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Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie 2019

Père Loïc Lagadec

Vicaire général du diocèse de Grenoble-Vienne

Lc 1. 39-56

 

La Vie vivifiante // vivificans vita

Dans cette si belle page de l’évangile, on a la quintessence de la vie chrétienne : le mélange humano- divin, l’inhabitation de Dieu chez les hommes, l’Assomption -au sens d’assumer- de la chair par Dieu, la rencontre de l’autre et du Tout-Autre , mélangés, et se nourrissant l’un l’autre.
C’est comme une théophanie non conventionnelle ; on n’est pas au Temple, au lieu de Dieu ; mais dans la vie très humaine, dans la rencontre ; de toute façon, c’est bien le nouveau type de temple qu’indique le Christ !
D’ailleurs Jean-Baptiste dans le ventre d’Elisabeth sa vieille mère danse comme le roi David devant l’arche-tabernacle qu’est Marie.
Cette visitation fait exulter la vie, la reconnaissance de la vie, la foi, et la reconnaissance de Dieu en soi et en l’autre.
Quant Marie fait sortir de son cœur les mots du Magnificat, elle fait une relecture des œuvres ‘vitalisantes’ de Dieu ; elle prend acte de la double conséquence de l’incarnation qui vient ‘étirer’ sa propre vie.
*D’une part, en elle, elle apporte la chair pour que Dieu vienne dans son peuple.
*Et d’autre part, cette irruption divine ne la laisse pas indemne, elle-même : Dieu œuvre, et pas que dans son peuple, mais cela la touche elle-même aussi.
Il en est de même pour nous ; il y a un double impact du passage de Dieu dans nos vies : sa venue sa présence et sa rencontre d’une part, et la transformation qu’il opère d’autre part.
On peut relire ainsi le magnificat avec cette petite grille ; et relire nos propres vies aussi. En notant bien qu’on fait la relecture du déjà réalisé, mais aussi du germe de promesse de vie déjà en cours de réalisation.

Cette vie vivifiante de Dieu, on la voit dans les débuts de vie, dans cette scène, on la voit aussi dans la scène plus dramatique de l’apocalypse, on voit la naissance du berger qui apporte le salut, l’irruption de la vie qui fait vivrei. Mais elle est tout aussi importante pour les fins de vie.
C’est, pour moi, le lien avec la tradition orientale sur la mort de Marie, ce qu’on appelle la ‘dormition’. J’aime ce côté ‘doux’ de la mort de la Vierge Marie.
A la fois, la mort est à accepter ; et à la fois, sa douleur, sa révolte, son aspect de non-sens persistent. Car profondément, on est fait pour la vie, pas pour la mort !
Toute la bible ne parle que de cela, des choix de vie à faire, les petits et les grands. Elle parle aussi des impasses de vie au fond desquels on crie, impuissant, vers les autres et vers Dieu.
Car Dieu vivifie ce qu’il approche, et même la mort ! Surtout la mort !

Pour dire les choses autrement, cette mort de rêve de la vierge Marie est comme un acte prophétique de Dieu, un signe de son action, qui , à très hautes doses, impacte même la chair, et même tellement, qu’elle modifie l’impasse de la mort.

Cette vie prophétique de Marie et sa mort alternative sont un signe pour nous de notre destinée : la vie, et les retombées au présent de cette destinée de vie.
Comme le dit James Alisson, dans un livre que je vous recommande (12 leçons sur le christianisme), p. 403
« ce que signifie la résurrection en tant qu’impulsion de la vie morale est que nous sommes induits à commencer de vivre comme si la mort n’était pas, en étant capables de nous prendre d’amitié pour notre mortalité dans toutes ses extrémités (…) pour le dire autrement, le signe extérieur et visible de la résurrection dans nos vies est que la peur et le stigmate de la mort sont devenus sans intérêt pour nous. Et donc aussi pour notre créativité, notre aspiration à la justice et à l’épanouissement, qui peuvent s’exprimer librement dans des commencements de réponses concrètes, car elles ne sont plus circonscrites par la mort. »

Cette fête de Marie aujourd’hui stimule notre confiance dans le projet de Dieu : par Jésus, il fait éclater la force de Vie qui jaillit du cœur de la croix, afin de laver en nous, dans le sang de son sacrifice d’amour, l’angoisse de la péremption, et libérer profondément en nous la vie vivifiante.
Alors mangeons ce pain de vie, abreuvons-nous à Lui, qui nous offre sa vie vivifiante.
Amen.