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29ème Dimanche de TO - A

Fr Michel Fontaine op Suisse

Matt 22.15-21

Voilà une parole de l’Evangile qui nous est familière « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » et je suis sûr qu’à l’entendre à nouveau ce matin, diverses questions jaillissent en nous: Jésus est-il en train de délimiter deux domaines séparés, celui de César, c’est-à-dire l’empereur Tibère, et celui de Dieu ? Autrement dit, s’agit-il pour aujourd’hui d’un message concernant la séparation du Religieux et de l’Etat…

Ne restons pas sur ces premières impressions. Laissons travailler l’Evangile en nous.

C’est vrai qu’il y a un traquenard. Les Pharisiens ennemis des Hérodiens se mettent ensemble pour tendre un piège à Jésus. Les premiers sont des juifs garant de la Loi de Yaveh, les seconds sont des collaborateurs de l’occupant romain.
Cette intrigue nous rappelle d’ailleurs la conspiration prophétisée dans le Livre de la Sagesse (Sg 2, 12-17) « Traquons le Juste : il nous gêne, s’oppose à nos actions, nous reproche nos manquements à la Loi et nous accuse d’être infidèles à notre éducation. Il nous déclare posséder la connaissance de Dieu et il se nomme enfant du Seigneur, il se vante d’avoir Dieu pour Père. Voyons si ses paroles sont vraies et vérifions comment il finira ».

Mais, Jésus ne se dérobe pas et reste toujours dans le registre de la vérité.
Car au-delà du piège qui lui est tendu, Jésus, n’ignore pas que c’est la question de sa messianité qui est en jeu. Il veut les entraîner au-delà et nous avec, vers une autre question, plus profonde, celle de la reconnaissance du don que le Père nous fait en nous donnant son Verbe, c’est-à-dire en nous donnant Sa vie…
En effet, en demandant de voir l’effigie de Tibère, Jésus les interroge, non pas seulement pour les inviter à restituer à « César ce qui est à César », mais surtout pour les inviter à comprendre la deuxième injonction : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Il les oblige à répondre eux-mêmes à leur propre question.
Alors pour nous aujourd’hui, la vraie question n’est-elle pas : « si nous devons rendre à César ce qui est à César, que devons-nous rendre à Dieu ? »
En disant « rendez à Dieu ce qui est à Dieu« , il nous rappelle en fait qui nous sommes et d’où nous venons. Toute notre vie, tout ce que nous faisons, tous nos engagements, quels qu’ils soient, politiques, professionnels, affectifs, tout ce qui constitue le tissu de notre existence est inscrit comme en devenir, dans cet acte créateur d’amour qui nous lie à Dieu. Si nous brisons ce lien, c’est l’image de l’homme et de Dieu qui s’appauvrit. Lorsque Jésus dit « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu », c’est la question de la finalité de l’Homme qui est en cause, autrement dit notre vocation.

Ainsi il déplace la fausse question de l’impôt pour nous rappeler qui nous sommes et d’où nous venons et non pas quantifier ce que nous avons à rendre à Dieu comme dans un marchandage et une logique de rétribution de mérite et de récompense.
Jésus nous rappelle qui nous sommes et à quoi nous sommes appelés : c’est à dite à reconnaître et accueillir l’image du Père au cœur de notre vie… Il nous donne des frères et des sœurs à aimer, il nous donne un monde à transformer et à respecter, avec Lui, jamais sans Lui. Il nous ouvre ainsi le vrai chemin du don inconditionnel en l’accueillant tout simplement dans le quotidien de nos existences pour les transfigurer.

Alors n’ayons pas peur de ce chemin de reconnaissance, de ce chemin de foi, au travers duquel s’exprime son image en nous, qu’elle qu’en soit la manifestation. Cette image qu’il nous a donnée dès l’origine, c’est celle de notre filiation.

N’est-ce pas ce dont nous sommes témoin, porté par l’Esprit Saint, dans tout acte d’amour pour nos frères, nos sœurs et le monde où nous vivons ?