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28ème Dimanche TO - A

Fr Pascal Marin op La Tourette

Matt 22.1-10 « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils.«

Ecouter :

Lire :

« À première vue
pas beaucoup de lumière,
d’espérance à quoi se raccrocher
dans cette page d’évangile.

La lecture du livre d’Isaïe
nous a présenté le visage
d’un Dieu de grâce, qui donne en abondance,

Père de miséricorde
au cœur ouvert à la misère
et qui essuie les larmes.

Mais où est-il ce visage de miséricorde
dans cette page d’évangile ?

On a du mal à le discerner.

Ce qui se présente au premier plan,
c’est le drame de cet homme
sans vêtement de noce,

et incapable d’articuler une phrase
pour expliquer pourquoi il n’en a pas,

il était peut-être trop pauvre,
on a été le chercher à la croisée d’un chemin,
et il n’a pas choisi d’être là,
et s’il ne sait pas expliquer sa situation,
c’est peut-être qu’il n’a pas tout son sens,

bref, on est plutôt incliné à le plaindre,

et le voilà jeté ce pauvre homme
dans une situation des plus atroces,

pieds et poings liés dans les ténèbres du dehors,
là où il y a des pleurs et des grincements de dents,

Quant à la raison qui est donnée à ce traitement,
que beaucoup sont appelés et peu élus,
elle n’est pas vraiment de nature
à témoigner pour nous de la miséricorde de Dieu.

Alors cette miséricorde où se cache-t-elle
dans cette page d’évangile ?

Et elle doit bien y être présente
puisque Jésus lui-même enseigne à la foule
dans ce même évangile de Matthieu
le bonheur d’être miséricordieux
jusqu’à aimer ses ennemis

afin de devenir fils du père céleste
car il fait lever son soleil sur les bons et les méchants,
et tomber la pluie sur les justes et les injustes. (Mtt 5)
Où est-elle donc ici cette miséricorde du Dieu qui
fait lever son soleil sur les bons et les méchants ?

Oui, elle est là puisque le roi de la parabole
envoie ses serviteurs rassembler tous ceux
qu’ils trouvent aux croisées des chemins,

et saint Matthieu prend bien soin d’insister
sur ce « tous » quand il dit :

« Les serviteurs allèrent sur les chemins
et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent
les mauvais comme les bons ».

La voilà la miséricorde !

Que les mauvais et les bons soient là
invités ensemble,
c’est çà la miséricorde !

Qu’en est-il alors de cet homme
sans vêtement de noces ?

Et que veut dire qu’il n’ait pas revêtu ce vêtement,
alors que tous les autres le portent ?

C’est bien sûr là un symbole,
mais de quoi ?
Que les mauvais comme les bons
portent ces vêtements de fête,
et qu’ainsi ceux qui étaient mauvais
soient considérés des justes à l’égal des bons,

c’est là un signe éclatant de cet agir de miséricorde
par excellence qu’est le pardon
et qui d’un mauvais peut faire pour Dieu un bon.

Ce pardon de Dieu, il est donné gratuitement à tout homme attristé de son mal, s’en ressentant coupable,
octroyé à qui, ayant conscience de son péché, le désire.

Le vêtement de noce,
c’est cet habit blanc qu’un catéchumène adulte
revêt le jour de son baptême.

La vie d’avant dans ce qu’elle avait de sombre
est pardonnée, c’est une nouvelle naissance.

Mais ne pas pas porter ce vêtement
comme l’homme de la parabole,
c’est aussi mauvais qu’on soit,
s’estimer pas si mal et se trouver même plutôt bien.

Cela signifie avoir perdu le sens du bien,
au point de ne plus désirer le pardon.

C’est là un symbole de cette dégradation
spirituelle où le sens du bien s’efface,
quand un homme prend le mal pour le bien,
et s’autojustifie de ses actes.

Une situation en laquelle n’ayant même plus besoin
d’un dieu pour se faire miséricorde à soi-même
on peut agir de manière impitoyable
envers les autres.

Cet état d’usure de l’être spirituel
les théologiens l’appellent la corruption.

Et il faut prendre soin de bien différencier
ici le péché et la corruption
comme nous y invite le Pape François
dans son enseignement sur la miséricorde.

Le péché, on peut s’en relever,
par la grâce du pardon,

à condition de désirer le pardon,
et donc d’avoir conscience de son péché,

mais la corruption,
c’est quand le péché à force de répétition et d’usure
rend quelqu’un peu à peu insensible au mal commis.

Cette insensibilité au mal
d’un cœur endurci ayant perdu sa sensibilité,
ce n’est pas le péché,
c’est au contraire la perte du sens du péché.

C’est cette corruption,
qui détruit l’être spirituel.

Voilà pourquoi le Pape François a pu s’écrier
dans une prédication,
en surprenant sans doute un peu son auditoire :

« Le péché oui, la corruption, non ! »

Et je voudrais à ce propos citer ici le Pape,
dans un enseignement qui est, je crois,
d’importance décisive pour nos combats spirituels :

« Il ne faut pas accepter l’état de corruption, dit le Pape François, comme si ce n’était qu’un péché de plus : même si l’on identifie souvent la corruption au péché, il s’agit en fait de deux réalités distinctes, bien qu’elles soient liées. Le péché surtout s’il est réitéré peut conduire à la corruption, pas tant quantitativement – dans ce sens qu’un certain nombre de péchés font un corrompu – que qualitativement : on crée des habitudes qui limitent la capacité d’aimer, et qui conduisent à la suffisance. Le corrompu se lasse de demander pardon et finit par croire qu’il ne doit plus le demander. On ne se transforme pas en corrompu du jour au lendemain : il y a une longue dégradation (…) ( Mais) Quelqu’un peut être un grand pécheur et néanmoins ne pas tomber dans la corruption. En lisant l’évangile, je pense, par exemple, aux personnages de Zachée, de Matthieu le publicain, de la Samaritaine, (…) du bon larron : dans leur cœur de pécheur, tous avaient quelque chose qui les sauvait de la corruption. Ils étaient ouverts au pardon, leur cœur connaissait sa propre faiblesse et c’est ce rai de lumière qui a laissé entrer la force de Dieu. » (Le nom de Dieu est miséricorde, 2016, p. 102-103)

Dans la célébration de ce sacrement
nous accueillons la lumière du Christ,
elle est le vêtement de fête
que nous revêtons en ce dimanche.

En nous apportant la paix de Dieu,
qu’elle nous rende la joie d’être sauvé. Amen. »