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2ème Dimanche TP - A

Père Michel Mounier

Dimanche de la Divine Miséricorde

Dimanche 23 avril 2017

Jn 20.1-19

Combien de fois n’ai-je pas entendu : si Dieu existait, cela n’arriverait pas. Cela : tous les malheurs personnels ou collectifs. Ces victimes du malheur, le pape les a longuement évoqués tout au long de la semaine sainte. Je le cite lors de la bénédiction urbi et orbi : « tous ceux qui sont victimes des anciens et nouveaux esclavages : travaux inhumains, trafics illicites, exploitation et discrimination, graves dépendances. Enfants et adolescents privés de leur insouciance pour être exploités ». « Ceux qui sont contraints de laisser leur terre à cause de conflits armés, d’attaques terroristes, de famines, de régimes oppressifs. » A tel point qu’un moine de Mar Moussa en Syrie écrit : « Je m’interroge régulièrement. Où est-il, ce Dieu qui dort pendant que des gens meurent. »
Si Dieu existait, donc. Je pense que d’une certaine façon le récit de l’Évangile que nous venons d’entendre s’affronte à ce questionnement. En ce sens il manquerait à l’Évangile quelque chose d’essentiel si cette page était absente et la figure de Thomas nous est ô combien précieuse.
… c’était après la mort de Jésus. Et ce jour-là, celui-ci se donne à voir. Il leur montre ses mains et ses pieds. Le transpercé est vu ressuscité. La croix atteste la vérité de la résurrection, « c’est bien moi » dit Jésus à ses disciples. Le mystère de la Pâque n’est pas la mort, mais la traversée de la mort. Et cela n’a rien à voir… mais à croire.
… qu’est-ce qu’être croyant quand il n’y a plus rien à voir ? Les disciples disent à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur », le Ressuscité. Et la réponse de Thomas jaillit : Je ne demande pas à voir le Ressuscité, mais le crucifié. Il demande à voir le corps du crucifié, il subordonne son croire à ce voir-là.
A sa façon lui aussi dit : s’il y avait un bon Dieu… il n’y aurait pas le scandale de la mort injuste.
Thomas, qui sait ce que Jésus a enduré au moment de sa passion et de sa mort, dit : « Si vous ne m’apportez pas la preuve que Dieu a quelque chose à dire sur la souffrance injuste, sur la mort de l’innocent, je n’ai pas besoin de vos affirmations. »
En disant cela, Thomas ne se doute pas que la réponse est dans la question même. C’est au crucifié qu’il demande la réponse, et c’est dans la passion même que se trouve la réponse.
Thomas demande au crucifié de dire quelque chose de sa crucifixion. Et si celui-ci dit quelque chose qui tient, alors il croira.
… Jésus vient et dit à Thomas : « touche » Thomas comprend que le Ressuscité qui se tient devant lui est la même personne que le crucifié d’hier. Mais Thomas ne touche pas, il voit et il croit. Ce n’est pas affaire de sens, de toucher, mais affaire de foi.
Le Ressuscité s’offre à être reconnu vainqueur de la mort.
Ce qui est à voir, c’est que Dieu se situe aussi dans la mort du juste, dans les morts iniques et dans les innocents bafoués, dans les enfants syriens gazés, dans ces 100.000 jeunes en France qui quittent l’école sans aucun diplôme ou qualification. Ce qui est à voir ,c’est que les misères du monde n’éloignent pas de la foi mais révèlent la vérité de Dieu. C’est là qu’il se donne à voir, à toucher.
Alors que Thomas voit Jésus devant lui, il dit sa foi, justement dans ce qui ne se voit pas, dans ce qui ne peut se voir. Thomas est entré dans le voir nouveau qu’est la foi.
Il atteste que celui qui est vraiment là, ressuscité, est le même que celui qui avait été cloué. Il voit enfin ce que Jésus lui proposait de voir vraiment : que les stigmates de sa défaite sont en fait les signes de sa victoire de Christ et Seigneur. Thomas comprend alors le vrai mystère du Christ. Et il croit sur Parole, non plus sur le voir. Et le récit de Jean se termine par une béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
… ceux qui croient que Jésus est mort à cause de son témoignage sur Dieu son Père et à cause de la vérité de l’homme.
Cette vérité de Dieu et de l’homme ne se négocie pas. Jésus est mort de ne pas avoir fui ce que nous fuyons souvent : la vérité sur nous-mêmes.
Il vient communier au pire de nous-mêmes : la mise à mort du juste ou de l’innocent.
Ce que nous sommes invités à voir, c’est que le monde est le monde, que la mort est la mort, que la souffrance est la souffrance, que la haine est la haine, que la xénophobie est la xénophobie, que les plaies des hommes sont toujours les plaies des hommes.
Et c’est aussi la vérité de l’homme d’y voir sa propre responsabilité.
Alors, croire consiste à voir Dieu qui a consenti, en Jésus, à être victime de tout cela, lui aussi. Dieu crucifié. Alors la mort n’est pas étrangère à Dieu, mais la vie de Dieu traverse la mort.
La violence et la mort sont à voir tous les jours, elles crèvent les yeux. La victoire sur cette violence et sur cette mort sont à croire chaque jour. Pâque, c’est ce qui ne se voit pas mais qui a cependant la dernier mot : la vie ressuscitée.
Nous sommes tous et chacun déjà vainqueurs de toute mort à la suite du Christ.
Ce n’est pas à voir, c’est à croire.
C’est l’expérience de Thomas. Puisse-t-elle être la nôtre.