
13ème Dimanche du To A
Fr Albert Bazyk op
Mt 11, 25-30
Au sens courant, un roi est un souverain couronné, un monarque, ou, au sens figuré, quelqu’un qui excelle dans son domaine et se démarque de son entourage. Aujourd’hui, on parle plus souvent d’idoles ou de rois autoproclamés caricaturaux, c’est-à-dire d’influenceurs. Dans l’univers des réseaux sociaux, un influenceur est une personne qui, grâce à sa communauté, est capable d’exercer une influence sur ses abonnés. Ce terme désigne souvent des créateurs de contenu en ligne jouissant d’une grande notoriété et disposant d’une large audience. Pour beaucoup, ils sont devenus des figures d’autorité et de véritables modèles à suivre grâce à leurs nombreux succès et à leur renommée. Les rois de la vie, les idoles de ce monde, ce sont aussi les célébrités, ces personnes connues pour le simple fait d’être connues : stars de cinéma, de la scène, sportifs, personnalités, musiciens, membres de familles royales. Voilà les idoles contemporaines des masses.
Quelqu’un a dit que la publicité était l’antithèse de l’humilité. Mais qu’est-ce que l’humilité ? Selon le dictionnaire de l’académie française, l’humilité est une « vertu par laquelle on s’abaisse volontairement devant Dieu ou devant son prochain » ou un « sentiment publiquement reconnu de la faiblesse et de l’insuffisance de ses mérites ».
Rappelons-nous les paroles de Jésus tirées de l’Évangile selon saint Marc : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous » (Mc 10, 43-44). Ces paroles indiquent le chemin vers la véritable humilité. Elle consiste à se rabaisser et à renverser la logique de ce monde pour adopter celle du Royaume des cieux. L’humilité est le contraire de l’orgueil. Mgr Fulton Sheen, serviteur de Dieu, qui sera bientôt béatifié, a déclaré : « Dans le monde d’aujourd’hui, l’orgueil se cache sous des noms plus séduisants : le succès et la popularité. Ce que nous sommes réellement en tant qu’êtres humains dépend de la mesure d’humilité dont nous faisons la preuve. Sa dimension la plus profonde consiste à accomplir la volonté de Dieu de la manière la plus parfaite possible. Nous prions pour cela chaque jour, en récitant les paroles du Notre Père : Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. »
La douceur va de pair avec l’humilité. Qu’est-ce que la douceur ? Selon saint Thomas d’Aquin, la douceur, c’est-à-dire la modération, n’habite qu’une âme véritablement noble. Celui qui la possède est au-dessus de toutes les injures et de toutes les insultes ; même lorsqu’il est outragé, il reste parfaitement serein et ne perd ni sa sérénité ni la paix de son âme.
Dans la première lecture, le prophète Zacharie s’écrie : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse » (Za 9, 9-10). Jésus-Roi entre sur un ânon, ce qui est tout à fait contraire aux attentes du peuple, qui s’attendait à l’arrivée d’un souverain puissant. Un tel « souverain » ne peut susciter que la pitié et la moquerie. Dans l’Épître aux Romains, saint Paul écrit : « si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez » (Rm 8, 13). Nous devons faire mourir tout ce qui est mondain et orgueilleux.
L’humilité et la modestie de Jésus sont extraordinaires. Les splendeurs et les honneurs de ce monde lui sont étrangers. Il ne cherche pas à devenir un dirigeant politique, ni le chef d’un parti ou d’une faction. Jésus sait qu’il est roi non pas parce qu’il a remporté une élection, mais parce que le Père lui a remis toutes choses (Jn 3, 35). Notre Sauveur est le roi de l’humilité. Il est doux, miséricordieux, lent à la colère et très clément, bon envers tous (Ps 145).
Dans l’Évangile, Jésus nous invite à venir à lui ; il désire construire avec nous une relation d’amour. Il veut que nos cœurs soient doux et humbles, car c’est alors que nous trouverons le véritable repos de l’esprit. « Prenez sur vous mon joug » (Mt 11, 29) : le Christ nous invite à obéir à sa parole, qui réconforte, car elle apporte le salut. C’est un appel à devenir ses disciples, à se soumettre à l’enseignement du Messie. Jésus demande à ses disciples d’apprendre de lui, non seulement en écoutant ses paroles, mais aussi en imitant sa vie. Son joug est doux et son fardeau léger. Il s’agit peut-être d’une image pour dire qu’être disciple exige des efforts, mais ne constitue pas pour autant un fardeau épuisant.
En chantant le célèbre cantique « Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat », nous devons faire preuve d’une grande prudence pour ne pas, emportés par le vent des accents triomphalistes, faire dériver la barque de l’Église des eaux de l’Évangile vers les océans des attentes humaines, des rêves de puissance et des victoires prestigieuses. Aujourd’hui, nous devons revenir à la douceur et à la simplicité de Jésus, de Joseph et de Marie. La véritable force trouve en effet sa source dans l’humilité et l’écoute de Dieu. La seule couronne que le Christ a acceptée est la couronne d’épines. Sa cape royale n’était qu’un lambeau du manteau d’un soldat, sa pourpre était son sang, son sceptre un roseau et son trône la croix. C’est précisément au-dessus de ce trône, et non d’un autre, que fut accrochée la célèbre inscription : « Voici le roi ».
Quel chemin suis-je en train de suivre dans la vie ? Celui des cris et de la volonté de dominer les autres, ou celui de l’amour et de l’humilité de Jésus ?
