Close

3ème Dimanche de l'Avent C

Fr Olivier de St Martin op Toulouse

Profession simple de sr Aude

Ma chère Aude, ma chère sœur, Chers frères et sœurs

Quand saint Dominique arrivait dans un couvent, la première question qu’il posait aux frères, c’était : Es-tu heureux ? Si la réponse, ma chère sœur Aude, semble évidente en te regardant, le don que tu fais de toi en ce dimanche de la joie est un appel à demeurer dans la joie de Dieu, cette joie qu’il a lorsque, ayant trouvé notre vocation, nous y répondons. Les textes qui viennent d’être proclamés nous parlent de cette joie et de comment se préparer à l’accueillir dans notre vie. C’est important parce que cette joie a quelque chose à voir avec le bonheur que nous attendons tous. C’est ainsi que l’évangéliste nous dit que le peuple était dans l’attente. Mais attente de quoi ? Et dans quelles dispositions ? Il y a des attentes paisibles et joyeuses, d’autres plus agacées comme lorsqu’on est pris dans les bouchons !

Le peuple était donc dans l’attente. Et vous, attendez-vous quelque chose, quelqu’un ? Qu’attendez-vous ? Certains pensent à l’intérieur d’eux, sans oser le dire : moi, ce que j’attends, c’est la fin de l’homélie et de la messe. Je les comprends mais il y en a encore pour quelques minutes ! Il y a, donc dans nos vies, des attentes plus ou moins profondes, plus ou moins capables de polariser nos forces, de les unifier, de les orienter. Mais bien souvent nous avons du mal à faire émerger un bonheur suffisamment grand pour qu’il prenne notre vie. A qui demander ? Vers qui nous tourner ? Vers toi Aude, ma sœur Aude ? Oui, bonne question : qu’attends-tu de la vie ? Sans trop me tromper, je crois pouvoir dire que tu as découvert cette grâce d’être aimée de Dieu. Et tu veux lui répondre, tu attends de la vie qu’elle te conduise à l’amour qui est Dieu. Tu as découvert le bonheur qui ne s’achète pas, celui qui n’a pas de prix, celui qui s’accueille activement. Ton cœur est assoiffé comme celui de la biche qui recherche l’eau vive. Ton âme a soif, elle attend de connaître et d’aimer Dieu comme il nous connait et nous aime. Elle est sans repos tant qu’elle ne repose en Dieu. Oui, tu attends que le Seigneur te bénisse et te garde, qu’il fasse resplendir sur toi la lumière de sa face. Et c’est pour cela que tu donnes ta vie en retour à cet amour qui t’a été donné. Et parce que tu n’es pas si différente de nous, tu nous dis que ce désir et cette attente sont aussi les nôtres. Oui, mais non. Nous ne sommes pas tous destinés à entrer au Monastère !…

Pour chacun de nous, le temps de l’Avent est un coup de pouce, un temps de grâce pour descendre en nous-même, dans le puits de notre cœur pour y découvrir ses aspirations, ses attentes les plus profondes. C’est un temps pour renaître à notre vocation à être aimé et à aimer. C’est un temps pour (re)découvrir combien l’amour est un don qui nous rend heureux. C’est un don. Cela ne dépend pas que de nous. Mais nous pouvons creuser une crèche, un espace à ce don. Pour l’accueillir et qu’il prenne chair en nous. C’est alors que nous pouvons faire nôtre la question qui revient à trois reprises dans l’Evangile : Que devons-nous faire ? La foule, les publicains, puis les soldats la posent. Nous sommes cette foule, ces publicains et ces soldats. Notre imaginaire abrite une foule de désirs très mélangés, parfois contradictoires et finalement très autocentrés. Chacun de nous abrite sinon un acheteur du moins un publicain, cette tentation de toujours demander plus avec ce côté un peu truand, prêt à composer avec la justice. Chacun de nous est aussi un soldat (j’ai pas dit un bon petit soldat (private joke), c’est-à-dire quelqu’un dont les rapports avec les autres sont parfois teintés de violence et de domination.
Oui, nous voilà tour à tour, ce peuple, ces publicains et ces soldats. A chacun Jean-Baptiste répond : Si tu veux que soit mis à jour le désir le plus profond de ton cœur, pratique le partage, la justice et la paix. Cela seul te permettra d’accueillir Celui qui vient et qui n’est pas Celui que tu imaginais.

