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6ème Dimanche du TP - B

Fr François-Dominique Charles op

10 mai 2015

Jean 15,9-17

Dans le passage des Actes des Apôtres, Pierre est à Césarée : c’est la capitale romaine de la Judée, là où résidait le Procurateur romain. C’était un grand port, donc un lieu où arrivaient des bateaux de toute la Méditerranée : un lieu de commerce et d’échange. Il y avait donc beaucoup de païens à Césarée, comme à Corinthe ou Éphèse où Paul se rendra plus tard. Mais c’était aussi une ville de Palestine avec une synagogue et une importante communauté juive. Les juifs religieux y côtoyaient les soldats et les étrangers. C’est dans cette ville que Pierre va rencontrer le Centurion Corneille, le premier non juif qui veut devenir disciple de Jésus. C’est une immense surprise pour le judéo-chrétien qu’est Pierre. Il n’est pas prêt à accueillir ce croyant non juif. À ce moment-là, tous les membres de la communauté chrétienne naissante sont juifs…
Il faut donc un « coup de pouce » venant du ciel ! Pierre et ceux qui sont avec lui constatent avec surprise que l’Esprit Saint descend sur tous ceux qui écoutent la Parole : « Les croyants qui accompagnaient Pierre et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les païens, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. »
Alors Pierre dit ces mots décisifs : « Peut-on refuser le baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » On est donc chrétien, non pas d’abord parce qu’on a reçu le baptême, mais par le don du Saint Esprit ! Je ne suis pas sûr que nous en soyons si sûrs !
L’Église n’est pas d’abord une réalité humaine. C’est l’œuvre mystérieuse de l’Esprit Saint qui travaille dans le cœur des êtres. D’ailleurs, la réception du baptême ne présuppose-t-elle pas que le catéchumène qui le demande a déjà reçu la grâce du Saint Esprit puisqu’il lui est demandé de confesser sa foi avant d’être baptisé ? Comment pourrait-il confesser sa foi sans l’aide de l’Esprit ? Selon les mots mêmes de saint Paul, « nul ne peut dire que Jésus est Seigneur si ce n’est par l’Esprit Saint » (1 Co 12,3).
La clé de l’importance du Saint Esprit dans la vie chrétienne nous est donnée dans les autres lectures de ce dimanche. Pour vivre en chrétien, nous avons besoin de la présence du Saint Esprit en nous. On devient chrétien quand on découvre qu’on est habité par un Autre, qui invite à lui faire confiance et à vivre en connivence, avec lui. On devient chrétien quand l’Esprit Saint vous y pousse du dedans, en respectant totalement votre liberté.
C’est un merveilleux mystère. Le chrétien est avant tout un être « spirituel », c’est-à-dire un « temple du Saint Esprit » (1 Co 6,19). Un grand starets russe qui vécut au 19e siècle, saint Séraphin de Sarov, dans le très célèbre entretien avec Motovilov, a cette parole toute simple : « Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. » En effet, le Saint-Esprit est le plus grand trésor du croyant chrétien. Le savons-nous encore ?
Saint Jean, dans l’évangile comme dans sa première épître, nous rappelle l’essentiel de l’enseignement de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme je vous a aimés. » C’est le grand commandement qui résume tous les autres !
Mais comment réussir à le mettre en pratique sans la présence du Saint-Esprit en nous ? Paul écrit encore que : « l’amour a été versé dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5,5). Pour pouvoir aimer comme Jésus, il nous faut donc accueillir le Saint-Esprit, qui est cet amour divin, puisque « l’amour vient de Dieu » ; il ne nous est possible d’aimer que dans la mesure où Dieu verse en nous son propre amour. Toute la clé de l’expérience chrétienne est dans l’accueil de ce dynamisme de l’Amour divin ! Alors nous pouvons comprendre que « ceux qui aiment connaissent Dieu » puisque « Dieu est amour ». Ainsi nous comprenons mieux que « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés ».
Il ne suffit donc pas de réciter le Credo pour être chrétien ; il est primordial de mettre en pratique dans sa vie quotidienne le commandement de l’amour. Dans le chapitre 25 de l’évangile de saint Matthieu, le jugement porte uniquement sur la charité envers ceux qui ont faim, qui sont nus, malades, en prison… Dans cette parabole du jugement dernier, ce n’est pas sur la foi récitée que le Fils de l’homme porte son jugement mais sur la pratique très concrète de la charité ! Saint Paul peut donc écrire : « si j’avais une foi à transporter des montagnes et que je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 13,2) car la plus grande parmi la foi, l’espérance et la charité, c’est la charité (1 Co 13,13).
Ainsi, la vie chrétienne consiste avant tout à apprendre à aimer, en imitant Jésus dans sa manière d’aimer : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ! » (Jn 15,13).
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a bien compris tout cela : Seigneur, « pour vous aimer comme vous m’aimez, il me faut emprunter votre amour ». Voilà résumé ce qu’est la grâce du Saint-Esprit. En effet, puisqu’il habite dans nos cœurs, il peut nous apprendre à tout faire avec sa charité, les toutes petites choses comme les plus grandes ! C’est alors, avec le « coup de pouce » de sa présence discrète mais active en nous, que nous pouvons découvrir que nous sommes chrétiens ! C’est la charité qui révèle dans nos vies la présence de l’Esprit Saint dans nos êtres. Jésus n’a-t-il pas dit : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35) ?
Demandons pour nous-mêmes et pour l’Église la grâce du Saint Esprit. Qu’il vienne renouveler nos cœurs et la face de la terre ! Nous l’avons entendu dans le beau récit des Actes des Apôtres, là où l’Esprit souffle, les frontières tombent entre les peuples et entre les religions. Que l’Esprit de Dieu souffle la charité sur le monde des hommes pour que tous découvrent cet immense amour du Père qui s’est manifesté dans la Pâque de Jésus et qui a été répandu en abondance sur notre terre.