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29ème Dimanche du TO C

P Michel Mounier

Lc 18. 1-8

29e dimanche TO année C

Il y a deux semaines, nous entendions le prophète Habaquc se plaindre du silence et de l’inaction de Dieu en face de l’injustice et de la violence : « Combien de temps, Seigneur vais-je t’appeler ? » Dieu répond que la justice viendra à son heure. Attendre et tenir bon, voilà ce qui nous est demandé. C’est ce que fait Moïse, jusqu’à l’épuisement. Avec « le bâton de Dieu » à la main, symbole du commandement, il encourage les siens, signale les attaques, indique les chemins. La prière mène le combat. Il ne doit surtout pas « baisser les bras ». Moïse ne prie pas Dieu d’attaquer à sa place mais de lui donner la force de lever les bras. La veuve ne prie pas Dieu de fléchir le juge à sa place mais de lui donner le courage de l’affronter sur son propre terrain.
Prier ne serait pas un art de fuir mais un art de rester debout, de protester, de résister.
Ne pas se décourager, c’est ce que Jésus dans cet Evangile de Luc nous a déjà dit avec l’ami pénible qui insiste en pleine nuit pour le pain qui lui manque. Et nous connaissons, parfois trop bien, la force de persuasion des entêtés. Nous le sommes parfois. Mais cette parabole ne va-t-elle pas plus loin. Elle promeut l’entêtement, oui, mais pas pour soi-même, pour la justice. Fais-moi justice. La demande lancinante se transforme en cri. Parabole de la rage pour la justice. Bien souvent, et c’est heureux, l’Évangile nous invite au lâcher prise. Ici, et c’est heureux, il nous enjoint de ne rien lâcher tant que justice ne sera pas faite.
La parabole repose sur un contraste : si même un juge inique finit par rendre justice, à plus forte raison Dieu répondra à nos cris pour la justice. C’est ambiguïté évangélique qui nous fait demander ce qui nous est déjà donné, qui nous fait désirer ce qui est acquis. Car le Dieu dont parle Jésus n’est pas seulement juste, il est justice. Justice déjà donnée, accomplie, acquise. Mais alors pourquoi demander ? Parce que nous ne sommes pas encore dans le Royaume où toutes les justices fusionneront. Parce que l’évangile souligne sans cesse la tension entre l’espérance ancrée dans cette justice à laquelle Jésus donne visage et le combat à mener pour la justice dans le monde. La justice de Jésus veut engendrer des assoiffés de justice. Dieu cherche des complices de son propre entêtement. Il attend de nous la rage, la ruse, la permanence dans le combat en vue de son règne. Et l’inquiétude de Jésus : « Le Fils de l’Homme trouvera-t-il la foi sur la terre », nous révèle que la foi, ce n’est pas seulement la confiance et l’espérance, c’est aussi un désir inassouvissable de justice. Un désir que Dieu a placé en nous et dans lequel il place sa propre espérance.

Seigneur, si nous crions à toi, nous crions à la justice. Si elle tient entre tes mains, nous la portons à bout de bras.
Tant que le monde criera. Tant que des femmes succomberont sous les coups de leur conjoint, tant que des enfants viendront à l’école le ventre vide, ou ne seront pas scolarisés, tant que la Méditerranée sera un cimetière.
Oui, tant que le monde criera, nous attendrons de toi que justice soit rendue et que justice soit faite.
Et peu à peu notre soif et notre révolte feront s’effriter les remparts qui se dressent encore entre le monde et ton Royaume. Donne-nous toujours cette soif, tiens-nous en éveil.