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5ème Dimanche du TP - A

Fr Christophe Bourreux op

Dimanche 14 Mai 2017

Jn 14.1-11

« Vous aussi comme des pierres vivantes vous êtes édifiés par Dieu en une maison spirituelle ».
La deuxième lecture (épître de Pierre) est une méditation sur les pierres et les maisons pour décrire la vie chrétienne, la vie des baptisés, ressuscités avec le Christ « lui, la pierre vivante rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu ».
La vie chrétienne : un passage, une transformation de la pierre brute à la pierre précieuse sous le travail de la main de Dieu, qui est l’Esprit Saint comme le dit magnifiquement saint Irénée.
L’apocalypse utilise abondamment la métaphore de la pierre précieuse pour décrire la cité de Dieu : les matériaux de ses remparts étaient de jaspe, sardoine, cornaline, émeraude, chalcédoine topaze, améthyste, saphir, béryl, chrysolithe.
Cette description anticipe notre demeure en Dieu, c’est-à-dire le fait de devenir aussi précieux que les pierres qui en ont constituent les murs. Il s’agit pour nous de passer de la brutalité à la douceur, de la rusticité à la politesse, de la cruauté à la civilité.
Il s’agit pour nous selon l’expression habituelle, d’être édifié, c’est-à-dire construit, solide, tenant debout comme une demeure établie sur le roc.
Vous avez cependant remarqué que la demeure de Dieu est édifiée avec des pierres, et non des briques ou du béton. Évidemment le rédacteur biblique ne connaît pas le béton – ni le ciment portland ! – , mais il connaît les briques qui, elles, lui rappellent un mauvais souvenir.
Les briques rappellent la maison de servitude, l’Égypte, lorsque pharaon rendit la vie amère aux hébreux en les obligeant avec brutalité à faire des briques. Elles rappellent encore la tour de Babel : la terre entière se servait de la même langue des mêmes mots et ils dirent : « allons, moulons des briques et cuisons les four ». Les briques leur servir de pierre pour bâtir une ville dont le sommet touche le ciel.
La brique est le résultat du travail de l’homme lui-même, l’homme se fabrique lui-même sa ville, il ne la reçoit pas de Dieu. Là où la pierre est choisie, manipulée, reçue et élue par le maçon pour sa forme particulière (une bonne pierre de construction a au moins deux faces avec un angle), la brique, elle, est moulée pour être toujours identique, similaire, morne et répétitive.
La maison de Dieu est bâtie avec des pierres toutes différentes, car Dieu aime les différences. Toutes différentes, c’est pourquoi elles apparaissent comme des pierres vivantes, ces pierres qui, au dire de Jésus seraient même capable de crier et d’acclamer Dieu.
Vous vous souvenez de la montée à Jérusalem : « fais taire tout ceux-là qui t’acclament comme le Messie. Et Jésus répond : s’ils se taisent ce sont les pierres qui crieront ».
L’usage des pierres et non des briques vient rappeler que la maison de Dieu n’est pas faite de main d’hommes, mais édifiée par Dieu.
Cette maison est vaste et variée. Il y a beaucoup de demeures dans la maison du père, c’est-à-dire beaucoup d’espaces et de lieux où se reposer, où trouver la véritable stabilité, la juste attitude. Cette maison à une porte c’est le Christ lui-même, lui qui nous montre comment être juste, ajusté, à nous-mêmes, aux autres, à notre environnement avec suffisamment de jeu pour ne pas être coincé, mais ludique, plaisant, affable.
Toutes ces comparaisons à partir de la pierre, de la maison n’ont qu’un seul but : nous faire comprendre que la vie chrétienne est une progressive construction de la maison même de Dieu. Et il s’agit pour nous de rendre le monde habitable.
On habite dans une maison, là où l’on a ses habitudes. Une maison est toujours le reflet de son habitant, de son esprit. Habiter ce n’est pas simplement loger. On loge dans un logement de fonction par nécessité, de manière souvent anonyme, et provisoire. Un logement c’est utile, une maison c’est vivant, c’est une partie de nous-mêmes.
Il s’agit pour nous de rendre le monde habitable, de l’arracher à l’immonde, à la bestialité à la rugosité, à la cruauté.
Nous sommes tous un peu comme Zachée, sur le bord du chemin ou sur un arbre en raison de notre petite taille et nous attendons le Christ qui nous dit : « mon ami, il faut que j’aille demeurer chez toi, dans ton habitation ».