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17ème Dimanche TO - A

Fr Grégoire Laurent Huyghues Beaufond op

30 Juillet 2017

Matt 13. 44-46

Pour citer, presque dans le texte, le fr. Maxime ces derniers jours … : encore ! Oui, encore. Encore, comme hier, comme avant-hier, et encore comme depuis près de trois semaines : Matthieu, chapitre XIII, les paraboles du Royaume, encore … et, dans ce, « encore, comme hier », voyez comme cela change suivant le ton que l’on y met, ce que l’on dit suivant comme on le dit : encore … pff, encore ! ou au contraire, Encore, jamais assez ! comme un enfant qui veut, encore, comme hier, la même histoire, tu sais, celle que l’on connaît déjà ! Pour le bonheur de la découvrir à nouveau, pour le plaisir de la reconnaître, avec les infimes variations que le conteur saura y mettre.

Encore, comme hier ! C’est une question, donc, de ton, c’est une question du style que l’on y met. Et, précisément, le long chapitre XIII de Matthieu c ‘est, d’une certaine manière, un traité de style, un art poétique, un petit cours sur le langage théologique. Un art du beau dire, et un art du bien lire : le style pour dire et pour re-dire le Royaume, pour le lire et le re-lire, ce Royaume.. Avec deux traits, deux figures deux petits mots en apparence bien anodins : et c’est, précisément, comme et puis encore.

Comme, d’abord : le royaume des cieux est comparable à, il ressemble à, il est comme. Non pas le royaume est un trésor, mais comme un trésor que l’on découvre et que l’on cache dans un champ. Et dans ce « comme », on est au large, on de la place pour se mouvoir et pour jouer, pour imaginer et pour poursuivre l’histoire qu’il nous suggère. Peut-être, ce trésor, trouvé et re-caché, est-ce, comme pour l’enfant, pour le plaisir de la trouvaille, pour le bonheur de l’invention : encore ! Peut-être, aussi, passe-t-il son temps à découvrir et à cacher le trésor, pour le bonheur de le trouver encore, pour la joie accrue de jour en jour de la redécouverte. Le retrouver, encore et encore, le même et pourtant différent.

Et puis, c’est comme, et puis c’est encore. C’est : comment dire, comment re-dire, encore, comment redire la même chose, d’une manière différente, et parce qu’on la dit d’une manière différente, on ne dit pas tout à fait la même chose. Quelque chose non pas comme un repentir dans la peinture, une correction à apporter – on efface et on recommence – mais quelque chose comme une toile cubiste, un Évangile par Braque ou Picasso où les points de vue, où les perspectives différentes se chevauchent et se complètent sans s’annuler. Aujourd’hui, en apparence deux paraboles assez semblables, deux petits versets que l’on pourrait presque assimiler, terme à terme : un trésor que l’on découvre, une perle rare que l’on trouve, et toute une fortune que l’on dilapide pour pouvoir posséder le bien que l’on désire.
Mais il y a quelques nuances. Le royaume des cieux est comme un trésor que l’on trouve, mais le le royaume des cieux n’est pas comme une perle rare, non, le royaume des cieux est comme un marchand qui a trouvé une perle et qui a tout vendu pour l’acquérir. Deux différences, donc : on passe d’une chose à une personne, et du présent au passé, quoiqu’en dise la traduction du lectionnaire. Et qui est, ce marchand qui a tout laissé pour la belle perle ? C’est comme si Jésus faisait ici son « autoportrait en marchand de perles », pourquoi pas : le Fils de Dieu, qui trouve en chacun de nous, en chacune de nous, la perle rare pour laquelle il a, en effet, tout laissé, laissé le rang qui l’égalait à Dieu, pour descendre au rang de perles que nous sommes, laissé sa réputation et puis savie pour pêcher ou repêcher la perle, aussi profonde que soit la mer.

Car, oui, on peut encore ajouter des comme aux paraboles : nous connaissons la manière, nous en savons le style, apprenons encore et encore, jour après jour, non pas à faire comme si, mais à faire comme lui, avec lui, en lui, et par lui à faire de nos vies des paraboles.