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25ème Dimanche du TO - C

Père Michel Mounier

18 septembre 2016

Luc 16, 1-13

« Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? Ceux-ci lui versèrent trente pièces d’argent ». Jésus fut livré par Judas aux grands prêtres. Vendu, au prix pour un esclave, par un de ses intimes.
Écho tragique de l’Évangile de ce dimanche. Oui il n’est pas possible de servir deux maîtres à la fois.
Non pas que l’argent soit mauvais. On peut, et on doit gagner de l’argent et c’est un grand malheur que certains ne le puissent pas. Et bien souvent, ils ne le peuvent pas précisément par ce que d’autres lui rendent un culte.
Pour en arriver à cette constatation, mais aussi à cette supplication adressée aux disciples, Jésus raconte une parabole bien étrange car l’économe dont on parle dans le récit est un escroc et un faussaire. Dénoncé pour sa mauvaise gestion, notre homme est promis au chômage. Mais, ayant décidément plus d’un tour dans son sac, il convoque les débiteurs, il fait de fabuleuses remises de dettes et s’assure ainsi de leur soutien aux jours futurs de disette.
Qu’on ne s’y trompe pas : Jésus n’a aucune sympathie pour cet homme. Il le qualifie d’ailleurs d’injuste. Mais il va donner en exemple son habileté. Les fils de lumière sont-ils aussi inquiets de l’Évangile que cet homme est soucieux de son avenir ? Faire fructifier de l’argent donne aux sociétés de tout temps de l’imagination à profusion, faisant prendre des risques à beaucoup. Pour le meilleur quand il s’agit de répondre à des besoins, de créer de l’activité et de l’emploi. Bref quand c’est pour l’économie réelle. Parfois pour le pire quand il s’agit de faire de l’argent avec l’argent : et c’est la crise des subprimes en 2008. On en souffre encore.
Alors qu’en est-il de l’audace pour l’annonce de l’Évangile ? A travers l’usage de l’argent, se dessine la gravité de l’engagement pour la Bonne Nouvelle. Quels sont notre créativité, notre courage, notre persévérance ? Est-ce le pivot de notre vie ? Non pas à côté ou en plus de nos vies familiales, professionnelles, amicales, militantes, mais au cœur, ce qui leur donne leur profondeur et leur sens.
Mais revenons à la question initiale : comment traiter l’argent ? Si l’Évangile compte pour nous, le souci alors, l’inquiétude active sera du côté de l’intégrité, de la confiance, de la liberté. Que les chrétiens soient des hommes et des femmes de confiance car eux-mêmes savent en qui ils se fient. En effet l’argent ne tient pas ses promesses. Mammon est malhonnête, mensonger. Fascinant, il nous leurre ? Comme toutes les idoles il impose son diktat, abolit la liberté.
Mais aux temps des crises de l’existence, dans les moments de vérité, une interrogation survient : pour qui avons-nous vécu ? Qu’avons-nous donné, comment avons-nous essayé d’aimer en vérité ?
Là le règne de l’argent est dépouillé de son masque trompeur. Judas va se pendre avec ses trente pièces, de remords, de chagrin.
C’est celui qui n’impose pas sa loi, celui qui ne fascine pas comme le serpent, celui qui ne prend pas possession de nous, c’est celui-là qui nous donnera la vraie joie.
Prendre Jésus pour maître, c’est se confier à celui qui est le serviteur de nos vies, de notre liberté.
Étrange maître, qui se donne et ne prend rien.
Ce maître là ne fascine pas, ne retient pas, il rend libre.
Ce maître là n’isole pas, mais il relie aux frères, au Père.