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5ème Dimanche du TO A

Fr. Jean-Michel Maldamé op

Mt 5, 13-16

Le plus élémentaire et le plus commun de notre vie sont sources d’images qui ouvrent sur les profondeurs du cœur et l’audace des espérances les plus nobles. Aussi aujourd’hui, dans le Sermon sur la Montagne, Jésus va de la cuisine aux pièces de la maison, il parle du sel et de la lampe de chevet.
Le sel ! Nul n’ignore que l’art du cuisinier est un jeu subtil avec les complémentarités et les tensions entre les saveurs. Le sel joue un rôle fondamental dans ce jeu tout en finesse. Pour cette raison, le sel dit la valeur de la vie. Il le fait d’autant mieux qu’il sait être discret, car il n’est là que pour mettre en valeur le reste du plat et donner ainsi goût au repas et contribuer à notre santé et notre art de vivre. Plus encore, le sel dit la pertinence du propos et la pointe de l’esprit.
La lampe est chose banale quand elle éclaire les pièces notre maison et préside à notre vie, tôt le matin ou tard le soir. Plus que l’éclairage, elle est l’instrument de l’âme des lieux de vie familiale ou sociale. Au-delà de l’utile, par sa manière d’être placée, elle met en valeur les objets familiers ou les objets d’art : ce qui a de la valeur pour le cœur et pour l’esprit. Ainsi la lampe est l’instrument de la vie, de sa chaleur et de sa générosité comme le signe de la qualité de l’âme.
Cette ouverture des choses comme le sel de cuisine ou la lampe à la tête du lit, dont l’usage est universel et même banal, est sans doute une raison du choix de Jésus pour dire le Royaume de Dieu. Ce faisant, Jésus va à l’encontre de ceux qui réduisent la foi à des rites ou à la récitation de formules, à des pratiques ou à des interdits alimentaires, ou encore aux mouvements fusionnels ou fanatiques. Jésus invite à ce que la vie soit vraiment humaine. Les deux images du sel et de la lumière sont bienvenues, car elles disent l’une et l’autre le don : la lampe donne la lumière et le sel donne la saveur. Telle est la racine de la vie chrétienne : le don. Le don dans toute son ampleur !
D’abord, le don de Dieu. Dieu le créateur. Mais aussi, le don de la vie par les parents et les générations qui les ont précédés. Et encore, le don de la présence aux autres sans qui nous ne serions pas. Mais aussi, le don dont nous avons l’occasion, la charge ou la responsabilité. Entendons les harmoniques dont résonne le mot magique de « don ».
Les paroles de Jésus sur le sel et la lampe allumée sont extraites du Sermon sur la Montagne. Elles viennent sitôt après les Béatitudes : les sept portes d’entrée dans le Royaume de Dieu. Ce sont ces béatitudes qui sont symbolisées par le sel, qui donne saveur au plat, et par la lampe allumée qui rayonne lumière, chaleur et présence. Les deux images précisent que les Béatitudes sont des dons de Dieu qui ne sont pas faits seulement pour ceux qui les vivent, mais pour autrui. Le sel dans la terre, la lumière dans l’ombre ou dans la nuit.
La force de ces images repose sur un contraste : un peu de sel pour un grand plat, une petite lampe dans la nuit. Telle fut la situation des premiers disciples ; telle est la situation de l’Église dans le monde. En France tout particulièrement. Les chiffres s’imposent. Le christianisme n’est plus l’âme d’une nation dont certains disaient qu’elle était « la fille aînée de l’Église ». Cette situation est douloureusement vécue par beaucoup et elle entraîne souvent des crispations, des récriminations, voire des protestations et même des injures. L’image du sel s’écarte de ces perspectives, car Jésus demande d’abord de veiller sur soi, de ne pas perdre sa saveur (s’affadir), c’est-à-dire: vivre sa foi dans la plus grande rigueur. Puis de faire en sorte que cet élan ne soit pas retourné sur soi, mais diffusé, ouvert et exposé au monde.
Dans les paroles de Jésus, il y a un effet de contraste. Pour ce qui est de la masse : la quantité de sel est dérisoire par rapport au contenu de la casserole ou du plat. La grandeur de la flamme est dérisoire par rapport à l’espace à éclairer. Cette disproportion n’est pas une raison de démissionner !
Je termine par une image ; celle du pèlerin qui s’est attardé mais qui la nuit venue continue d’avancer, car au loin sur la montagne une petite lumière lui indique la route. Cette image convient aussi pour le randonneur qui s’est perdu et panique, car il ne trouve plus son chemin – mais soudain son espérance renaît. Il voit la lumière, là-haut dans la montagne, au pied de la falaise. Il peut avancer dans la confiance.

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