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3ème Dimanche de Carême - B

Fr. Michel Fontaine op

Jn 2,13-25

3ème dimanche de Carême (B) – 4.3.2018

Jésus chasse les marchands du Temple de Jérusalem. Avouons-le, nous aimons voir Jésus contester les Institutions. il nous est tellement facile de trouver aujourd’hui dans nos églises ces « marchands du temple » que nous aimerions bien chasser…Il y a probablement dans la foi du pape François quelque chose de cette interpellation de Jésus : véritable chemin de conversion pour une Eglise servante et pauvre…
Oui, cette expulsion des marchands est vraiment un signe pour chacune et chacun d’entre nous aujourd’hui dans notre montée vers Pâques. Mais ce coup de fouet de Jésus est bien plus qu’un mouvement de colère. Il nous fait grandir dans notre chemin de foi.
De quoi s’agit-il ?
Tout d’abord, ces vendeurs et ces échangeurs de monnaies n’étaient pas nécessairement de mauvaises personnes. Elles avaient une utilité ; permettre aux juifs d’échanger leurs monnaies afin d’acheter les animaux pour satisfaire aux sacrifices. Marie et Joseph ont été parmi ces hommes et ces femmes. Pensez aux deux tourterelles lors de la présentation de Jésus au temple…Ainsi chacun s’acquittait d’obligations cultuelles cherchant consciemment ou non à se rendre le Tout-Puissant favorable à ses demandes.
C’est là que se situe le sens profond de cette colère et de la vraie bousculade. C’est là que s’opère la bascule et le changement de perspective…
Jésus veut faire comprendre qu’une page est en train de se tourner. Ce coup de colère n’est pas compréhensif par les juifs qui lui demandent de justifier une telle action. Au nom de quoi et de qui Jésus se met en colère ?
Sa réponse va donner alors la clef de lecture de l’évènement tout entier : « Détruisez ce Temple/sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Le Temple c’est Jésus lui-même. Jésus qui sera crucifié et qui ressuscitera le troisième jour. Le tournant est impensable !
Voilà la grande nouveauté, le basculement : le signe de son autorité de Fils vient comme une secousse sismique, ébranler nos convictions ou conventions religieuses et cultuelles ; ce sera bien une « bousculade et une invitation à sortir de nous-mêmes ». En cela, il y a quelque chose de fondamentalement nouveau. Ce signe fait sauter les habitudes les plus sacrées, fait exploser les conventions les plus solides, transforme la folie en sagesse et la faiblesse en force ; c’est ce que dit Paul dans l’épître : « nous proclamons un Messie crucifié ».
Le bouleversement est radical :
Le Temple, le lieu où Dieu se rend présent et où l’homme peut rencontrer Dieu, c’est Jésus lui-même, le crucifié, le ressuscité d’entre les morts, vivant à jamais. L’homme devient temple, lieu du mystère de la rencontre avec Dieu.
Il n’y a de place pour aucun marchandage. Tout est gratuit, pure grâce. Jésus nous rappelle ici la logique du don, de la gratuité et d’un amour authentique.
Et aujourd’hui, quel est le visage de ces « marchands du temple » ? : Ne sommes-nous pas parfois dans des relations avec Dieu de donnant-donnant. Cela est typique des religiosités naturelles et de certaines dérives de nos églises où l’on doit sacrifier quelque chose à Dieu pour obtenir en retour ses faveurs.
Ce n’est pas le Dieu de Jésus-Christ que nous adorons mais une idole, adoration qui peut cacher une idolâtrie portée à nous-mêmes ou à nos lieux de culte. C’est ici qu’il nous faut réentendre ces paroles de notre première lecture dans l’Exode : « Tu ne te feras aucune idole, car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux”, c’est-à-dire un Dieu qui prend l’initiative d’un dialogue d’amour authentique avec chacune et chacun d’entre nous qui que nous soyons.
Ce Temps de carême est précisément un temps de rédécouverte de cette gratuité profonde qui nourrit notre foi.

Cette parole de ce jour est essentielle. Elle nous demande de débarrasser nos cœurs de toute intention de marchandage dans notre relation à Dieu. La foi est vraiment un chemin de liberté, de gratuité, de joie et de pardon…
Dieu n’est pas comptable !