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3ème Dimanche de Carême - B

Père Jean-Christophe Bertrand (Grenoble)

8 mars 2015

Jean 2,13-25

Nous pouvons imaginer un Jésus bon, aimant, tendre, attentif, doux, humble mais pas vraiment compatible avec le récit de ce jour où Jésus se met en colère.
Jésus se rend au temple. C’est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. Jésus s’est souvent rendu au temple pour enseigner. Et en ce jour, l’enseignement qu’il donne est plutôt instruction coup de poing. Je relèverai deux points :
D’une part, en renversant les marchants et les changeurs, il rappelle que le temple est un lieu sacré qui ne peut souffrir d’aucune perversion. En chassant les vendeurs et les changeurs, qui sont utiles pour la vie de la pratique spirituelle pour rendre un culte à Dieu, il dénonce cette dérive de l’observance des offrandes des sacrifices que Moïse a prescrite au peuple de la part de Dieu. Car l’offrande est devenue occasion de trafic, de commerce, où on abuse de la faiblesse de certains pour s’enrichir et la conséquence est l’oublie de Dieu. Alors que le but de l’offrande étant de plaire à Dieu, de se rapprocher de lui. Il ne s’agit pas de faire pour faire (sorte de marchandage), mais de faire pour Dieu, de faire avec Dieu (démarche du cœur).
D’autre part, par sa parole « détruisez ce temple, en trois jours je le relèverai » Jésus donne une nouvelle dimension au temple. « Le temple dont il parlait était son corps ». Le nouveau temple c’est le corps du Christ. Cela rejoint la question de la Samaritaine : « explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem » (Jn4,20). Et Jésus répondra : « : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père […] les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père » (Jn 4,21.23).
Le nouveau temple est donc le corps du Christ, ce qui veut dire que l’on est invité à rencontrer Jésus Christ pour prier Dieu. Rencontrer Jésus. On peut aussi parler de retrouvailles avec Jésus qui se vivent dans nos rencontres communautaires et aussi dans nos temps personnels.
Le temple désigne aussi l’Église composée de membres dont nous faisons parti. Réunis, nous sommes nourris par la Parole de Dieu et par son pain de Vie qu’est l’Eucharistie.
Et aussi, en tant que baptisés, nous sommes habités par Dieu, la Trinité : nous sommes temple de l’Esprit Saint, nous avons revêtus le Christ, nous avons revêtu la dignité de fils de Dieu. Le cœur de l’homme est fait pour Dieu. Si bien que oublier Dieu c’est oublier l’homme.
Nous-mêmes, nous sommes plus ou moins atteints par une mentalité commerciale avec Dieu. Si je vais à la messe, si je fais telle bonne action… alors je peux exiger de Dieu ceci ou cela, ou me faire bien voir des uns ou des autres, et si j’ai fait telle ou telle chose pas conforme, alors il va m’arriver des malheurs que Dieu va m’envoyer. Mais il manque quelque chose d’essentiel : cette démarche en profondeur du cœur, par amour !
Donc, le temps du carême est donné pour purifier notamment ses/ces compromis, mon/ce marchandage, cette relation faussée avec Dieu, avec la Vérité. Comment s’y prendre ? Regardons Jésus. Il fait le grand ménage : il envoie tout balader (nos péchés), il expulse tout de l’intérieur du temple pour le purifier. On peut faire cela, en se mettant à la lumière de l’ES pour demander à Dieu de nous montrer ce qu’il n’est pas conforme à lui et lui demander de faire le grand ménage. Cela ne se fait pas sans peine ou sans résistance. Et le meilleur des moyens pour le faire, c’est le sacrement du baptême ainsi que le sacrement de la réconciliation. Alors nous pourrons réaliser le seul sacrifice à Dieu qui nous est demandé, c’est à dire celui d’un amour total.
Demandons au Christ de venir aujourd’hui purifier notre cœur de tout marchandage avec Dieu et nos frères pour aimer gratuitement et jusqu’au bout.
Bon carême.