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6ème Dimanche du To A

P Michel Mounier

Mt 5, 20-22a.27-28.33-34a.37

Insinuer est un verbe qui siffle comme la langue du serpent qui séduit Eve. Insinuer emmêle bien des nœuds, comme le même reptile dans le nid de ses intrigues.

Jésus est un homme qui n’insinue jamais. Il a la parole claire. S’il veut parler à un seul homme, il le prend à l’écart et lui parle face à face. Ce n’est pas l’homme des messes basses. S’il veut parler à la foule, il s’élève en un point haut, se rend visible et parle haut et fort. Sa voix nous parvient, aujourd’hui. Le discours sur la montagne porte bien son nom. Voici un homme sans manigance qui sait s’exposer quand il le faut, et aussi se retirer à l’écart. Il ne voile pas son absence ni ne feint sa présence. Il se tient là où il est. Il parle d’où il parle. Ce qu’il dit, il le dit.

N’ayant pas d’autre perspective que l’infinie liberté que lui confère la certitude de sa mort violente, Jésus assume pleinement qu’il n’est pas là pour plaire. Il assume qu’il a la liberté d’interpréter la Torah, le décalogue. Il assume qu’il n’est pas là pour plaire mais que montrer la voie de l’amour n’est pas conciliable avec une quelconque politique de séduction. Ce qui est vrai pour la vie privée, intime, devrait être vrai pour la vie publique : parler vrai, parler clair.

Cela peut être coûteux. Écoutons Marion Muller Collard parler de sa relation avec ses enfants : « Parfois mes enfants essaient de me vriller le cœur parce que je n’ai pas donné libre cours à ce qui trépigne en eux. Tu es méchante maman, je ne t’aime plus. Soit, ne m’aime pas. Je ne suis pas là pour être aimée de toi. Mais si j’aime mes enfants comme une mère, je dois tenir la loi. Une loi casse-pied, une loi désuète, une loi limite, une loi d’amour, passerelle entre eux et le monde. Une loi qui leur permettra un jour de se passer de moi. »

Ainsi Jésus donne-t-il la loi à haute et intelligible voix dans son discours sur la montagne. Et s’il en extrémise l’exigence, ce n’est pas pour nous mettre à l’épreuve, encore moins en échec. Ce n’est pas non plus pour séparer les meilleurs de ceux qui resteraient au bord de la route. C’est parce que son exigence est à la mesure du bonheur qu’il nous souhaite. C’est parce qu’il veut nous envoyer au monde armés d’une clarté qui nous soutiendra en toute circonstance.

La loi redite par le Christ est sans mystère ni secret. Elle ne s’adresse pas aux initiés ou aux purs. Elle s’immisce entre les mailles serrées du quotidien, du concret. Elle n’est pas faite pour trier les élus mais elle est faite pour élever les hommes et les femmes et nous accompagner dans nos discernements. Elle n’est pas faite pour nous enfermer dans une communauté de fanatiques, de radicaux, mais pour nous faire habiter le monde dans sa complexité. Et dans la pleine conscience, autant qu’il est possible, de notre propre complexité.
Dieu est grand pour une infinité de raisons. Entre autre parce qu’il est concret. Et son Fils s’élève à sa hauteur par la clarté de sa Parole.