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2ème Dimanche du To A

Fr Jean-Michel Maldamé op

Jn 1. 29-34

« Son nom est Jean » telle fut la parole de son père à sa naissance. Ce choix marquait une rupture dans les traditions familiales – une ouverture sur du neuf. Jean est aussi appelé « baptiste », parce qu’il est l’inventeur du baptême, cette plongée dans l’eau est une démarche personnelle de pénitence et de regret qui efface le péché. Les évangiles nous disent que « Tout Israël vint vers Jean ! » Entendons : le peuple qui voit dans ce geste la preuve que Dieu l’aime et veut que tous les hommes soient sauvés. La simplicité du geste l’atteste selon une symbolique universelle : la purification par une plongée dans l’eau : un geste qui ne coute rien, sinon de la lucidité et de l’humilité ! Par sa simplicité, le geste atteste la bonté de Dieu qui aime tous les humains où qu’ils en soient dans leur vie. La simplicité du geste est un discrédit qui porte sur le temple de Jérusalem où sont offerts des sacrifices ; là coule le sang des victimes offertes comme on paye une rançon. Lors du baptême de Jean, la démarche du cœur, de la conscience et de la foi est plus simple ; accessible à tous elle est universelle. Telle est la bonne nouvelle ! Il y a plus encore.

Il faut une nouvelle naissance, comme une nouvelle création. Une création au sens fort du terme : faire advenir du neuf. Ce ne peut être œuvre humaine. Seul Dieu crée à partir de rien. Seul l’Esprit saint qui est Dieu peut être dit créateur au sens fort du terme. Aussi, la grande et bonne nouvelle est que ce jour-là Jean a vu l’Esprit agir. Il est témoin d’un fait, l’Esprit vient sur Jésus. Une nouvelle création commence. Par la présence de l’Esprit qui est Dieu en son intime et en sa force, il y a plus que le pardon des péchés ; il y a une nouvelle création. Les êtres humains, enfants d’Adam et Eve, peuvent devenir enfants de Dieu.

Tel est l’événement dont Jean est le témoin : avec Jésus commence un temps nouveau. Il n’y a pas seulement le péché qui est effacé ; il y a la naissance d’un peuple nouveau, le peuple des enfants de Dieu. L’Esprit qui se manifeste n’est pas seulement créateur ; il est sanctificateur. Il donne de devenir enfant de Dieu d’une vie qui sera pleinement épanouie dans l’éternité. Jean voit que son frère, son ami, son compagnon, celui à la venue de qui il a tressaillé dans le ventre de sa mère, est là pour que vienne les temps nouveaux. Un peuple nouveau va naître – pas seulement des « roseaux pensants » ni des « fruits du hasard et de la nécessité », mais des enfants de Dieu.

En faisant mémoire dans la liturgie du baptême de Jean, nous ouvrons notre cœur au grand projet de Dieu qui commence et qui est encore en cours de réalisation. Jésus ne restera pas sur les bords du Jourdain. Il portera la parole de vérité dans tout le pays qui fut le Royaume de son père David. Il ne s’agit pas seulement d’un territoire ou d’un royaume selon les bornages faits par les princes et les rois ; il s’agit de toute l’humanité, de tous les fils d’Adam, de tous ceux qui ont au cœur un immense désir de vivre pleinement, à pleine mesure d’humanité.

En commençant sa vie publique au bord du Jourdain par le baptême de Jean, Jésus ouvre une ère nouvelle. Une ère fondée sur le don de Dieu. Ce n’est pas une réforme du peuple élu ; c’est une démarche pour l’humanité entière. Ainsi dans sa vie publique, Jésus ne se présente pas comme « Fils de David », mais comme « Fils de l’homme ». L’Esprit Saint qui se manifeste au baptême est en lui ; il le donnera à ses disciples qui porteront la Bonne Nouvelle au monde entier. Cet Esprit n’est pas réservé à quelques-uns. Il est pour tous. Ce qui commence au bord du Jourdain concerne la Terre entière.

Une attention toute spéciale doit être faite aujourd’hui où commence la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Dans notre monde déchiré, il est urgent que les chrétiens donnent un témoignage d’unité et d’entente. Leur diversité assumée doit attester que Dieu seul est grand. Pour cette raison, toute communauté chrétienne limitée, précaire et fragile, est heureuse de voir que d’autres communautés vivent et déploient d’autres richesses d’humanité en devenant enfants de Dieu.