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Noël 2018 C

Fr André Tavarès op

Homélie pour la messe de minuit

Les imprévus de Dieu

Chères sœurs, chers frères,
La fête de Noël nous rappelle surtout le caractère imprévu des actions de Dieu. Dans l’Ancien Testament, le Seigneur, par la bouche de son prophète Isaïe, parle à propos de lui-même : « … Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Is 55, 8). Rappelons que Dieu a choisi un couple âgé, Abraham et Sara, pour être les parents d’une nombreuse progéniture. Il a choisi David, le dernier et plus petit des enfants de Jesse, pour être roi d’Israël et vaincre le géant Goliath.
La naissance de Jésus nous montre bien que la manière de penser, qui entoure nos attentes, est tout-a-fait différente de celle de Dieu. Son Fils est né humble et pauvre. Saint Alphonse de Liguori, a composé une belle chanson, très connue en Italie, dans laquelle, plein de tendresse, il exprime l’étonnement des hommes devant la naissance de Jésus. Il écrit : « Tu descends des étoiles, ô Roi du Ciel, et tu arrives dans une grotte froide et glacée. Ô Enfant divin, je m’aperçois que tu trembles : combien il t’en coûte de m’avoir aimé ! Toi, Créateur du monde, tu manques de langes et de feu ; ô Enfant chéri ! Combien cette humilité m’inspire d’amour »(1).
Les prophètes ont annoncé pendant des siècles, la venue du Messie. Mais les hommes ne s’attendaient pas à le contempler dans la faiblesse d’un enfant. Et Dieu nous apprend son amour en envoyant son Fils dans la faiblesse d’un petit enfant « emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Et ce même enfant, un jour, en donnant sa vie, sera de nouveau emmailloté dans des linges, après sa mort sur la croix, et amené au sépulcre, avant de ressusciter.
Pour les hommes, ces actions de Dieu ne sont que des imprévus. Mais la lumière de la foi nous fait voir dans ces imprévus qui est Dieu et comment il agit. Nous sommes donc invités à être attentifs et à chercher la présence de Dieu dans les imprévus de la vie. Et quelques fois, à accepter qu’il soit là, dans les personnes, dans les faits et dans les actions qui nous étonnent, et même peut-être nous dérangent. Et qu’il nous invite, dans n’importe quelle situation, à ouvrir notre cœur à quelque chose de nouveau. La célébration de cette nuit est donc une forte invitation à ouvrir le cœur aux imprévus de Dieu. Et notre modèle, c’est la Mère du Seigneur, qui n’a pas mis d’obstacles à la volonté de Dieu bien que surprise par l’annonce imprévue de l’ange. Comme Marie, apprenons à garder dans nos cœurs et à méditer les imprévus de Dieu dans nos vies.
Fr. André Luís Tavares, op
.(1) Alphonse-Marie de Liguori, Œuvres complètes du Bienheureux A.-M. de Liguori, t. V : œuvres ascétiques, Paris, Parent-Desbarres, 1835, p. 474.

 

Messe du jour de Noël

Le poème de la lumière

Chères sœurs, chers frères,

Chaque année, nous avons la chance d’écouter, à la messe du jour de Noël, ce beau poème, que nous trouvons dans l’ouverture de l’évangile selon saint Jean. Quand les sentiments ou le mystère nous dépassent largement, au lieu de les expliquer, c’est préférable de les exposer par la poésie. Un jeune homme amoureux dans une lettre qu’il envoie à son amie, n’expliquera pas ce qu’il ressent. Il l’exprimera plutôt dans un langage poétique. De même, pour exprimer l’étonnant mystère de l’Incarnation, saint Jean a préféré un poème. Et un poème que nous rappelle le récit de la Création, que nous lisons dans la Genèse. En fait, en Jésus, toute la création est renouvelée.

Le poème de saint Jean se sert principalement d’une image pour se rapporter au Christ : la lumière. Le pape François, au début de sa lettre « La lumière de la foi » dit pourquoi il a choisi pour titre : « La lumière de la foi (Lumen Fidei). Par cette expression, la tradition de l’Église a désigné le grand don apporté par Jésus, qui, dans l’Évangile de Jean, se présente ainsi : ‘Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres’(Jn 12, 46) » (1).

Notre capacité à voir les choses, nous le savons, dépend de la lumière. Sans qu’elle se réfléchisse dans les objets qui nous entourent, nous ne pouvons rien voir. Et voici que nous apprenons une chose importante à propos de la lumière de la foi, que nous recevons de l’Église : quand cette lumière touche la nature, nous pouvons la contempler comme œuvre des mains de son créateur. Quand cette lumière touche le visage des personnes que nous rencontrons, nous pouvons trouver le visage d’une sœur ou d’un frère chez eux. Enfin, quand la lumière de la foi touche notre vie, nous sommes vraiment capables de regarder le monde de manière nouvelle. Et même les moments les plus banals de nos existences deviennent extraordinaires.

Chaque chrétien porte dans son cœur le désir d’être comme le Christ. C’est dans cette dynamique que se déroule notre vocation chrétienne. Et dans ce chemin nous comptons sur l’aide du Saint Esprit. C’est l’Esprit d’amour, lui aussi lumière, le même Esprit qui a fécondé la Vierge, qui doucement nous conduit dans les chemins de l’évangile. C’est lui qui modèle notre visage, pour qu’il ressemble, petit à petit, à celui de Jésus. Dans ce sens, je voudrais finir cette homélie avec une prière du Bienheureux John Henry Newman, un théologien anglais du XIXème siècle :

« Conduis-moi, douce Lumière,
A travers les ténèbres qui m’encerclent.
Conduis-moi, Toi, toujours plus avant!

La nuit est d’encre
Et je suis loin de la maison:
Conduis-moi, Toi, toujours plus avant!
Garde mes pas: je ne demande pas à voir déjà
Ce qu’on doit voir là-bas : un seul pas à la fois
C’est bien assez pour moi.

Je n’ai pas toujours été ainsi
Et je n’ai pas toujours prié
Pour que Tu me conduises, Toi, toujours plus avant.
J’aimais choisir et voir mon sentier; mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!

Si longuement ta puissance m’a béni,
Sûrement encore elle saura me conduire toujours plus avant.
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu’à ce que la nuit s’en soit allée…
Et que dans le matin sourient ces visages d’anges
Que j’avais aimés, il y a bien longtemps!

Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant! »

(1) Pape François, « Lettre encyclique Lumen Fidei »(29.06.2013), n. 1