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5ème Dimanche de Pâques C

Fr Bernard Senelle op Paris

Jn 13. 31-33a-35

De l’ombre à la lumière

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Depuis le matin de Pâques, nous cheminons de l’ombre à la lumière. De l’Exultet qui loue la flamme du cierge pascal jusqu’ au commandement d’aimer en plénitude, le Christ est présent. « Ils sont finis les jours de la Passion, suivez maintenant les pas du ressuscité. » Mais c’est encore dans l’ombre que s’avance Marie-Madeleine lorsqu’elle part de bon matin pour parfumer le corps de son Sauveur. Telle la colombe après le déluge, elle apporte la nouvelle de la résurrection. Et aujourd’hui c’est aussi dans l’ombre que l’amour est donné de la part de Dieu. Au commencement, de bon matin et premier levé le Créateur du monde fait toujours le premier pas.
Alors aujourd’hui, le Christ qui s’est levé nous invite à puiser dans l’amour qu’il nous donne. Au moment où Judas plonge dans les ténèbres de l’ignominie, Jésus décide d’aimer les siens jusqu’au bout. C’est par la porte qui laisse sortir le traître que s’engouffre la lumière de la résurrection. Jésus est glorifié parce qu’il aime Judas jusqu’à l’extrême.
Le monde nouveau commence, de nuit, lorsque Judas sort pour accomplir son forfait, elle commence parce que Jésus ne cesse pas pour autant de l’aimer, de le rechercher même enseveli sous les ruines de son acte de trahison. Nos trahisons, nos abominations semblent correspondre aux ténèbres qui couvraient l’abîme au commencement du monde. Dieu permet cela et le jour se lève.
Dieu glorifie Jésus au seuil de sa Passion, il le glorifie parce qu’il est notre passeur, celui qui nous apprend qu’il n’existe pas de vie vraiment humaine sans amour et sans confiance dans les situations et les jours intenables comme dans les beaux jours et ces instants dont on voudrait qu’ils ne passent jamais.
Car, nous disent les Actes des Apôtres, « il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le Royaume de Dieu. » Beaucoup parmi nous ont déjà durement expérimenté ces paroles de Paul et Barnabé. La solitude, la maladie, le handicap, la séparation, l’infidélité, la haine, la violence, le désespoir. Au livre de l’Exode, Dieu se glorifie dans un massacre aux dépens de pharaon, au livre de Daniel, c’est dans la fournaise que les trois jeunes gens glorifient Dieu et les chantent pour les siècles.
Alors il nous donne le commandement d’aimer parce que l’amour n’est pas le fruit d’un effort ou de notre générosité. C’est une chaîne inaugurée par le Créateur du monde et entretenue dans la longue histoire de l’humanité. Et aujourd’hui, dans cet évangile, Judas est sorti et c’est l’heure d’aimer malgré l’amour trahi et éprouvé. Jésus rejoint Judas et nous dit que la vie est tissée de ce paradoxe permanent. « Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés ainsi, nous devons nous aimer les uns les autres. » Il a aimé tout le monde, il a inauguré une chaîne d’amour, nous dit l’épître de saint Jean qui semble commenter notre Évangile.
Et si le temps pascal était, pour chacun d’entre nous, le temps de parcourir de nouveau cette cordée de l’amour de Dieu avec le souci de goûter chaque instant, présent à nous-même et aux autres. Car enfin, on peut passer à côté du Dieu Vivant, chercher là où il ne faut pas, quitter la cordée. Ainsi, il nous est sans doute arrivé de passer à côté d’une personne connue sans la remarquer au moins dans un premier temps parce que nous sommes absents de là où nous sommes, absent de nous-même, des autres et de Dieu.
Récemment, je marchais le long des quais de Seine à Paris peu après l’incendie. J’étais face à Notre Dame. A deux-cents mètres de la cathédrale, une personne marchant en sens inverse demande : « Où est Notre Dame ? » quelqu’un répond : elle est derrière vous. « Ah bien merci, je marchais en sens inverse » J’étais avec d’autres interloqué par cette question comme par la réponse. Mais cela peut nous arriver à tous.
Le temps pascal est celui de la reprise de contact avec la vie, avec l’amour qui vient de Dieu. Nous sommes remis en marche dans la bonne direction comme l’ont été les disciples d’Emmaüs. Le Christ est toujours resté en présence de son Père au cœur de la violence et de la mort, il n’a pas cessé d’aimer. Nous reprenons peut-être contact avec Dieu si nous nous en étions absentés parfois avec les meilleures raisons du monde.
Et les symptômes de cette reprise de contact ne se font pas attendre. Ainsi, la difficulté plus grande de dire du mal ou pire de maudire un frère, une sœur, un ami, son prochain. Car, il est impossible de maudire son prochain on est vraiment en présence de Dieu. Le Christ, lors de sa Passion n’a pas maudit les méchants pour leur méchanceté, il a béni, il a dit du bien par amour et, la vie est revenue. Nous sommes témoins parfois de la force de la paix, de la « force des mains nues » dont parlait notre frère bienheureux Pierre Claverie.
C’est en cheminant avec celui qui est le Chemin que nous trouverons le passage vers Dieu, vers l’autre, vers la lumière. Les apôtres ont voyagé, dans la Bible, c’est souvent au cours d’un voyage que les choses surprenantes se produisent, c’est sur la route que Jésus appelle ses disciples et c’est en chemin qu’il les enseigne. Écoutons-le, allons sur ses pas, passons avec eux de l’ombre à la lumière.