
19ème Dimanche du To A
Fr Damien Duprat op
Mt 14, 22-33
Dieu est tout-puissant : nous l’affirmerons dans un moment quand nous dirons le Credo. Pourtant il arrive que l’on ne soit pas très à l’aise avec cette vérité de foi. Par exemple, certains redoutent la puissance de Dieu, en se disant que cette puissance pourrait être dangereuse pour nous. Et puis, quand on se dit que Dieu peut tout faire, parfois on conclut un peu vite qu’il peut faire tout et n’importe quoi, et on s’inquiète de ce qui pourrait bien lui passer par la tête.
Face à de telles questions, il n’y a rien de tel que de contempler le Seigneur Jésus à l’œuvre, spécialement quand il déploie sa puissance extraordinaire. Et alors, que fait-il ? Il guérit des malades, il nourrit une foule avec cinq pains et deux poissons, il marche sur la mer pour rejoindre ses disciples en difficulté dans la barque… tout cela n’est-il pas bon, et même excellent ? Ce qu’il fait a un sens, un but, qui consiste à se pencher tendrement sur l’humanité pour la sauver de sa misère. Il veille sur nous, il gouverne le monde avec bienveillance : c’est ce que l’on appelle la Providence divine. Le Dieu vivant et vrai est le « Dieu de tendresse et de pitié » (Ex 34,5) ; il s’est manifesté au prophète Élie non pas dans un ouragan, un tremblement de terre ou un feu, mais dans une brise légère.
Pour le dire autrement : la toute-puissance de Dieu signifie que quand il accomplit quelque chose, rien ni personne ne peut l’en empêcher. « Tout ce qu’il veut, il le fait », chante un psaume (Ps 113B). Mais pour savoir ce qu’il fait, quel est son projet, dans quel but il agit, il nous faut considérer sa sagesse et sa bonté, qui sont elles aussi infinies. L’un des textes bibliques qui exprime le mieux la manière dont le Seigneur met en œuvre sa puissance est le premier des quatre chants du Serviteur de Dieu (Is 42) : il ne brise pas le roseau qui fléchit, il n’éteint pas la mèche qui faiblit : voilà pour sa douceur ; mais ce texte nous dit aussi que le même Serviteur ne faiblira pas, ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre ; et cela est l’œuvre de sa puissance. Le Serviteur annoncé par ce texte prophétique est bien sûr Jésus, lui qui est doux et humble de cœur (cf. Mt 11,29), et à qui aussi le Père a remis tout pouvoir, au Ciel et sur la Terre (cf. Mt 28,18).
On pourra alors se demander pour quelles raisons le Seigneur permet que certaines choses regrettables se passent. Je pense d’une part aux catastrophes naturelles, ou aux maladies, qui relèvent de ce que la théologie appelle le mal cosmique, ou physique, et d’autre part aux mauvaises actions accomplies par des êtres humains, autrement dit le mal moral. Pourquoi Dieu laisse-t-il si souvent de telles choses advenir ? Ce questionnement redoutable scandalise plus d’une personne. Le Catéchisme de l’Église catholique se fait l’écho de ces réflexions ; je ne saurais mieux faire que de vous lire un extrait développé du passage correspondant (n°272-273) :
« Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or, Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus mystérieuse dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1,24-25). C’est dans la Résurrection et dans l’exaltation du Christ que le Père a « déployé la vigueur de sa force » et manifesté « quelle extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants » (Ep 1,19-22).
« Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12,9 ; Ph 4,13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle qui a cru que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,37) et qui a pu magnifier le Seigneur : « Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom » (Lc 1,49). »
Gardons comme un trésor cette foi en Dieu, à l’exemple de la Vierge Marie et aussi de S. Pierre dans l’Évangile d’aujourd’hui ; même s’il a douté alors même qu’il marchait sur l’eau, c’est encore en appelant le Christ au secours qu’il a été sauvé. Demandons aussi à Dieu, dans notre prière, de nous faire entrer peu à peu dans le mystère de sa Providence. J’ajoute que Dieu accomplit des merveilles, parfois même des miracles, encore aujourd’hui, afin de préserver la vie naturelle des êtres humains qu’il a créés ; mais cela n’empêche pas les bénéficiaires de ces prodiges d’être encore soumis à la dure loi de la mort. Pourtant, ces miracles ont valeur de signes par lesquels Dieu nous montre que toujours, il donne la vie éternelle, surnaturelle, à ceux qui croient en lui. Jamais le Seigneur ne refuse son Esprit Saint à ceux qui le lui demandent pour obtenir la conversion de leur cœur. Qui d’autre que lui détient un tel pouvoir ? Le Seigneur seul peut faire de nous ses amis, lui seul peut nous faire entrer dans la communion de sa vie divine. La toute-puissance de Dieu est bienfaisante, vivifiante, bien davantage que toute puissance humaine. Alors, gardons dans le cœur cet appel que le Christ fait retentir aujourd’hui dans l’Évangile : « confiance, c’est moi, n’ayez plus peur ! »
