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5ème Dim TO - A

Frère Hervé Jégou op (Lyon)

9 février 2014

Matthieu 5,13-16

Tout le monde attendait avec impatience ce moment ! Elle venait de très loin dans l’espace et l’histoire, entretenue avec zèle dans le lieu qui l’a vu naître, prête à s’élancer une nouvelle fois au temps marqué. Depuis des semaines, sinon des mois, elle passait de main en main, portée par des hommes et des femmes honorés d’avoir été désignés pour cette mission, avançant chaque jour un peu plus jusqu’au terme de son périple.
A chaque fois le rite est le même, à chaque fois c’est la même attente, à chaque fois le symbole vérifie sa force, provoque l’émotion. Après trois heures d’attente vendredi soir – il était presque vingt heure en France – des millions de téléspectateurs à travers le monde ont assisté à l’embrasement de la flamme olympique, éclairant la nuit de Sotchi, symbolisant pendant quinze jours cette compétition mondiale sportive et pacifique.
« On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison ». Cette parole pleine de bon sens de Jésus, prononcée sur la montagne, rejoint l’actualité de notre monde. Il la prononce très peu de temps après avoir proclamé les béatitudes : ce programme de vie non plus formulé de manière législative entre ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire (comme dans la loi de Moïse), mais en terme d’accomplissement existentiel dans chacune de nos vies si nous voulons devenir vraiment humains.
« Vous êtes la lumière du monde ». Jésus peut désigner ainsi ses disciples parce qu’il est d’abord lui-même cette lumière. Il est la « lumière né de la lumière » comme nous le proclamons dans le Credo. Cette Lumière de la Trinité ineffable qui est venue dans le monde, qui a semblé être engloutie par les forces des ténèbres, mais qui a jailli de la nuit du tombeau au matin de Pâques. Cette lumière qui jaillit symboliquement du Saint Sépulcre à Jérusalem à chaque fête pascale pour être transmise à tous ceux qui sont présent, cette lumière du cierge pascal dans chacune de nos communautés.
Oui la lumière du Christ a jailli du tombeau au matin de Pâques, comme un premier matin du monde, et depuis plus de vingt siècles elle est transmise par les chrétiens de génération en génération, portée jusqu’aux coins les plus reculés de notre planète par les témoins du Christ ressuscité, portée jusqu’aux plus pauvres, jusqu’aux plus petits car tout homme est concerné par la lumière du Christ.
« Vous êtes la lumière du monde ». Jésus ne nous appelle pas seulement à contempler sa lumière comme les apôtres sur le Thabor, Jésus nous annonce cette Bonne Nouvelle que nous sommes participants de sa Lumière. Nous tous ici réunis, par notre baptême nous avons été illuminés de sa grâce et depuis lors nous sommes des lumières, nous sommes entrés dans cette lumière, nous sommes témoins de cette lumière, comme en particulier nos soeurs réunies « au sommet de cette montagne », comme un phare dans la nuit pour tous ceux qui cherchent Dieu.
La flamme olympique n’aurait que peu de valeur si ce n’était d’abord les athlètes olympiques qui faisaient d’abord briller leur discipline sportive dans une compétition fraternelle et universelle : c’est cela le but des jeux.
Pour nous chrétiens, nous ne témoignons pas d’abord d’une philosophie de vie, ou de valeurs fraternelles et universelles. Nous témoignons d’abord de la lumière du Christ ressuscité. Le Christ est ressuscité, cela ne dépend pas de nous.
Ce qui dépend de nous c’est d’être de vrais témoins du Christ ressuscité, de vivre de sa vie pour vivre le programme des béatitudes et ainsi faire briller la lumière du Christ en nous et autour de nous. Les lectures de ce jour nous en donnent les conditions.
C’est tout d’abord fondamentalement faire toute sa place en nos coeurs à la puissance de l’Esprit, comme le dit Saint Paul. Nous n’avons pas à voler cette lumière où à la gagner dans je ne sais quelle compétition pour avoir la satisfaction d’être meilleurs que les autres. C’est l’Esprit de Dieu lui-même qui vient allumer cette flamme en nos coeurs.
La suite en découle, comme le dit le prophète Isaïe : « Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable…
Fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante. Donnes de bon cœur à celui qui a faim. Combles les désirs du malheureux ».
Alors oui nous seront vraiment la lumière du monde. Alors la lumière jaillira comme l’aurore, alors la lumière se lèvera dans les ténèbres et l’obscurité de ce monde, alors notre lumière sera comme la lumière de midi.
Alors nous serons les témoins de la lumière du Ressuscité.