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Homélie en temps de disette eucharistique !

Mercredi 25 Mars 2020

Luc 1. 26-38

Homélie du Père Michel Mounier (diocèse de St Etienne)

suivie de l’offertoire (dansé par sr Mary-Martin et Caroline) chanté par sr Mary-Martin ; sortie : chant à Marie par sr Pascale

Toute naissance est Bonne Nouvelle, et inversement. La fragilité de nos premiers jours, le fait d’être sans paroles, manifestent qu’originellement nous ne pouvons rien pour nous. Nous sommes tout entier don. Et ce don nous est confié. Notre accès à la condition de fille et de fils de Dieu passe par notre liberté. Marie dans sa liberté va formuler le « oui » décisif qui accomplit la promesse initiale. Elle devient d’un seul mouvement fille de Dieu et mère de Dieu. Comme elle, nous avons à mettre Dieu au monde, « Dieu avec nous ». Dieu qui vient en nous et par nous.

L’Évangile de ce jour déploie sous nos yeux notre propre aventure, même si Marie la vit de manière exceptionnelle, unique « entre toutes les femmes ». Oui, l’Évangile nous parle de nous, à la fois porteurs d’un don et porteurs d’une promesse qu’il nous revient de ratifier par la foi.

Cela nous dépasse. Aussi le récit nous montre Marie « bouleversée » par les paroles de l’ange. Elle a peur, aussi l’ange doit-il lui dire : « N’aie pas peur ». Elle va vivre avant nous le « passage » obligé pour toute créature visitée par Dieu, ce tremblement devant ce qui nous dépasse de toute part, le passage de la peur à la foi que nous retrouverons tout au long de l’Évangile, de la marche sur les eaux à la visite de Jésus à ses disciples après la résurrection. Passer de la peur à la foi, c’est le défi proposé à chacun d’entre nous, au jour le jour, et pour la trajectoire de notre existence. Jusqu’à ce que nous puissions dire à notre tour le « oui » de l’accueil dans la joie, même quand les circonstances justifieraient l’extrême frayeur ou la plus grande perplexité. Dieu ne nous abandonne pas.

Il y a eu bien d’autres femmes dans la Bible avant Marie. Sa fécondité et la venue du Christ viennent couronner une longue histoire. Marie rassemble en elle toute l’ancienne attente qui commence au premier jour du monde et qui, à travers Israël, concerne toute l’humanité. Aussi le magnificat que nous chanterons cet après-midi articule-t-il la grâce faite à Marie, la réhabilitation de tous les pauvres du monde, l’accomplissement des promesses faites à Israël. C’est le déploiement de l’amour en notre faveur. Nous qui sommes venus à l’existence par un don. Tout enfant est don, toute notre vie est un don. Pour que nous puissions donner notre vie, il faut d’abord qu’elle nous soit donnée.

Mardi 24 Mars 2020

Jn 5.1-16

Homélie du Père Michel Mounier (diocèse de St Etienne)

 

Lundi 23 Mars 2020

Solennité de la Dédicace de l’église de Notre-Dame de Chalais

Evangile : Jn 3.19-24

Homélie du Père Michel Mounier (diocèse de St Etienne)

L’Heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Nous entendons ces mots. Et le jour où nous fêtons la grande dédicace, celle de la basilique du Latran, nous entendons le récit de la purification du Temple. Qu’est-ce que cela nous dit ?
Dans l’antiquité, quelle qu’elle soit, le temple est le lieu où l’on peut commercer avec Dieu. Et quelques soient les avertissements des prophètes, celui de Jérusalem et celui du mont Garizim ne font pas exception. C’est un lieu commercial, ou qui risque sans cesse de le devenir. Au delà des commerces physiques, le commerce avec Dieu. Je te donne quelque chose : colombe, bœuf ou autre, et tu donnes quelque chose en échange : bienveillance, grâce, guérison, fécondité. Que sais-je encore ?
Mais c’était avant. Nous pensons bien avoir dépassé cela avec Jésus. Est-ce si sûr ? Avons-nous dépassé la hantise des mérites à acquérir, la conviction que l’on gagne son salut, que l’on achète celui de nos défunts.
Ce faisant, quelle image nous faisons-nous de Dieu ? Que devient la gratuité de son amour ?
Mais pour entrer dans la gratuité de Dieu, il faut renoncer à toute autre sécurité que celle de son amour. Il nous faut renoncer à avoir prise, il nous faut consentir à la totale dépendance. Faute de preuves, de garanties, nous aurons du signe. Non une preuve, mais une épreuve. Le corps du Christ, résidence de Dieu « maison de mon Père » sera détruit. Reconstruit certes ressuscité, nous le croyons, mais pas aux yeux de tous. Car si la croix est publique, la résurrection est confidentielle et tout ce que nous avons à annoncer avec Paul, c’est un « messie crucifié ». Sur la place d’appel de Birkenau alors que les déportés sont alignés pour assister à la pendaison d’un des leurs, une voix demande : « Où est Dieu ? », une autre lui répond : « Dieu est là sur le gibet ».
Dieu ici crucifié, ici pendu, ici écartelé. Dieu qui nous dit à quel point nos conduites meurtrières sont folles et dérisoires. Dieu est venu nous faire comprendre que sa puissance n’agit que par la faiblesse. Faiblesse dont Paul nous dit qu’elle est plus forte que toute la force de l’homme. Elle renouvelle le monde. Bienheureuse faiblesse de Dieu crucifié. Elle nous parle particulièrement dans le sentiment d’impuissance qui nous habite ces jours.