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Transfiguration 2017

Fr Maxime Allard op Canada

Transfiguration

6 août 2017

Imaginez… le vieillard, son trône, les myriades de myriades qui le servaient… Imaginez… la nuée, Moise et Elie entourant Jésus, ses vêtements blancs… si nous avions été avec Pierre, quelles tentes aurions-nous dressées?
En fait, non. Arrêtez. N’imaginez pas. Résistez à la tentation d’imaginer. Vous comme moi, nous risquerions de développer des récits imaginaires sophistiqués, délirants! Et la deuxième la lecture nous a mis en garde contre ceux-là…
Reprenons donc, sans imagination. Ou presque…
Depuis plusieurs semaines, la liturgie de la Parole nous fait entendre des paraboles. Une pléthore de paraboles pour nous faire entrevoir le « Royaume de Dieu ». Elles ont pour fonction, ces paraboles, de nous rendre ce « Royaume » désirable, de nous inciter à l’espérer, à l’attendre. Ce « Royaume » et ses paraboles ont à voir avec l’annonce d’une vie en plénitude, d’une existence vivifiée et débarrassée de ce qui fait chuter, de ce qui fait mal, de ce qui nous rend misérable, de ce qui fait pleurer. Ces paraboles nourrissaient notre espérance car notre expérience, la vôtre comme la mienne, est catégorique : il y a bien des moments de joie, de plaisir, de plénitude dans nos vie… mais il faut l’avouer, l’espérance n’es pas toujours facile car du mal-être, du malaise, du malheur, il y en a aussi.
Mais à tant et tellement insister et durer dans l’écoute et la rumination méditative de ces paraboles, nous risquons d’oublier un autre pan de l’Évangile de Dieu. Il y a certes l’espérance du Royaume mais il y a aussi celui qui l’annonce et nous la rend désirable. Le second volet des évangiles a trait à Jésus. Ils nous dévoilent son identité : qui il est pour Dieu, qui il est pour nous, pour le monde.
Comme pour compenser donc, cette année, après les paraboles, la liturgie de ce dimanche nous en met plein la vue et les oreilles quant à qui est Jésus : une voix – celle du Père – déclare que ce Jésus est son fils bien aimé; Moise et Elie se concertent avec lui; les signes de la gloire divine sont multipliés : nuée et lumières éclatantes sont au rendez-vous. En un épisode, tout est dit. Ce qui compte est dit : Jésus est le Fils du Père, c’est lui qui nous annonce que la vie dans le Royaume du Père passe par lui; il en est la porte; il nous y guide; il nous accompagne et nous soutient sur le chemin vers le Royaume car il le connaît, il en vient, il en est; après sa résurrection, il y en allé. Il en reviendra. Il sait de quoi il parle : il est le Fils Bien-aimé. Si les paraboles nous invitaient à l’espérance, la Transfiguration nous convie à la confiance en ce Fils, à la foi en cette Voix du Père qui nous le révèle. Croire en lui est fondamental! Mettre notre confiance en lui est déterminant.
Très pédagogique cette Parole de Dieu! Mais il y a plus encore.
Nous sommes invités à résister à nos penchants religieux, à nos capacités à créer des mythes, des fables, des légendes. En un mot : des récits imaginaires sophistiqués. Difficile de ne pas succomber. C’est si agréable d’imaginer les choses : quel type de bébé aurait été Jésus? Comment aurait-il joué avec ses petits copains de Nazareth? Comment peut-il être Dieu et homme à la fois, sans mélange ni confusion? Comment… La liste des questions fabuleuse est infinie. Les baptisés, au fil des siècles, ont régulièrement donner libre cours à leurs imaginations. Cela nous vaut diverses histoires, légendes, gestes liturgiques, pratiques, lieux de pèlerinage… Parfois même des théologiens succombent! Laissons les mythes derrières nous. Laissons-les aux sociétés qui en ont bien besoin. Laissons tomber les fantasmes qui les nourrissent…
L’Évangile de Dieu nous invite à résister et il nous aide à le faire.
Les paraboles sont des outils pour discipliner l’imagination tout en lui lâchant la bride un peu. Elles la stimulent pour humaniser et incarner notre espérance. La Transfiguration, pour sa part, éclaire notre foi. Mais le récit évangélique est formel : ce genre d’expérience ne dure pas. Il y a plus fondamental : la passion et la résurrection de ce Fils de Dieu! Voilà le cœur de notre foi.
Résistons donc à nous inventer des histoires. Contentons-nous de raconter – si et lorsqu’il le faut – des expériences vécues, dans la nudité de ce qu’elles furent, sans chercher à les embellir. C’est ce que racontait Saint Pierre dans la seconde lecture : on appelle cela témoigner! Trouvons des mots et des images ajustées à la foi qui nous fait vivre, à l’espérance qui nous fait avancer en tant qu’elles le font, sans tenter de nous présenter ou de présenter le christ autrement que dans la nudité et la simplicité de ce qu’est notre vie, de ce que furent sa vie, ses dires, sa mort et sa résurrection. Trouvons les gestes simples – aussi simples que le partage du pain et de la coupe eucharistique – pour signaler, sans nuée ou lumières éclatantes, une présence discrète, pour nous soutenir dans la foi. Ne cherchons pas à combler ce qui nous semblent des trous dans l’histoire, à en faire un roman… et encore moins un roman-fleuve. Disons simplement notre foi : je crois en Dieu le Père qui nous a révélé son Fils, lui qui nous a invité à espérer vivre dans le Royaume du Père. Que cela! Tout cela. En vivre réellement, tenter d’en faire vivre… Rien de plus. Imaginez ce que serait la vie chrétienne si nous nous en tenions à cela!???
De peur de commencer à inventer des récits imaginaires sophistiqués, je m’arrête.