Dans la foule, il y avait tant d’anonymes aux désirs individualistes contradictoires. C’était le règne du chacun pour soi, aveugles qu’ils étaient aux besoins des autres. La parole de Jean-Baptiste, les a décentrés d’eux-mêmes et le partage mutuel a vaincu l’inquiétude des lendemains. Elle a fait des uns et des autres des frères qui s’appuyaient les uns sur les autres. Ils ont découvert la joie qui provient de l’unité, la joie de la communion fraternelle. Cette parole de Jean sur le partage les a invisiblement rendus sensible à un Dieu qui se faisait pauvre, qui se faisait mendiant de notre amour et ainsi nous enrichissait de sa pauvreté. Ils ont pu l’accueillir et il a grandi en eux et entre eux jusqu’à ce qu’ils forment cette communauté où l’on mettait tout en commun, où l’on n’avait qu’un seul cœur et une seule âme. Ils sont devenus Chalais, ce monastère où les attentes diverses s’enrichissent mutuellement pour s’orienter mutuellement vers l’Unique nécessaire. Cette foule, c’est vous, c’est moi.

Dans le peuple, il y avait des publicains. La parole de Jean-Baptiste, les a mis en garde contre l’argent qui corrompt et les petites tricheries qui font tant de mal. Il y avait des Matthieu qui ont découvert que les biens que nous possédons nous sont confiés pour l’usage de tous. Zachée a rendu aux pauvres ce qui leur appartenait en fait ! Et cela l’a rempli de joie. Ces publicains ont découvert l’insondable richesse de Dieu, ils l’ont accueillie et ont conduit leur vie selon les principes de Dieu. Oui, ils ont découvert la joie d’accueillir Dieu chez soi et la joie qu’il y a à donner à profusion. Ces publicains, c’est vous, c’est moi.

Dans le peuple, enfin, il y avait des soldats. La parole de Jean-Baptiste les a écartés de la tentation d’écraser l’ennemi par sa puissance. Ils ont découvert la victoire de l’amour de Celui qui est venu vaincre la haine dans sa propre personne. Ils ont découvert un Messie crucifié et ont reconnu en lui le Fils de Dieu qui donnait sa vie pour que le monde ait la vie en surabondance. Leur arme est devenue celle de la foi, de l’espérance, de la tendresse et de la charité. Ces soldats, c’est vous, c’est moi.

Voilà le peuple immense de ceux qui attendaient sans bien savoir mais dont l’attente s’est précisée au fur et à mesure qu’ils agissaient autrement. Ils pouvaient commencer à pousser des cris de joie parce qu’un monde nouveau germait en eux. La fatalité du mal ne l’emportait plus. Ils commençaient à mourir au péché pour naître à l’amour. Bien plus, tout doucement, ils faisaient de leur cœur, de leur âme, une crèche où pourrait naître, grandir et vivre le Verbe de Dieu. Il trouverait en eux, comme le disait Sophonie, sa joie. Et c’est pour toi Aude et c’est pour nous aujourd’hui. Jésus trouve sa joie en nous, il trouve sa joie en toi Aude. Il la trouve en venant habiter en ceux qui servent le partage, la justice et la paix comme autant de signes de la venue du Royaume. Il la trouve cette joie, à chaque fois que tu réponds, que nous répondons à son appel, que nous l’accueillons comme aujourd’hui dans l’eucharistie. Il se donne à nous pour faire sa demeure en nous et que sa joie nous illumine et par nous, illumine le monde. Alors, que le Seigneur, ma chère sœur achève en toi, ce qu’il a commencé !