
Assomption de la Vierge Marie 2026
Fr Damien Duprat op
Lc 1, 39-56
Aujourd’hui, l’Église contemple la Vierge Marie élevée au Ciel, corps et âme. Je vous propose d’étendre cette contemplation à ce qu’a été sa vie terrestre.
Dieu a déployé en elle sa grâce. Par la puissance de son Esprit Saint, il l’a préservée de tout péché dès sa conception, c’est-à-dire dès le premier instant de son existence dans le sein de sa mère, sainte Anne. Cette grâce unique lui a été donnée, par anticipation, en vertu des mérites de la passion et de la mort de son Fils, qui voulait faire d’elle sa demeure immaculée. Marie est ainsi la première des sauvés. Tout au long de sa vie, en méditant la Parole de Dieu et en se mettant à l’écoute de son propre cœur et des événements, Marie a compris au plus profond d’elle-même combien Dieu est bon, combien il mérite d’être aimé. C’est pourquoi il lui était tout naturel d’aimer Dieu de tout son être et de conformer ses choix et ses projets à la volonté divine. En toutes choses, elle a obéi au Seigneur ; nous en avons l’exemple éminent dans sa manière d’accueillir la demande de l’ange Gabriel. Servir Dieu était la cause la plus profonde de sa joie, son identité même, elle qui s’est présentée à ce moment-là comme la « servante du Seigneur » (Lc 1,38). Marie est la plus fidèle des disciples du Seigneur, c’est-à-dire de Jésus.
À Cana, elle a donné comme consigne aux serviteurs de la noce d’accomplir tout ce que Jésus leur dirait de faire ; cela nous apprend à ne pas avoir peur de ce que Jésus nous demande. Marie nous dit combien il est vital pour nous, non pas de nous protéger de Dieu, mais au contraire de lui accorder la confiance la plus totale, puisque c’est seulement ainsi que nous sommes vraiment en sécurité face au mal. Encore aujourd’hui, Marie nous aide à ouvrir notre existence au Christ et à sa grâce. Elle, qui est « comblée de grâce », nous apprend à recevoir la grâce divine, à garder la grâce reçue et à méditer sur les merveilles que Dieu accomplit dans nos vies. En cela elle répare ce qui avait été brisé par Eve et par Adam ; parce qu’ils s’étaient défiés de Dieu, ils lui avaient désobéi, ce qui avait conduit à leur malheur. Marie, au contraire, est restée en toutes choses parfaitement fidèle à Dieu.
Une telle fidélité est-elle toujours un chemin de bonheur ? Nous pourrions hésiter à le dire si nous considérons que ce chemin a mené Marie jusqu’à la croix de son Fils. Si Jésus en est venu à se laisser mettre en croix, ce n’est bien sûr pas par goût de la souffrance, ou par erreur… Il est la Sagesse éternelle, ce qui vaut d’ailleurs à Marie le titre de « trône de la sagesse ». Jésus lui-même, face à la terrible perspective de sa passion, a envisagé de s’y soustraire, comme ses paroles le laissent entendre dans l’Évangile selon S. Jean (12,27) : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! ». Si le Fils éternel du Père a pris notre chair en Jésus-Christ, c’était pour nous sauver de la mort éternelle, et cette mission devait s’accomplir par sa mort sur la croix. Comme le chante la séquence de Pâques : sur le Golgotha, Jésus a affronté la mort dans un duel prodigieux dont il est sorti vainqueur. À cette heure suprême, la place de sa mère était auprès de lui. Marie n’a pas pris la fuite devant la souffrance, elle l’a affrontée courageusement, elle a voulu accompagner son Fils jusqu’au bout, comme elle l’avait accompagné durant toute sa vie. Elle a tenu sa place dans ce combat contre les forces du mal, contre le Diable que la première lecture de cette fête évoque par l’image d’un dragon. La victoire du Christ sur ce dragon est aussi la sienne, elle qui lui écrase la tête selon ce qui était annoncé dans le livre de la Genèse, sitôt après la chute d’Adam et Eve (cf. Gn 3,15). C’est pourquoi, malgré la souffrance inimaginable qui a été la sienne, elle ne regrette pas d’avoir été fidèle à son Fils jusque là.
