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2ème Dimanche du TO A

P Julien Dupont

Jn 1.2-34

Il y a quelques jours, j’ai pris le temps de manger avec des étudiants après avoir présidé l’Eucharistie. Au cours de ce repas, quel ne fut pas me surprise d’entendre que, parce que j’étais prêtre, je savais bien plus que les laïcs qui était Dieu. Le nombre d’années de mes études et ma bibliothèque étant le gage de ce savoir réel. Un savoir évidemment acquis par les livres, « en chambre » si j’ose dire, et qui surtout semblait « absolu ». Comme si j’avais une connaissance entière de Dieu et de tout ce qui régit l’univers des catholiques !
Jean-Baptiste, lui, n’était pas prêtre. Mais il avait des raisons de bien connaître Jésus : ils étaient cousins (Lc 1, 5-25). En ce sens il était bien mieux loti que les prêtres et les religieuses – même dominicaines ! Pas besoin de séminaire ou de longues heures sur les bancs de l’université pour connaître Jésus. Jean-Baptiste avait Jésus « à la maison » si j’ose dire ; c’est-à-dire à proximité de lui. Proximité dans le temps, l’espace et… le discours. Car ces deux cousins avaient la même référence culturelle.
Et bien, malgré tous ces atouts, Jean-Baptiste n’avait pas pleinement compris qui était Dieu ! C’est lui-même qui l’affirme dans l’évangile de ce jour, à deux reprises : « Je ne le connaissais pas » (Jn 1, 31.33) nous rapporte l’évangéliste. Bien sûr, la mort et la résurrection du Christ n’avait pas encore pleinement révélé le Christ. Mais pourquoi s’attarde-il à nous donner cette précision ? Que cherche-il à nous faire entendre, aujourd’hui, à travers cette expression ?

La traduction dans la Bible de Chouraqui est très éclairante à ce sujet, car la phrase retenue est la suivante : « Moi, je ne pénétrais pas ce qu’il est ». Comprendre ici : « Moi, Jean-Baptiste, je ne le connaissais pas à ce point ». A ce moment, Jean-Baptiste ne connaissait donc pas totalement Jésus. Ainsi, la proximité immédiate avec Jésus n’assure pas le fait de le connaître. Et le prêtre que je suis, même formé pendant une dizaine d’année, n’en sait peut-être pas plus que tel ou tel d’entre vous. Bien entendu, les années d’études théologiques sont précieuses au sens où elles permettent d’entrer dans la compréhension de Dieu. Elle est un des moyens que prend l’homme pour mieux le découvrir.
Mais il est évident que Dieu se révèle selon sa volonté, tel qu’il le désire. Et, puisque Dieu « élève les humbles, comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides… » (Lc 1, 52-54), il est aisé de confesser que Dieu ne se révèle pas seulement aux savants qui le connaissent ; mais à toute personne de bonne volonté qui est disponible à le recevoir. Regardez Ste Bernadette de Lourdes ou le curé d’Ars : même sans avoir fait de brillantes études de théologie, Dieu s’est révélé à eux.
Ainsi, il y a là un double mouvement à retenir. D’abord, il y a le mouvement par lequel Dieu se communique. Et, Dieu ne cesse jamais de venir vers l’homme. Et il y a ensuite, corrélativement, le mouvement par lequel l’homme se dispose à la recevoir. Un unique mouvement dans un cercle sans fin : Dieu se donne, et je me dispose à le recevoir… Jean-Baptiste est pour nous l’exemple, aujourd’hui, de ce double mouvement. Regardons le commencement de cet évangile : « Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir VERS lui (AUPRES de lui), il dit (REPOND) : ‘Voici l’Agneau de Dieu…’ » (Jn 1, 31). Oui, c’est parce que Dieu est venu au devant de Jean-Baptiste qu’il peut lui répondre, avec sa foi, qui il est.

Et nous ? Dieu est venu planter sa tente parmi nous (Jn 1, 14). Nous venons de le célébrer il y a quelques semaines. Mais sommes-nous réellement disposés à l’accueillir ? La question ainsi posée peut sembler moralisatrice. Mais, ce n’est pas cela l’enjeu. Repensez à l’étudiant de tout à l’heure, affirmant que les prêtres savent qui est Dieu. Son affirmation trahissait le fait qu’il n’était pas disposé à accueillir Dieu tel que Dieu lui-même le souhaite. Il attendait d’un prêtre qu’il apporte des réponses toutes faites à ses questions. Qu’il lui apporte Dieu sur un plateau doré, prêt à l’emploi. Si Dieu se donne, effectivement, il ne se donne que parce que nous le cherchons, nous l’attendons, nous l’espérons, et donc que nous lui préparons une place. Toujours comme Jean-Baptiste, lui qui préparait les chemins du Seigneur (Mc 1, 3).
En chrétienté, personne ne peut jamais « donner » Dieu tel quel. Penser cela, c’est entrer dans une théologie hasardeuse. En bons catholiques, nous voudrions que les ministres y ait un accès privilégié et, pire, qu’ils nous donnent Dieu comme un autre bien de consommation. En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, voyons positivement ce que nous pouvons-être les uns pour les autres, baptisés et ministres. A l’image de Jean-Baptiste, nous sommes comme ministres bien plus des « puisatiers de vos sources » (Mgr Rouet). Oui, puisatiers car nous sommes des ouvriers, et non des maîtres. Nous ne sommes que les humbles serviteurs dans la vigne du Seigneur (Mt 20, 1-16). Et puisatiers de vos sources car en chacun d’entre nous coule cette source de la Vie, une source à laquelle chacun d’entre nous se désaltère et n’a plus jamais soif (Jn 7, 37-39).
Frères et sœurs, disposons-nous cœurs à recevoir le Seigneur qui se donne toujours pour que nos vies en soient transformées, comme là été la vie de Jean-Baptiste qui, apprenant à la connaître, l’a trouvé présent, disposé à l’accueillir. Amen.