Close

Neuvaine de St Dominique 2020

Avec le Fr Alexandre Frezzato op

1er soir – 31 Juillet : Dominique, un saint de son temps pour tous les temps

Chaque époque de notre histoire reçoit les saints hommes et les saintes femmes dont elle a besoin. Ils se lèvent au milieu de leur siècle pour éclairer d’une lumière nouvelle leurs contemporains et leur montrer de nouveaux chemins à la suite du Christ.
Pour Dominique, cette époque fut celle du début du 13ème siècle ! Un siècle particulièrement dynamique dont j’aimerais, ce soir, vous esquisser quelques grands traits pour que l’on puisse comprendre d’où émerge la sainteté de Dominique. Ainsi, durant ces prochains jours, nous aurons à l’esprit l’espace et le temps dans lesquels la sainteté de Dominique s’est déployée. En connaissant (du moins, en partie) le contexte de frère Dominique, nous pourrons mieux saisir les différents aspects de sa sainteté que nous allons explorer tout au long de cette neuvaine.
L’Europe du 13ème siècle, l’Europe de Dominique, c’est une Europe qui s’urbanise, on y voit la naissance des bourgs libres et des villes franches ; des centres urbains qui commencent à concentrer une dense activité commerciale et intellectuelle. Et qui dit densité urbaine, dit aussi augmentation des échanges commerciaux, croissance économique et démographique, hausse du niveau de vie… Du point de vue intellectuel, l’émulation est similaire : le 13ème siècle, c’est l’émergence des universités au cœur des cités médiévales. Les idées circulent avec les professeurs et les étudiants. L’éducation passe du monastère à la cathédrale, du cloître au centre-ville.
Bref, le début du 13ème siècle est un temps extrêmement stimulant et rempli de perspectives. Dans la chrétienté du 13ème siècle, l’Église est totalement partie prenante de cette nouvelle dynamique. Elle doit repenser sa présence par des initiatives nouvelles : le temps est mûr pour proposer un profond renouveau spirituel ! De nombreux mouvements religieux plus ou moins orthodoxes voient le jour : les pauvres de Lyon, les cathares, les Umiliati, les dominicains, les franciscains pour n’en citer que quelques-uns. Ces groupes religieux veulent revenir à un christianisme vécu dans la simplicité et la pauvreté évangélique (usus pauper), plus proche de l’exemple du Christ.
Le jeune Dominique est au cœur de cette nouveauté. À l’époque, il est chanoine, il étudie à l’école-cathédrale de Palencia en Espagne, il n’est pas encore frère prêcheur, mais déjà, il brûle de vivre cette radicalité de l’Évangile : on le voit lorsqu’il vend ses livres pour en donner le prix à des plus pauvres souffrant de la faim. Dans notre tradition dominicaine, on aime voir dans cet évènement une conversion de Dominique qui préfigure déjà l’œuvre du reste de sa vie.
La sainteté de Dominique n’est donc pas celle d’un homme isolé un peu marginal qui a voulu suivre un chemin à lui en faisant fi de son contexte…
Au contraire, Dominique est un saint pour son temps, tout ancré dans la dynamique de son époque et à l’écoute de ses contemporains. Il n’a pas rejeté le monde d’où il est issu, il a pris de la hauteur, certes, du recul, et, en bon réaliste, en homme de l’Évangile proche des gens, il a dépassé le constat facile d’un rejet de “la modernité” de son époque. Il a su dépasser le constat simpliste – auquel nous succombons trop souvent – ce constat qui condamne le monde ou la société comme dangereux, mauvais ou contraires à notre foi.
Il a, au contraire, choisi d’aimer son prochain et d’embrasser son époque, en apportant des réponses concrètes et adéquates aux défis de son temps. Par exemple, fonder un Ordre de sœurs et de frères aux portes de ces villes nouvelles, pour entrer en contact avec les hommes et les femmes de toutes conditions. Prêcher et vivre la pauvreté au cœur des cités, sur les places des marchés. Ou encore contempler et prier Dieu dans le silence au cœur des mouvements urbains et de ces bruits qui nous viennent de la ville.
Bref, le jeune Dominique sera saint, car il aura su, dans un contexte particulier, lire les signes des temps. Il aura su trouver les meilleurs moyens pour redonner l’Évangile à son siècle !

Au début de cette neuvaine, je nous invite donc nous aussi à prendre de la hauteur pour aller à la rencontre de notre monde, de notre époque et de nos contemporains en nous demandant, à l’aide de l’exemple de saint Dominique, comment par nos actions et par nos paroles, nous pouvons, chaque jour, sanctifier le monde et y rechercher notre propre sainteté.
Que notre Seigneur suscite les saints hommes et les saintes femmes dont notre époque a besoin !

– Amen.