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Fête de Ste Catherine de Sienne 2017

Frère Eric de Clermont-Tonnerre, o.p.

Samedi 29 Avril 2017

Jn 17, 1-11a

Elle a voulu tout vivre, tout être, de son identité de baptisée : tout !
Pour elle, chaque baptisé est appelé à être « un autre christ ». Cette expression « être un autre christ » a souvent désigné seulement le prêtre notamment à l’époque classique. Pour Catherine de Sienne c’est le baptisé qui est un autre christ. Christ veut dire « oint », quelqu’un qui a reçu l’onction. Dans la Bible il y a trois catégories de personnes qui sont oints : les prophètes, les prêtres, les rois !
Et nous baptisés, nous avons été oints du saint chrême. En nous marquant de cette huile sainte le prêtre s’est ainsi adressé à nous : « Tu fais partie maintenant de son peuple, Il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète, roi ! »

Elle a voulu vivre cela : être prêtre par et avec l’unique grand prêtre. Elle a senti qu’elle était appelée à cela. Elle a donné sa vie pour ceux qui lui étaient confiés. Dans cette dernière prière avant sa passion, que l’on a longtemps appelée la prière sacerdotale, la prière de celui qui se dessaisit de sa vie pour ses amis, le Christ dit : « Je t’ai glorifié sur la terre en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’avais donné à faire… J’ai manifesté ton nom aux hommes… ils étaient à toi et tu me les as donnés. »
Catherine a des accents semblables : « Je t’adresse principalement cette prière pour ceux dont tu as mis la charge sur mes épaules et que je remets entre tes mains à cause de ma faiblesse et de mon insuffisance… Mes vœux et ma prière sont qu’ils te suivent, toi, pour mériter d’être exaucés dans les supplications qu’ils t’adressent. » (Oraison 7)

« Ils étaient à toi et tu me les as donnés. Je les remets entre tes mains ». Sans cesse il y a entre Catherine et le Christ, comme entre le Christ et son Père, cet échange de fardeaux : je prends celui que tu me donnes, je te confie le mien ; mon joug est facile à porter et mon fardeau léger, car nous sommes deux à le porter !

Pas seulement prêtre, mais prophète, en son temps : une voix qui s’élève, une voix qui exhorte, une voix qui crie, qui appelle à la vigilance, à la responsabilité, qui conduit au Christ, à l’unique Sauveur, qui rappelle les règles de la vie en société, et de la vie politique, car elle avait le sens des choses de ce monde. Elle a ouvert l’œil de son intelligence pour comprendre les situations qui l’entouraient et pour être utile. Comme nos sociétés auraient besoin de personnes qui osent dire et faire.

Et elle a été roi (ou reine) d’une manière audacieuse en son temps, avec cette ambition un peu excessive de vouloir diriger l’Eglise et la société : elle donnait des conseils aux papes, aux évêques, aux moines et aux moniales, aux rois et aux reines, aux chefs de guerre et même aux frères dominicains. Avec une grâce particulière, elle a été surtout un maître spirituel hors pair, sachant conduire toute sorte de personne avec force, compréhension, soutien…

Et nous sommes nous prêts à assumer cette triple fonction ? La vie chrétienne est exigeante car elle est pour le monde, avec le Christ. Sommes-nous prêts à assumer, chacun, chacune à notre place, cette responsabilité en Église : prêtre, à donner notre vie ; prophète, à oser prendre la parole, non pas pour communiquer ses points de vue, ses sentiments, ses états d’âmes qui disparaîtront dans la valse des sondages d’opinion, mais pour prêcher la vérité, le mystère de Dieu et de l’homme ; roi, enfin puisque notre Roi, le Christ, ne veut pas régner sur nous, mais régner avec nous ; lui donner notre vie c’est régner avec Lui, c’est faire naître le Règne de Dieu, faire en sorte qu’il se déploie parmi nous ! Que Tn Nom soit sanctifié, que Ton Règnes vienne, que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel !

En assumant les trois fonctions principales de son baptême, de notre baptême, Catherine voulait avec le Christ et avec ses frères passer de la mort à la vie. Une des phrases fréquentes qu’elle rappelait aux prêtres, aux prêcheurs et aux rois, à tous les baptisés était celle que prononça le Christ la veille de sa passion : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette pâque avec vous avant de mourir. »

Oui c’est bien cela que doivent faire les baptisés que nous sommes, passer de la mort à la vie, avec tous ceux qui attendent qu’on les aide à faire ce passage. Qui sont-ils donc ? Les membres de nos familles, de nos communautés, de nos communes ou de nos quartiers, les jeunes dans les écoles, ou aux moments décisifs de leur vie, les personnes qui souffrent, qui vieillissent ou qui sont au seuil de la mort, les victimes des guerres et des violences de ce monde, les migrants

Car tout dans le mystère et dans la mission de l’Église est baptismal et pascal ! Notre joie d’être chrétien, c’est la joie de ce passage, même si il est difficile. Et il est difficile, car il est passage de la mort. Nous le célébrons au temps pascal : c’est ainsi la mort que nous célébrons, non pas en ce qu’elle détruit férocement et ne laisse pas grand chose derrière elle, mais parce qu’elle est un passage. Mais ce n’est pas parce qu’elle est passage qu’elle n’est pas la mort. Jésus, le Christ est mort et il est vivant ! C’est cela notre foi !
Deux affirmations complémentaires que je vous livre

Pour garder notre foi, pour tenir à la fois la mort et la résurrection, nNe vous livre ces deux affirmations contradictoires en apparence, complémentaires en réalité ; vous pourrez les méditer en ce temps pascal

« Tout doit disparaître ! »
mais
« Rien ne sera perdu ! »