre place.
Qui est-il en vérité ? Chacun d’entre nous est appelé à en faire la rencontre. Et souvent ce sont les autres, nos frères et sœurs baptisés mais aussi non-croyants ou croyants d’une autre religion qui peuvent nous conduire à Jésus, nous demander : « Que dis-tu de ton Sauveur ? » C’est dans la rencontre que se joue l’essentiel et que se vit l’ouverture des portes du Royaume, l’accès à la vérité.
Pour nous disciples de Jésus, c’est la parole du Christ qui ouvre à la vérité. Et elle résonne au dehors de nos cercles. Il faut chercher la lumière venue d’ailleurs et personne n’en est propriétaire. Le Père seul peut révéler son propre Fils à qui il veut, au moment où il le veut. Chacun d’entre nous peut faire mémoire de ces moments de lumière, de compréhension sur sa vie.
Ces clés lient et délient, elles ouvrent le jardin de la création, elles permettent de se promener dans les Ecritures et de goûter la Parole de la vie, elles révèlent le vrai visage de ce Dieu qui est si souvent trahi et instrumentalisé. Avec elles, nous pouvons aussi libérer ou enfermer l’autre comme dans une prison. Comment cela ?
En lui faisant confiance ou en refusant de lui pardonner, en l’accompagnant sur son chemin ou au contraire, en lui barrant la route. On peut aussi enfermer l’autre en lui prenant sa vie par le contrôle sous des prétextes divers de sécurité, de santé, de bon fonctionnement.
Or, l’Evangile nous demande d’être humain, de veiller sur l’autre et non de le surveiller. La Parole libère en chacun toute l’humanité qu’il porte en lui et l’aide à dominer la violence toujours prête à surgir telle une bête tapie. C’est notre responsabilité d’enfermer ou de libérer, de faire violence ou de donner la vie.
Au début de son pontificat, le pape François a donné dix conseils pour être heureux. Dans le premier de ses dix conseils, il donnait comme ingrédient du bonheur : « Vivre et laisser vivre et il citait un dicton romain : « allez et laissez les gens aller de l’avant. » Du bon usage des clefs pour David, pour Pierre, pour chacun d’entre nous. Qui est notre Sauveur, celui qui nous ouvre les portes de la vie ?
Car si dans l’Evangile, Jésus s’adresse à Pierre, un peu plus loin, il s’adressera à tous les disciples pour leur dire : « tout ce que vous délierez sur la terre sera lié au ciel… » Tous recevront alors le pouvoir des clefs, nous l’avons reçu. Mais aujourd’hui, c’est Pierre qui le reçoit, tout comme il répond souvent pour les autres, à la place des autres, tout comme il parle au nom de tous. Il personnalise le collège des apôtres. De même que plus tard, après la Pentecôte, c’est Pierre qui s’adressera à la foule en premier, Pierre reçoit personnellement, de manière particulière ce que les apôtres reçoivent aussi : d’être apôtre, d’être une porte, d’offrir un passage, d’avoir le pouvoir des clefs.
Avec Pierre, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, nous préparons le Royaume et la délivrance de notre monde blessé et traumatisé par la violence et la crise sanitaire. Pierre reconnaît en Jésus celui qui est venu pour donner sa vie en rançon pour la multitude. Nous sommes là pour reconnaître notre Sauveur, pour permettre aux hommes et aux femmes de notre monde de guérir et de sortir de leurs obscurités.
« Pour vous qui suis-je ? », nous demande Jésus. Est-il le Seigneur de ma vie ? La réponse à cette question ouvre la porte du bonheur, d’une nouvelle béatitude. « Heureux es-tu Simon… » On pourrait remplacer Simon par chacun de nos prénoms, il est possible dans la foi et le silence d’entendre Jésus nous dire cela. Et, surprise, Jésus demande de ne le dire à personne. C’est dans le secret de notre âme qu’il faut chercher les clés. « Où cours-tu donc, ne vois-tu pas que le ciel est en toi ? » disait Angélus Silesius. Cherchons le Christ, il se laisse trouver.