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25ème Dimanche du To A

Homélie du frère Michel Demaison o.p.

Dimanche 20 septembre 2026 – 25e dimanche Année A

Is 55 ; Phil 1 ; Mt 20,1-16

Dans cette parabole, il est question d’embauche, de chômage, de salaire, d’horaire, de revendication, et bien sûr, d’un patron et se son comptable. Un vrai scénario d’aujourd’hui.

Mais c’est une parabole de Jésus – 20 siècles plus tôt – et qui veut nous parler du Royaume de Dieu. Et elle n’a rien de syndicalement correct.

Nous avons l’habitude d’entendre ces paraboles, au point de ne plus les écouter vraiment, sinon comme de petites histoires fictives, des sortes de fables. Or, il s’agit bien d’un enseignement par lequel Jésus veut nous montrer ce qu’est le Royaume qu’il annonce et qui vient avec lui pour rayonner en nos vies, dans notre histoire personnelle et collective.

Pour que ce Règne vienne, la parabole nous indique au moins deux chemins, deux conditions.

À la base, la première exigence sans laquelle tout serait faussé, rien ne serait solide, est celle de la justice. Le maître de la vigne est juste : il annonce le contrat et il le respecte. Il ne trompe et ne lèse personne. Je trouve que nous ne parlons pas assez de justice, celle qui doit régler les affaires humaines, nos besoins, nos biens, nos relations dans les familles, les entreprises, les cités, entre les nations. Elle est souvent remplacée par la solidarité, invention moderne pour combler les lacunes, parfois les erreurs, de la justice. Avant tout appel à la solidarité, les devoirs de la justice devraient être remplis parce qu’ils sont primordiaux. Et nous sommes loin du compte, alors même que les ressources se sont multipliées.

La parabole nous rappelle que le Royaume de Dieu ne se construit pas sur l’oubli et la transgression des principes qui ont pour but d’assurer des relations justes entre les hommes. Ces exigences appartiennent à l’ordre premier, celui qui a été établi par la Création elle-même, celui dont la Loi ancienne, celle de la première Alliance, exprime les préceptes fondamentaux, les commandements, sans lesquels l’humanité se défait. En ce sens, nous n’en aurons jamais fini avec les exigences de la justice. Le maître de la vigne affirme son souci d’agir avec justice, condition pour que le monde tienne.

Mais il n’est pas seulement juste, il est bon. Ce second versant de l’enseignement de Jésus envoie un signal dérangeant, une voix discordante qui alerte sur l’authentique originalité de son Royaume. Celui-ci ne s’instaure pas selon les méthodes et les calculs de ce monde-ci. Il reçoit sa source d’ailleurs, il tient sa puissance d’un autre : il est un pur don de la bonté de Dieu, celui qu’on appelait naguère le Bon Dieu. La bonté de Dieu, et la nôtre aussi, ne se moquent pas de la justice, elles la respectent et l’accomplissent, mais elles ne s’en contentent pas. Il y a quelque chose de plus à faire, ou plutôt quelque chose d’autre, quelque chose qui fait du bien à ceux et à celles qui en bénéficient, et qui rend meilleurs ceux et celles qui déjà sont justes. Cette autre chose est la gratuité du don, l’excès qui fait éclater la juste mesure, le débordement qui fait sauter l’égalité comptable.

A cette gratuité répond le mouvement de reconnaissance qui ouvre le cœur de ceux qui accueillent le don : on imagine la surprise et la joie des ouvriers de la onzième heure. Mais la générosité du maître a aussi pour effet de provoquer l’envie des autres qui se cache derrière une revendication de justice : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » Être juste ne soulève pas d’objection, en principe, mais être bon bouscule l’ordre habituel des choses, peut susciter admiration et imitation, mais aussi critique et colère. La bonté ne laisse pas indifférent. C’est en cela qu’elle est une manifestation, une réalisation germinale du Royaume, au milieu de ce monde de compétition, de jalousie et de violence. Face à la méchanceté, elle semble ne pas faire le poids, mais nous croyons que chaque acte de bonté est un germe de régénération, un levain de vie éternelle enfoui dans la pâte du temps pour en faire le temps du salut.

Il reste un point qui est comme la signature de notre foi, celui qui nous est rappelé par la lettre à Tite, parmi bien d’autres pages de saint Paul : « Le jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de régénération et nous a fait renaître dans l’Esprit Saint. » (Tite, 3,5) . Oui, nous croyons que tout acte bon, tout geste désintéressé, toute charité, sont autant de dons de Celui qui seul est bon, infiniment bon, sont autant de grâces, et ce sont autant d’avancées du Royaume dont le Christ est le fondement. C’est de là que le Maître de la vigne nous appelle, où que nous soyons, quelle que soit l’heure. Il n’est jamais trop tard pour aller travailler à la vigne du Seigneur. Amen.