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5ème Dimanche de carême A

P Michel Mounier

Jn 11, 3-7.17.20-27.33b-45

Elle est terriblement convaincante la mort. Peut-être avons-nous été profondément secoués, déstabilisés, par la perte d’un être cher. Une perte qui est plus douloureuse que tout autre événement. J’ai connu cela. Et du coup je comprends Marthe et Marie. Oui le monde s’écroule, tout est ébranlé. Peut-être même la foi elle-même. Et pourtant une personne me disait récemment : « Vous les croyants vous avez la foi, la mort n’est pas pareille pour vous. » Sans doute. Sans doute que croire en Christ ressuscité change tout. Une jeune amie dont un ami et ancien compagnon était proche de la mort m’écrivait un SMS : « Michel, mon ami Gresnael est entré en soins palliatifs. Je ne le reverrai pas. Il va mourir d’une tumeur cérébrale. Je ne sais pas prier ? Mais je sais que tu fais ça très bien. Si tu l’ajoutais dans tes prières ça m’aiderait beaucoup. » Mort, prière, espérance.

Quatre jours déjà… et tous les autres suivront. Pour Marthe, pour Marie, pour leur entourage la mort est toute puissante. Pourtant elles croient en Jésus mais elles renvoient la résurrection à la fin des temps. Et voici que Jésus leur dit que la résurrection est déjà là. Il est lui-même la résurrection. La foi en lui fait déjà, déjà !, vivre d’une vie indestructible.

Marie et les juifs venus avec elle pleuraient. Pourquoi pleurer si le message de la mort est mensonge ?

Et surtout pourquoi le Christ lui-même pleure-t-il ? C’est que, si la mort ment, cela ne l’empêche pas d’être bien réelle, de nous arracher à l’affection des nôtres pour nous plonger dans la nuit du tombeau.

Jésus lui aussi éprouvera frayeur et angoisse. « Mon Père, si cette coupe peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite. » La foi n’est pas une drogue destinée à nous épargner l’angoisse et la douleur de la mort. Ce qui change notre mort, celle de ceux que nous aimons, c’est qu’elle est mort avec lui qui est la vie.

Mais quel est le sens de la résurrection de Lazare ? Contrairement à ce qui arrivera au Christ, il ne naît pas à une vie nouvelle, autre. Jésus dit : « Cette maladie ne va pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu. » Cela signifie, me semble-t-il, que nous sommes là devant un signe, comme à Cana. Un signe qui n’est pas encore la réalité mais qui la désigne. Alors que Jésus va passer par la mort, nous apprenons que, malgré cette mort, Dieu est bien la Dieu de la vie. Et que ce Jésus qui va mourir est bien résurrection et vie. Pour Lazare aussi, dans le Christ, la mort deviendra chemin de vie.
Puissions-nous dès aujourd’hui, être vivant d’une façon qui ne donne pas d’emprise à la mort.