Close

30ème Dimanche du TO - C

Frère Jean-Pierre Mérimée op

23 octobre 2016

Luc 18, 9-14

Nous avons entendu le passage d’un livre de sagesse écrit vers les années 180 avant le Christ par Ben Sira. C’était la première lecture.
Ce passage révèle -ce que nous mesurons peut-être mal aujourd’hui après 20 siècles de christianisme- cette nouveauté incroyable parmi tous les modèles que les hommes se faisaient alors des dieux : le Dieu de Moïse, le Dieu des Prophètes affirme en effet : « j’ai vu la misère de mon peuple, je l’ai entendu crier sous les coups, je connais ses souffrances ». Un Dieu entièrement bienveillant, attentif au petit, soucieux de libérer son peuple des liens de servitude, voilà le nouveau visage de Dieu qui se révèle.
Finie la religion du serpent, celle décrite par le livre de la Genèse et qui a tenté nos premiers parents.
Cette religion, que dit-elle ? Que Dieu est jaloux de l’homme et qu’il refuse de lui donner un pouvoir qui pourrait l’égaler ; dans le contexte culturel de l’époque, non seulement les dieux sont jaloux des hommes mais ils sont même jaloux entre eux, en un mot, c’est la religion de la zizanie, de cette jalousie que nous connaissons bien et nous empêche d’être heureux, prisonniers que nous sommes du désir mimétique – comme Séverine ma voisine que j’ai vue grandir dans le quartier populaire que j’habite et qui, petite, était d’une jalousie aussi féroce qu’ingénue. Combien de fois je lui ai montré son cœur en disant : « tu sens cette bête féroce qui mord là ? » Et elle riait… La religion du serpent a la vie dure…
Nous avons, nous, ce bonheur de croire que nos larmes coulent sur la joue même de notre Dieu, ( autre expression de Ben Sira) un Dieu si proche…un Dieu amoureux de sa créature à en mourir, la créant à son image pour qu’elle devienne un jour après l’autre à sa ressemblance nous dit la Genèse.
Le psaume d’aujourd’hui résume bien cette révélation d’un Dieu autre que ceux fabriqués de mains d’homme : « proche du cœur brisé, sauvant l’esprit abattu »…
C’est pour Lui, pour ce Dieu que Paul écrit à Timothée qu’il a mené le bon combat jusqu’au bout, à travers les plus terribles épreuves, abandonné de tous dit-il, mais il ajoute : « Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent » Beau portrait d’un prêcheur ! C’est le testament de ce lutteur infatigable qu’était saint Paul que nous venons de lire, alors qu’il est prisonnier, en route vers Rome pour y être exécuté.
Quant à l’Évangile, Jésus nous propose une petite parabole qui montre qu’il ne se fait pas d’illusion sur notre pauvre humanité : dans les deux personnages qu’il met en scène, pas un pour racheter l’autre : d’un côté, la prétention d’un monsieur très satisfait de lui – c’est vrai qu’il est généreux et méritant avec ses 2 jeûnes par semaine et sans doute les 613 règles de pureté qu’il observe- mais ce qui gâte tout c’est ce jugement qu’il porte non seulement sur ce pauvre type de publicain, mais sur le genre humain en général : « Je ne suis pas comme les autres hommes… » Il a tout faux. Le Dieu auquel il s’adresse, celui que va lui faire découvrir Jésus plutôt, ne tient pas un livre de compte, ne juge pas sur le seul mérite, encore moins sur la prétention à occuper la première place…
Comme le dira plus tard saint Jacques (chapitre 2, versets 12-13 de son Épitre) : « Parlez et agissez comme des hommes qui vont être jugés par une loi de liberté. Car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde, mais la miséricorde se moque du jugement ».
J’habite à Lille un quartier qui a un peu de mal à vivre, chômage, délinquance, addictions de toutes sortes, et nous sommes là trois frères dominicains, vivant la proximité, les liens du voisinage. Nous entendons à longueur de temps le refrain de ceux qui nous font l’amitié de venir chez nous ou de nous recevoir chez eux : « Ecoute-moi, accueille- moi comme je suis, aime-moi ». C’est bien notre refrain aussi à nous, certains jours…
Cette semaine, j’ai prêché une retraite à des sœurs dominicaines âgées – donc remplies de sagesse et de sérénité- sur le thème : « le cheminement de la foi tout au long de la vie ». J’ai essayé de montrer l’amour d’un Dieu qui nous précède sur nos chemins, d’un Dieu qui EST le chemin en son fils Jésus. Au moment où j’allais partir pour venir ici, une sœur m’a couru après pour me dire : « Dis-moi une fois encore que Dieu m’aime comme je suis » Pris de court, peut-être un peu vexé que mes propos n’aient pas eu apparemment les effets escomptés, je lui ai répondu : « Mais je n’ai fait que de le répéter pendant toute une semaine, comment pourrais-je te le dire autrement ? » « Mais dis-le moi quand même ! » Sous le coup de l’inspiration, je lui ai rétorqué : « Eh bien, oui, il t’aime et s’il t’aime, c’est qu’il ne peut pas faire autrement ! » Merci à cette sœur qui par son insistance m’a permis de redécouvrir un Dieu qui ne peut pas faire autrement que d’ aimer chacun d’entre nous. Le visage de notre Dieu, c’est un amour qui s’abaisse pour que nous vivions relevés, debout, ressuscités. C’est ça la bonne nouvelle.