Heureusement d’ailleurs pour nous, puisque c’est au cœur de cette lutte spirituelle, là, sur le Calvaire, que Jésus l’a donnée pour mère au disciple qu’il aimait, présent lui aussi, et depuis toujours l’Église reconnaît que ce disciple représentait alors l’humanité entière. Plus tard, elle a soutenu par sa propre prière celle des Apôtres au Cénacle quand ils imploraient la venue de l’Esprit promis par Jésus après sa Résurrection (cf. Ac 1,14). Jusqu’à la fin des temps, elle agit avec l’Église, dans l’Église et pour l’Église. Elle prie avec nous, elle prie son Fils en notre faveur. Quand, par malheur, l’un de ses enfants s’égare loin de Dieu, elle en éprouve une grande peine ; telle est la cause des larmes qu’elle a versées par exemple lors de l’apparition de la Salette, en 1846, ou à Akita au Japon, il y a une cinquantaine d’années.
La Vierge Marie est certainement très triste que des sociétés humaines, comme c’est malheureusement le cas de la nôtre en France, abordent la redoutable question de la mort sans chercher ce qui plaît à Dieu. Devant la souffrance, la maladie, le vieillissement, beaucoup succombent à la tentation de la mort provoquée par euthanasie ou par suicide assisté. De telles dispositions offensent gravement le Seigneur. La perspective de la mort exige bien plutôt que nous nous y préparions, paisiblement, par une vie sainte ; qui peut sans témérité précipiter ce moment où il devra rendre compte à Dieu de ce qu’il aura fait ? De plus, provoquer soi-même son passage de vie à trépas est contraire au juste amour de soi, et cela brise injustement et violemment les liens de solidarité avec les sociétés familiale, nationale et humaine auxquelles nous appartenons1. Notre devoir consiste au contraire à nous accompagner les uns les autres jusqu’au bout de la vie, en mettant en œuvre des moyens ambitieux pour soulager les souffrances, mais sans pactiser avec la mort. Chaque fois que nous prions le « Je vous salue, Marie », nous lui demandons de prier pour nous maintenant et à l’heure de notre mort : il n’y a là rien de morbide, mais plutôt une considération réaliste de ce moment qui viendra un jour et que nous voulons traverser dans la compagnie de notre Mère du Ciel et aussi dans la compagnie de son époux S. Joseph, patron de la bonne mort. Au fond de l’église se trouve une feuille de textes à ce sujet ; je vous invite à l’emporter et à lire ces textes, car nous avons tous bien besoin de réfléchir ensemble à cette douloureuse question d’actualité.
Comme l’a écrit le pape François, « [Jésus] ne veut pas que nous marchions sans une mère »2. L’union avec le Christ nous unit en même temps à Marie dans une relation faite de confiance, de tendresse et d’affection sans réserve, et cela non pas comme des individus isolés, mais comme un peuple en marche, et je cite maintenant une parole du pape Léon le jour même de son élection, au balcon de la basilique S. Pierre : « Notre Mère Marie veut toujours marcher avec nous, être proche de nous, nous aider par son intercession et son amour ». Marie est la Mère croyante qui est devenue Mère de tous les croyants ; d’une certaine manière, sa foi devient constamment la foi du Peuple de Dieu en marche sur le rude chemin de la vie. Elle nous pousse à contempler avec elle l’œuvre de salut accomplie par Jésus ; pour cela, la tradition de l’Église nous invite à la prière fréquente du Rosaire, que Marie a mise en valeur par exemple lorsqu’elle est apparue à Lourdes ou à Fatima.
La Vierge Marie est particulièrement un modèle pour toutes les personnes qui consacrent leur existence à Dieu. Selon les paroles du pape Jean-Paul II, « la vie consacrée a toujours été située de manière privilégiée aux côtés de Marie, la Vierge épouse »3 ; « le rapport filial avec Marie constitue la voie privilégiée de la fidélité à l’appel reçu et une aide très efficace pour progresser dans sa réponse et vivre en plénitude sa vocation »4.
En Marie, nous contemplons l’œuvre aboutie de Dieu dans l’humanité créée. Marie est « un modèle et un exemple de ce que Dieu veut accomplir en chaque personne rachetée »5, « un chant à l’efficacité de la grâce de Dieu »6. Qu’elle nous encourage sur notre route, elle qui est déjà ce que nous serons !
1 Cf. Catéchisme de l’Église catholique n°2281.
2 Evangelii Gaudium n°285.
3 Vita consecrata n°34.
4 Ibid. n°28.
5 Mater Populi Fidelis n°14.
6 Ibid. n°33.
