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Fête de Sainte Catherine de Sienne 2014

Frère Timothée Lagabrielle op

29 avril 2014

Sainte Catherine de Sienne a un côté too much, un côté extrême, un côté pas sage qui peut nous déranger. Quand on voit son insistance sur le péché, sur le sang et le sacrifice du Christ (toutes ces lettres qui commencent par « Je vous écris dans le sang précieux du Christ » par exemple), sur la souffrance, sur le pape,… on peut être tenté de passer à côté d’elle. Sainte Catherine de Sienne n’est pas une sainte « rangée ». Mais après tout, existe-t-il des saints « rangés » ?
Avec sainte Catherine, la sagesse de Dieu se révèle dans la folie de la croix, dans la folie pour le monde. Les formes extérieures de son discours peuvent nous surprendre, mais son expression est toujours juste (c’est bien pour cela qu’elle est Docteur de l’Église) et nous pouvons nous nourrir de son enseignement. Entre autres, il y a deux choses qu’elle nous apprend.
La première, c’est que plus on est proche de Dieu et mieux on comprend ce qu’est le péché, mieux on comprend que nous sommes pécheurs. C’est un peu paradoxal : moins on est pécheur et plus on se rend compte qu’on l’est. Mais c’est normal puisqu’en connaissant Dieu impeccable, nous réalisons que nous ne le sommes pas. Il se passe un peu la même chose que nos mariées moderne : aujourd’hui il n’y a plus de robe de mariée blanche, elles sont sont ivoires ou crèmes. Tant que la mariée est entre les hommes en costumes sombres et les femmes en robes colorées, tout va bien. Mais quand le prêtre arrive avec une aube vraiment blanche, par comparaison, on voit que la mariée ne l’est pas. Avec Dieu c’est pareil : tant qu’on reste entre hommes pécheurs, on n’a pas une vive conscience de notre péché ou du mal qu’est notre péché. Et puis en connaissant Dieu on réalise mieux ce qu’est notre péché. Sainte Catherine, elle, connait si bien Dieu qu’elle a une vive conscience de son péché.
Mais ce n’est pas tout, car être proche de Dieu c’est aussi – et surtout- voir sa miséricorde. Voir qu’il nous sauve et le prix qu’il y met (ce fameux sang de Jésus au centre des pensées de sainte Catherine). C’est voir cet immense déséquilibre entre Dieu qui est et qui donne toujours et nous – et moi ! – qui ne suis pas, qui n’existe que par Dieu et qui dilapide si souvent les dons qu’il me fait.
Et c’est justement là le second enseignement que nous apporte sainte Catherine : Dieu donne. Et il donne tant et tant qu’il va utiliser plusieurs canaux, qu’il a plusieurs façons de donner. L’Église, c’est ça : le don multiforme de Dieu. Ce n’est pas seulement le don de la hiérarchie issue des apôtres et structurée par le sacrement de l’ordre et la primauté du pape successeur de saint Pierre. Ce n’est pas seulement le don mystique des saints, ces hommes et ces femmes charismatiques qui surgissent dans tous les milieux comme sainte Catherine ; cette hiérarchie de la charité qui anticipe le Ciel. Ce n’est pas seulement l’un ou l’autre, mais les deux ensemble, les deux conjointement.
Dans l’Église, la grâce vient de partout : du haut, du bas, du cœur de l’Église et des périphéries où elle travaille secrètement à préparer les cœurs.
C’est en contemplant cette action de Dieu que sainte Catherine avait le cœur brûlant d’amour, comme nous aussi nous l’avons ou comme nous pouvons l’avoir en faisant de même.