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3ème Dim TP A

En chemin…

Lc 24. 13-35

P M Mounier

Pour nous laisser rejoindre par ce récit, ne faut-il pas que d’une façon ou d’une autre, que ce soit dans notre vie personnelle, dans celle de nos amis proches, dans celle de nos frères et sœurs en humanité, nous soyons nous aussi en souffrance, touchés dans nos espoirs. Car ce récit suppose que nous soyons des êtres de désir et donc, d’une façon ou d’une autre, plus ou moins, de déception, parfois peut-être de détresse ou de désespoir.

Détresse de celui qui a perdu son emploi ou qui craint pour sa pérennité. Dont la vie paraît bouchée, sans issue.

Détresse de l’enfant ou du jeune en échec scolaire. Ou qui n’a jamais vu ses parents quitter la maison pour aller au travail.

Détresse de celui ou celle qui vit un échec amoureux, quand il ou elle n’a pas été victime de violence. Les violences intrafamiliales explosent ces jours-ci.

Désarroi de celui ou celle qui a beaucoup investi dans l’action politique, sociale, associative et qui est déçu. A quoi bon ? De celui ou celle qui est habité par un idéal élevé, une utopie et qui, quand il se retourne, se trouve bien seul. A quoi bon ?

Désarroi de nos sociétés confrontées à un virus venu d’on ne sait où, autant dangereux qu’insaisissable.

Terrible sentiment de désillusion de tant de catholiques devant les vicissitudes et les infidélités graves de leur Église.

Oui quelle vie après l’échec ? Dans l’échec ?

Comme ils sont déçus ces deux hommes sur la route d’Emmaüs. Depuis tellement longtemps que leur peuple attendait le Messie. Les prophètes avaient beau prophétiser, c’était siècle après siècle échecs, inégalités criantes, pauvreté, exil, occupations, règne des idoles. Mais cette fois, c’était la bonne. Il allait délivrer Israël. Et voici que le peuple l’a laissé tomber. Que les plus fidèles, et eux-mêmes, ont fui. Pire, il ne s’est même pas défendu. Tout est foutu.

Cependant, il y a cette rumeur invraisemblable. Ces paroles des femmes : Il serait vivant. Mais comment s’y fier. Non décidément l’échec est trop profond.

Quand on est dans cet état, comme est précieuse la parole d’un ami, sa simple présence même. Il ne sert à rien, apparemment, mais il est là. Il faut quelqu’un pour me sortir de l’impasse.

Et voilà qu’il arrive. Un ami ? Même pas, un étranger ! De quoi parlez-vous en chemin ? Quel drôle d’individu, il ne sait rien de ce qui est arrivé. Mais une simple question, tellement naïve, peut remettre en route.

Tout au long de ces années, ils ont entendu une autre question : « Et vous qui dites-vous que je suis ? » « Pour vous, qui suis-je ? » Qu’il est étrange le Dieu qui se révèle ainsi. A travers Cléophas et son ami sans nom, toi, moi, c’est à chacun de nous qu’il s’intéresse, dans nos espoirs et nos désespoirs, dans le plus quotidien de nos vies. Il m’est arrivé d’entendre cette question : « Pourquoi t’intéresses-tu à moi ? Ma vie n’a pas d’intérêt. » Lorsque quelqu’un s’intéresse à nous, ou lorsque nous nous intéressons à l’autre, à sa vie, c’est Dieu qui s’approche de l’un et de l’autre. Le croyons-nous vraiment ? Un peu plus loin, Luc nous dit que les disciples étaient emplis de joie. Ce sont pratiquement les derniers mots de l’Évangile. La joie, c’est ce que Dieu veut pour nous. Le bonheur. Et c’est bien ce qui arrive aux deux disciples. C’est ce qui nous arrive ; je l’espère. C’est ce qui nous arrive quand, comme eux avec Lui, nous ouvrons les Écritures. Alors Dieu vient nous visiter.

C’est ce qui nous arrive quand nous rompons le pain. Alors nous communions à Jésus-Christ, mort pour nous et ressuscité pour que nous vivions de sa vie. Alors nous ne croyons pas dans la foi de Jésus, dans ses idées, nous croyons en lui, qui nous donne sa vie.

C’est ce qui nous arrive quand nous pratiquons l’hospitalité, d’une façon ou d’une autre. Reste avec nous, disent-ils. Considérer les autres comme des frères et des sœurs. Mardi, le livre des Actes des Apôtres montrait les disciples mettant tout en commun, et il n’y avait pas de nécessiteux parmi eux.

Nous sommes des hommes et des femmes. Dieu ne nous évitera ni échecs, ni tristesse, ce serait nier notre humanité. Mais il vient les habiter et les traverser avec nous. Il nous veut heureux. Il nous dit le chemin à prendre ; le laisser s’approcher de nous en ouvrant les Écritures, en rompant le pain, en pratiquant l’hospitalité.

Que l’Esprit nous ouvre le chemin…