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Généalogie de Jésus selon st Luc

Fr Philippe Toxé op Lyon

Samedi 6 janvier 2018, Férie du temps de Noël

Lc 3, 23-38

Deux évangélistes nous ont transmis des généalogies de Jésus. On connaît leurs différences : Luc part de Jésus et remonte de filiation en filiation (77 = 11 x 7) jusqu’à Adam, et même jusqu’à Dieu, alors que Matthieu présente une généalogie descendante de génération en génération (42 = 3 x 14) d’Abraham à Jésus. Pour les périodes communes aux deux généalogies, entre David et Jésus, les 28 noms mentionnés par Matthieu diffèrent presque tous des 43 noms cités par Luc, qui ne mentionne aucune femme ni les rois qui ont succédé à David, parmi les ascendants, à la différence de Matthieu.
Une recherche généalogique conduit à rechercher les ascendants patrilinéaires (comme ici) mais aussi matrilinéaires et pour calculer les liens de parenté, on remonte jusqu’à l’auteur commun (aïeul, bisaïeul, trisaïeul, etc.) et l’on redescend. Les évangélistes se sont limités à une seule tige ascendante ; sinon je vous laisse imaginer l’arbre généalogique que cela donnerait !
En remontant jusqu’à Adam, Luc nous rappelle que, étant tous fils d’Adam, Jésus est de la même famille humaine que nous, et il est beaucoup plus qu’un vague et très lointain cousin ! L’évangéliste veut en effet souligner l’universalité du salut que Jésus vient apporter et qui ne se limite pas aux seuls descendants d’Abraham (cette garantie de sainteté dont se targuaient certains juifs pour se dispenser de conversion : « Notre père, c’est Abraham » Lc 3,8). C’est pour tous les hommes, tous les fils d’Adam, que le Christ est venu, pour restaurer ce qui dans l’homme, dans chaque homme, a été abîmé dès les débuts de l’humanité. Il s’inscrit dans une histoire familiale, dans une lignée généalogique, mais aussi et d’abord dans l’Histoire de l’Humanité toute entière, et c’est cette histoire qu’il conduit à son achèvement. Cette famille humaine, il l’a fait entrer dans la famille de Dieu.
Nous savons que dans le monde sémitique, on est identifié par le nom de son père : « Yechoua Ben Yossef » (ou en araméen Yeshua bar Yosef). Et Joseph est donc Monsieur « Joseph Ben Eli ». Mais aux deux bouts de cette longue chaîne généalogique décrite par Luc, il y a quelque chose qui ne va pas. Tout à la fin, la liste se termine par « fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu ». Seth est bien fils d’Adam, mais on ne peut pas dire qu’Adam soit fils de Dieu de la même manière ; pour cette filiation-là, fils de Dieu veut plutôt dire qu’Adam est créé par Dieu. Mais l’on peut entendre aussi que ce titre de « Fils de Dieu » concerne en fait Jésus, qui est certes fils de tous les noms de la liste et d’une manière unique Fils de Dieu. Et à l’autre bout, la première filiation mentionnée « Jésus était, à ce que l’on pensait, fils de Joseph » nous parle aussi d’une filiation légale, mais elle aussi, différente des autres, plus biologiques. En l’inscrivant dans cette généalogie, Luc veut nous dire que Jésus est bien un fils d’homme, mais qu’il est aussi le Fils de l’Homme et qu’il est le seul de cette liste à pouvoir être dit « Fils de Dieu » dans un sens plénier et unique. Et c’est par lui, avec lui et en lui, que tous les hommes, tous les fils et filles d’Adam que nous sommes, peuvent devenir enfants de Dieu.
Cette généalogie doit donc nous réjouir : Jésus est de notre famille, de notre humanité, un fils d’Adam comme nous, mais parce qu’il est aussi Fils de Dieu, il fait de ces fils d’Adam que nous sommes des enfants de Dieu. En entrant dans la famille humaine, il fait entrer celle-ci dans la famille de Dieu. Amen.